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ECOhabitation - Bulletin

bâtiment durable

[ bâtiment durable ]

Maison solaire passive contre maison nette zéro : le match!

Une maison au design passif solaire en Estrie. Photo Yanni Milon.

Ce ne sont pas des ennemies: on peut utiliser pour une même maison les grands principes de la maison nette zéro et de la maison solaire passive. Nous avons choisi cependant de les comparer, une façon de faire le tour de la question. 

Par Emmanuelle Walter et Lydia Paradis-Bolduc, Écohabitation

 

1. Fiche d'identité: la maison à énergie nette zéro, ou Zero Energy Home. 

Le calcul est simple et séduisant : cette habitation produit autant de chauffage et d’électricité – renouvelables – qu’elle en consomme. Son bilan annuel énergétique est neutre, ses émissions de gaz à effet de serre, compensées à 100 %. Au Canada, elle est promue par la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) sous le nom de maison Equilibrium. Seulement deux maisons zéro énergie sont achevées au Québec (la maison Alstonvale, l’une des premières, a malheureusement brûlé) : le triplex Abondance le Soleil, dans l’arrondissement de Verdun à Montréal, et ÉcoTerra, à Eastman.
 
L'exemple québécois : le triplex Abondance le Soleil à Montréal. 
Cet immeuble situé dans l’arrondissement de Verdun, à Montréal, comprend trois logements de près de 100 m2 chacun et se reconnaît aux panneaux solaires dressés sur son toit. C’est la première copropriété entièrement solaire au Canada. La dimension écologique de la maison est renforcée par son emplacement à proximité des commerces, des transports en commun et des pistes cyclables.
Architectes : Studio MMA Atelier d’architecture
Constructeur : Développements Ecocité
 

2. Fiche d'identité: la maison solaire passive, ou "bioclimatique", ou "Passivhaus".

Elle est conçue pour récupérer au maximum les rayons du soleil, grâce à une importante fenestration au sud (plus de 60 %), à sa masse thermique et à son très haut degré d’isolation et d’étanchéité. Les factures de chauffage sont drastiquement réduites, et elle peut se passer de l’apport d’énergies renouvelables. Attention : plusieurs maisons écologiques se réclament du « design passif » sans pour autant se conformer à l’exigeante certification allemande Passivhaus (comme la maison en photo ci-dessus, LEED et passive sans être certifiée Passivehaus). La Passivehaus est représentée au Canada par le Canadian Passive House Institute (CanPHI), et aux États-Unis par le Passive House Institute US (PHIUS), bien que ce dernier ait récemment été déclassé par la société mère allemande. Notons que les "Habitations Rideau", à Ottawa, ont récemment été certifiées par l’intermédiaire de PHIUS, et que la première maison passive québécoise, à Montebello, encadrée par CanPHI, pourrait être certifiée en avril. 
 
Ce chalet en pleine nature de 140 m2 pourrait devenir la première maison québécoise certifiée Passivhaus en avril prochain. Étanche et hyper isolée, elle se contente d’une petite chaudière électrique dont la puissance est inférieure à celle d’une sécheuse.
Constructeur : Luc Beauchamp
 

3. Grands principes de la nette zéro et de la passive solaire

Maison solaire passive en Grande-Bretagne. Photo Peter Guthrie, licence Creative Commons.
 
Les deux types d’habitation partagent les caractéristiques suivantes : taille modeste, grandes fenêtres homologuées EnergyStar, orientées au sud et dotées de triple vitrage et de gaz argon, isolation record (idéalement murs à double ossature et cellulose), excellente étanchéité à l’air, masse thermique retenant et redistribuant la chaleur (dalle de béton, murs de brique ou même masses d’eau, à l’image d’un aquarium), excellente ventilation mécanique par un ventilateur récupérateur de chaleur (VRC), électroménagers homologués EnergyStar, etc.
Par ailleurs, dans les deux cas, les futurs occupants doivent impérativement s’engager à adopter de nouvelles habitudes de consommation. Ils devront par exemple débrancher l’ordinateur, la chaîne stéréo et la télé la nuit afin de réduire les « charges fantômes », qui peuvent consommer annuellement jusqu’à 1200 kWh dans une maison moyenne.
 
Grands principes de la maison à énergie nette zéro
 
Le principe zéro énergie (soit le fait de produire autant, voire plus, que ce qui est consommé) autorise toutes sortes d’énergies renouvelables : panneaux solaires thermiques et photovoltaïques, géothermie, chauffage aux granulés de bois, éolienne, chauffe-eau solaire… Par exemple, 90 % des besoins en eau chaude du triplex Abondance le Soleil sont assurés par le système solaire thermique. L’isolation efficace du bâtiment rend l’apport de la géothermie occasionnel. Quant à l’électricité, produite par les panneaux solaires photovoltaïques, elle est directement envoyée dans le réseau d’Hydro-Québec, qui fournit l’équivalent au triplex.
« Le bilan de la première année montre que la production est inférieure à la consommation (19 058 kWh contre 26 989 kWh), explique le promoteur du projet, Christopher Sweetnam-Holmes, des Développements Écocité. Il nous faut éliminer quelques pertes en électricité et maîtriser davantage notre système, mais il faut dire que l’expertise est rare au Québec."
Le principe du zéro énergie est particulièrement approprié à l’échelle d’un quartier, puisque la mise en commun des systèmes de production énergétique permet de les rentabiliser plus vite et de stocker aisément les surplus d’énergie.
 
Grands principes de  la maison solaire passive
 
La norme Passivhaus se définit par des seuils de consommation énergétique : la consommation en chauffage ne doit pas excéder 15 kWh/m2 par an et la consommation énergétique totale, 120 kWh/m2. Est-ce possible sous nos latitudes? Pas tout à fait. Il faut en tout cas maximiser la fenestration au sud, l’isolation, l’étanchéité et les masses thermiques.
La maison de Montebello, première habitation québécoise en voie d’obtenir la certification Passivhaus, présente notamment des murs à double ossature R-65 isolés avec de la laine de roche, un plancher R-65, un toit R-82, un triple vitrage et un ventilateur récupérateur de chaleur de troisième génération. L’étanchéité à l’air est, dans ce chalet, quatre fois supérieure à la norme Novoclimat. Il est prévu qu’une petite chaudière électrique alimente les planchers radiants, mais cette installation devrait peu servir vu les faibles besoins de chauffage.
 

4. Solaire passive et nette zéro, combien ça coûte?

C’est évidemment l’aspect le plus délicat... Si ces maisons sont rentables à long terme en vertu des économies d’énergie, l’investissement de départ n’est pas négligeable pour les futurs propriétaires et les subventions et programmes incitatifs ne sont pas légion. Cela dit, comparons les deux types.
 
Coûts de la maison à énergie nette zéro
 
C’est toujours la même histoire : comme l’hydro-électricité québécoise est bon marché, Hydro-Québec n’a toujours pas mis en place un système de rachat attractif de l’autoproduction d’électricité (contrairement à l’Ontario et à plusieurs pays européens). Comme, en plus, on accorde fort peu de subventions pour les énergies renouvelables au Canada, l’installation de panneaux et capteurs solaires au Québec coûte cher, et le retour sur investissement est long. Ainsi, un budget de 100 000 $ a été nécessaire pour équiper de sources d’énergies renouvelables une autre maison zéro énergie québécoise, la maison ÉcoTerra à Eastman, mise en vente au prix de 350 000 $.
« La seule manière de construire une véritable nette zéro, c’est d’y intégrer beaucoup de principes passifs avant d’ajouter les sources d’énergies renouvelables, explique Malcolm Isaacs, directeur de CanPHI. L’un passe par l’autre. » Côté budget, la maison zéro énergie coûte près du double du prix d’une unifamiliale traditionnelle.
 
Coûts de la maison solaire passive
 
Une maison solaire passive coûte environ 10 % plus cher qu’une maison conventionnelle. À cette estimation s’ajoutent cependant les frais d’accompagnement par un spécialiste, qui varient d’un consultant à l’autre.
Toutefois, selon les partisans purs et durs de la certification allemande, l’application stricte des critères Passivhaus passe par l’importation de matériaux allemands – très chère –, tandis que d’autres avancent qu’il est possible de « construire passif » avec des matériaux 100 % nord-américains.
Dans un cas comme dans l’autre, des compromis sont possibles. Au Québec, les concepteurs d’une habitation zéro énergie ont intérêt à emprunter certains des principes de la maison solaire passive afin de compenser les coûts d’installation de panneaux solaires ou d’éoliennes. À l’inverse, les architectes partisans des maisons solaires passives peuvent intégrer quelques panneaux solaires afin d’économiser sur les coûts d’isolation. 
 

5. Maison solaire passive et maison nette zéro : écolos, vraiment?

Les deux types de maison sont écologiques puisqu’elles limitent radicalement la consommation d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre. Par ailleurs, comme la maison zéro énergie est reliée au réseau d’Hydro-Québec, il n’est pas nécessaire de stocker la production d’énergie dans des batteries nocives pour l’environnement, à l’inverse des maisons complètement autonomes.
En revanche, l’utilisation de matériaux écologiques n’est imposée dans aucun des deux cas, car l’efficacité énergétique est le nerf de la guerre. Les choix de vie des futurs occupants en matière de transport ou de consommation d’eau ne figurent pas non plus parmi les critères. Enfin, le fait de calculer au mètre carré l’énergie qu’il est possible de consommer dans une maison passive (120 kWh/m2 en tout) peut inciter à construire de grandes surfaces, ce qui en soi n’est pas écologique.
 

6. L’heure de vérité : verdict!

Laquelle est la maison la plus pertinente au Québec? Idéalement, sur le plan environnemental, chaque maison devrait générer l’énergie nécessaire à ses propres besoins. L’habitation à énergie nette zéro semble donc la maison écolo idéale, puisque sa concurrente consomme tout de même un peu d’énergie. Au Québec, toutefois, où les installations recueillant les énergies renouvelables coûtent beaucoup plus cher que l’hydro-électricité, construire de façon passive est certainement la voie la plus judicieuse.
 
 
Pour en savoir plus
 
 
 

Mots-clés: solaire passif, bioclimatique, economie d'energie, économies d'énergie, efficacité énergétique, maison écologique Québec

 

[ bâtiment durable ]

Nouveau règlement énergétique du bâtiment : il manque un contrôle de l’étanchéité !

Les murs extérieurs doivent rester perméables à la vapeur. Photo Camera Dan sous licence Creative Commons.

 

Les murs extérieurs doivent rester perméables à la vapeur. Photo Camera Dan sous licence Creative Commons.
 
Lancée le 17 novembre sur le site de l’Assemblée nationale, une pétition à l’initiative d’Ecohabitation demande un nouveau règlement énergétique du bâtiment, type Novoclimat. Elle est particulièrement d’actualité en ce mois de décembre.
 

Un projet de nouveau règlement type Novoclimat est annoncé...

La Régie du Bâtiment du Québec (RBQ) a annoncé l’entrée en vigueur en juillet prochain d’un règlement visant à renforcer l’efficacité énergétique des maisons neuves et petits bâtiments. « La côte EnerGuide – degré d’efficacité énergétique – (…) passerait ainsi de 72 à 78 sur cette échelle de 100 points », précise André Fauteux, auteur d’un article détaillé sur la question dans la revue La Maison du 21è siècle.
Ce projet va faire l’objet d’une consultation publique avant sa rédaction définitive par la RBQ.
 

Or il manque à ce projet de règlement un point essentiel : un test d’étanchéité à l’air.

Certes, la présence obligatoire d’un isolant supplémentaire, équivalent au niveau exigé par l’actuel Novoclimat, est une bonne avancée.  
Mais le test d’infiltrométrie, qui évalue l’étanchéité n’est pas prévu dans ce projet de règlement. Ce n’est pourtant pas du luxe. En effet, certaines combinaisons de matériaux, très répandues, contribuent à créer une paroi imperméable… du côté extérieur, alors que c’est l’humidité venue de l’intérieur de la maison qui risque de pourrir les murs.
Dans le processus Novoclimat, le test a lieu à un moment-clé de la construction (avant la pose du gypse), et permet de rectifier le tir.
Il serait extrêmement dommageable que ce test ne figure pas dans le texte final. Outre le risque de moisissures, cette humidité stagnante nécessiterait davantage de chauffage… et pourrait remettre en cause l’efficacité énergétique d’une maison pourtant bien isolée !
 
Le 17 novembre dernier, Ecohabitation, soutenu par des acteurs importants de l’habitation et des associations de consommateurs (1) mettaient en ligne, sur le site de l’Assemblée nationale, avec le parrainage du député Amir Khadir, une pétition demandant la mise en place d’un règlement énergétique fiable du bâtiment comprenant… des contrôles d’infiltrométrie par échantillonnage.
Fiable, le mot n’est pas vain, puisque d’autres lacunes semblent caractériser le texte à venir : les matériaux permettant la régulation de l’humidité ne sont pas obligatoires, le degré de ventilation exigé serait moins élevé que celui de Novoclimat, entre autres.
 
« Il ne faudrait pas que ce règlement, ce soit un pas en avant, deux pas en arrière », commente Emmanuel Cosgrove, directeur d’Ecohabitation. Notre organisme compte se faire entendre à nouveau sur la question et incite tous les internautes, s’ils ne l’ont déjà fait, à venir SIGNER LA PÉTITION
 
Près de 700 personnes ont déjà signé la pétition. Parmi eux :
 
  • L’Association d’Isolation du Québec (AIQ)
  • L’Association canadienne des Fabricants d’isolants de cellulose (CIMAC)
  • L’Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction (AQMAT)
  • L’Union des consommateurs
  • Option Consommateurs
  • CAA-Québec
  • La Fondation Rivières
  • Archibio
  • et d’autres encore…
 

Mots-clés: règlement maisons neuves, Novoclimat, économies d'énergie, economie d'energie, peititon Ecohabitation, Amir Khadir

 

[ bâtiment durable ]

En direct de La Ruche : pourquoi et comment isoler son vide sanitaire ?

Vide sanitaire d'une maison centenaire à Montréal. Photo Archibio.

 

Rénover son vide sanitaire ou son sous-sol inachevé, où on ne va jamais, à quoi ça sert ? C’est utile, visiblement.

 
Sur la Ruche, notre service d’assistance, Simon nous raconte ses déboires : « Un rapport de qualité de l'air rapporte que l'air est fortement contaminé. La maison est évidemment très froide en hiver et extrêmement humide en été. Il y des odeurs de moisissures dont on ne peut se débarrasser... ». Les vides sanitaires mal isolés peuvent en effet être à l’origine de graves problèmes d’humidité. Les myco-toxines libérées par les moisissures peuvent par exemple déclencher des crises d’asthmes chez les enfants.
 
Alors comment savoir s’il est grand temps d’y penser ?
Pascal Morel et Alec Derghazarian, les responsables de La Ruche, vous donnent quelques pistes :
 
« 1. Repérez les signes visibles d’un trop grand taux d’humidité, comme la buée permanente ou/et les moisissures au bas des vitres.
 
2. Si l’humidité n’est pas visible, achetez un hygromètre à la quincaillerie pour évaluer le degré d’humidité chez vous. En hiver, ce taux doit se situer entre 40 et 50 à 55%. S’il est supérieur, alors il y a lieu d’agir.
 
3. Inquiétez vous si vous observez chez des membres de votre famille une irritation récurrente des yeux, des voies respiratoires ; des allergies et des asthmes ; des maux de tête et des nausées.
 
4. Dans le vide sanitaire lui-même, voyez si des gouttes et des flaques se forment fréquemment. »
 
Pour tout savoir sur l’isolation du vide sanitaire, voici la réponse détaillée de La Ruche à Simon, rédigée par l’éco-conseillère Liliane Nicolas
 
Vous pouvez également consulter le cahier de projet de La Ruche, « Rénovation d’un sous-sol et d’un vide sanitaire ».  
 
 
Mots-clés : rénover sous-sol, isoler sous-sol, isoler vide sanitaire, humidité maison, chasser l’humidité, humidité asthme

 

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