Aménagement extérieur Agriculture urbaine

L'ABC de la permaculture

Plus qu’une manière d’aménager les espaces extérieurs, la permaculture est une véritable philosophie. Par ici la production agricole durable !

L'ABC de la permaculture
© McKay Savage, sous licence CC
Bien qu’elle ait permis d’augmenter le rendement agricole il y a de cela plusieurs décennies, l’agriculture intensive, telle qu’elle est pratiquée actuellement, est non durable et totalement inefficace. Elle utilise plus de ressources et d’énergie qu’elle n’en produit - surfaces agricoles, eau, pétrole - et est une grande productrice de gaz à effet de serre, avec 10 % des émissions nationales totales en 2012, selon Environnement Canada*. L’équipement lourd exigé par les monocultures empêche le sol de respirer, faisant en sorte qu’il s’appauvrie d’année en année. Sous ce mode de culture, les fertilisants chimiques, herbicides, fongicides, insecticides et pesticides qui empoisonnent les nappes phréatiques et tuent de nombreuses espèces deviennent une triste nécessité. Et les coûts en matière d’économie, de santé et d’écosystèmes sont faramineux.
 
Face à ces problèmes qui menacent la survie de nombreuses espèces, incluant la nôtre, il faut repenser notre façon de produire. La permaculture est un moyen simple, sain et logique d’y arriver. 

La permaculture, c'est quoi ?

La permaculture est une conception de création qui s’inspire de la nature. Elle nous guide à imiter les modèles et les relations que nous pouvons trouver dans la nature et à les appliquer à tous les aspects qui nous entourent : agriculture, bâtiments, énergie, technologie, éducation, économie… Dans cette philosophie, tout est conçu pour favoriser la diversité, les liens entre les différents systèmes et l’abondance en vue de l’autosuffisance.
 

Un petit peu d'histoire

Permaculture, un système performant
© Brian Boucheron, sous licence CC

Dans les années '70, on commence déjà à se questionner sur l’expansion fulgurante de l’agriculture industrielle : destruction des habitats, perte de la biodiversité, baisse de la qualité des sols, pollution des cours d’eau et de la nappe phréatique... Cette dégradation est-elle justifiable ? Partout dans le monde, des méthodes alternatives sont alors mises en place. Les Australiens Bill Mollison et David Holmgren seront les premiers à développer une série de principes qui assurent à l’humanité une qualité de vie, une culture et une agriculture durables (permanent agriculture, qui deviendra plus tard « permaculture »).

Permaculture, ou agriculture permanente

La permaculture délaisse les approches méthodiques usuelles, rend désuètes toutes les règles conventionnelles et met de l’avant des traditions perdues, mais basées sur des principes modernes et logiques. Elle permet un effort minimum pour un rendement maximum. Le tout, dans le respect de la nature et des êtres qui la composent. Les stratégies pour l’appliquer varient largement en fonction de l’emplacement et des climats, mais les fondements restent constants. 

LES 12 GRANDS PRINCIPES** – Pour passer de la théorie à la pratique

  PRINCIPE DESCRIPTION
1 OBSERVER ET INTERAGIR En observant, on peut développer des stratégies sensées et efficaces qui conviennent à notre situation particulière. 
2 CAPTER ET EMMAGASINER L’ÉNERGIE En développant un système qui collecte les ressources lorsqu’elles sont abondantes, nous pouvons les utiliser lorsque nécessaire. 
3 OBTENIR UN RENDEMENT En favorisant une culture utile ou comestible plutôt qu’uniquement ornementale, on assure de récompenser son travail initial. 
4 APPLIQUER L’AUTORÉGULATION Les écosystèmes ont la capacité innée de s’autoréguler. Ceci représente un idéal en permaculture, pourtant difficile à atteindre pour l’homme qui a une forte tendance à tout vouloir contrôler. 
5 VALORISER LES RESSOURCES ET SERVICES RENOUVELABLES Pour maintenir notre mode de vie, il faut faire un meilleur usage de ce que la nature a à offrir et réduire notre dépendance des ressources non renouvelables.
6 NE PAS PRODUIRE DE DÉCHETS En réduisant à la source, réemployant, recyclant, valorisant et faisant usage de toutes les ressources mises à notre disposition, rien ne se perd.
7 PORTER ATTENTION À L’ENSEMBLE L’attention aux détails nous distrait du tout. C’est en prenant du recul que nous arrivons à percevoir les systèmes en équilibre.
8 INTÉGRER PLUTÔT QUE SÉPARER Un système n’est pas uniquement composé d’éléments mais, surtout d’interrelations complexes. En mettant les bonnes choses à la bonne place, des relations peuvent se développer pour se supporter les uns les autres.
9 FAVORISER LES SOLUTIONS MODESTES Les systèmes petits et lents sont plus faciles à entretenir et permettent une meilleure utilisation des ressources locales. Aussi, la solution la plus rapide n’est généralement pas la meilleure à long terme.
10 FAVORISER ET VALORISER LA DIVERSITÉ La monoculture est synonyme de vulnérabilité, autant sur le plan des parasites et des maladies que sur celui des bouleversements climatiques. Un système diversifié est nettement plus résilient. 
11 VALORISER LA MARGINALITÉ Les éléments qui ne semblent pas faire tout à fait partie d’un système ont une belle valeur intrinsèque et sont généralement les atouts les plus importants et productifs. 
12 METTRE À PROFIT LE CHANGEMENT ET RÉAGIR AVEC CRÉATIVITÉ

Le changement est inévitable, mais nous pouvons en tirer un impact positif si on l'observe attentivement et si on intervient au bon moment.

 

 

Les avantages que l’on peut retirer de la permaculture sont nombreux :

  • © U.S. Department of Agriculture, sous licence CC

    Tous les besoins des partenaires (animaux, plantes, humains) sont comblés, puisque les déchets de l’un deviennent le produit d’un autre;

  • La terre est plus riche et plus féconde, année après année;
  • La production est diversifiée, abondante et constante;
  • Le système est économiquement viable, environnementalement durable et socialement équitable;
  • La culture est totalement indépendante des fertilisants et des pesticides. Le contrôle des parasites, des ravageurs et des nuisibles se fait naturellement;
  • Sa dépendance au pétrole est pratiquement nulle;
  • Des souches rares ou en voie de disparition peuvent être maintenues et ravivées en collectant et stockant des semences;
  • La production est abondante et disponible sur une toute petite parcelle de terrain;
  • Cette forme d’agriculture ne dépend pas d’un seul produit. Elle est donc indépendante d’un marché fluctuant et incertain;
  • Aucune subvention n’est nécessaire (alors que l’agriculture moderne en est totalement dépendante et que les agriculteurs sont généralement soumis à un système de production qui les enfonce dans l’endettement);
  • Les coûts de transports sont minimaux (achat local).

Finalement, dans un système en permaculture, l’homme passe de consommateur dépendant à producteur responsable qui, pour un investissement minimal en temps et énergie, participe à produire abondamment des produits de consommation écologiques, sains et toujours frais. 

La permaculure, c'est viable au Québec ?
L'Australie, c'est bien beau, mais est-ce que la permaculture est viable au Québec ? Écohabitation a posé la question à Kate Alvo, formatrice de l'atelier pratique Introduction à la permaculture : « La permaculture est absolument viable au Québec. Nous habitons dans le climat le plus résilient sur la planète. La permaculture est un système de design basé sur l'observation de la nature. Peu importe notre emplacement sur la planète, on peut toujours observer la nature est se baser sur elle pour trouver les solutions les plus viables et durables pour notre situation. »
La permaculture, pour les plantes, les hommes et les animaux
@Joe, sous licence CC

Un équilibre naturel qui demande peu ou pas d'intervention humaine

La permaculture demande un investissement initial, mais permet aux systèmes de s’équilibrer naturellement, sans intervention humaine. L’analyse du terrain est suivie par la mise en place d’éléments appropriés : barrages, canaux, buttes, dénivellations, marais et végétaux. Cela permet une irrigation naturelle et la création d’un système indépendant :

  • Les racines profondes captent des éléments riches et les redistribuent à d’autres, qui les captent à leur tour, avec leurs racines en surface, permettant aux plantes de se fertiliser mutuellement.
  • Les cochons et les poules vivant en liberté ameublissent le sol, le fertilisent et ne demandent pratiquement pas de travail auprès du fermier. Ils mangent principalement les résidus des cultures (fruits qui tombent au sol, éléments non cueillis par l’homme) et les plants qui ont été plantés principalement pour eux.
  • Les pierres emmagasinent la chaleur et la redistribuent tranquillement, permettant à divers arbres fruitiers, plantes aquatiques et même aux raisins de pousser dans des climats plus arides, comme en haute montage.
  • Les systèmes aquatiques, forestiers et agricoles se mélangent et s’entraident pour favoriser une régénération naturelle des systèmes et nous fournir à nous, aux animaux, aux poissons et aux plantes impliquées, la majorité des besoins en nourriture.

La permaculture : comment faire ?

Nous aimerions vous donner une recette facile à suivre : deux grosses roches pour trois arbres fruitiers, six plants végétaux et un cochon... Mais ce n'est tout simplement pas possible ! Nous vous avons présenté les concepts de base, applicables partout. Pour les concrétiser en jardins, petits chemins, forêts nourricières sur un site réel, il vous faut développer vos capacités d'observation, d'analyse des caractérisitques, des forces et des faiblesses d'un site et de ses microclimats. Vous devrez également démontrer une belle aptitude à rechercher des solutions créatives. Pour vous aider, il existe plusieurs formations au Québec. Écohabitation en offrira d'ailleurs une à l'été 2015.

Un phénomène encore rare

On le répète, la permaculture est un moyen simple, sain et logique de produire. Malgré tout, cette forme d’agriculture est un phénomène encore bien marginal à l’échelle du globe. Pourquoi ?
 
L’agriculture intensive est actuellement le seul mode implanté dans notre système économique, soit celui de la productivité : produire toujours plus, toujours plus vite, à moindre coût. Malgré ses nombreux impacts négatifs, l’idée que ce modèle soit le seul qui puisse répondre aux exigences d’une compétitivité de marché au niveau mondial est bien ancrée dans nos pensées.
 
Des systèmes en relations
© Samuel Mann, sous licence CC

Comment passer de ce mode de production à grande échelle à un modèle plus lent, à petite échelle ? Les plans stratégiques en matière d’agriculture doivent être revus, les systèmes législatifs et réglementaires repensés. L’éducation semble fournir une bonne piste de solutions. Selon le biologiste Stepan Sobkowiak « la permaculture est à peu près là où le bio était il y a trente ans. Toutefois, grâce aux médias sociaux, la permaculture pourrait prendre plus d’ampleur, beaucoup plus rapidement que ne l’a fait la culture bio ».

On le voit d’ailleurs au Québec, par un nombre exponentiel du taux de participation aux formations et séminaires sur le sujet. Aussi, des groupes s’organisent afin de discuter et partager des expériences sur la permaculture. Les blogues représentent souvent la meilleure façon de rester informé.
 

Pour en savoir plus :

Et des vidéos vraiment, vraiment passionnants !

 

SOURCES :

** Permaculture Principles : http://permacultureprinciples.com/

 

Évènements à suivre

Jeudi, 29 Septembre, 2016 - 08:00
Ne manquez pas l'ExpoHabitation d'Automne!
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