Aménagement extérieur Agriculture urbaine

Apiculture urbaine : des abeilles sur nos toits

Pour aider à enrayer le déclin des abeilles – et manger du délicieux miel local ! – les citadins sont de plus en plus nombreux à tenter l’aventure de l’apiculture urbaine.

Apiculture urbaine : des abeilles sur nos toits
David B. Gleason, CC

Pour quelles raisons élève-t-on des abeilles en ville ?

L'apiculture urbaine s'inscrit dans un mouvement mondial de préservation des abeilles. Ces insectes pollinisateurs sont des acteurs de la biodiversité absolument essentiels, puisqu’ils pollinisent environ un tiers du total des cultures destinées à notre alimentation. Selon une récente étude sur le sujet, la valeur des cultures dépendant de la pollinisation serait d’environ 265 milliards de dollars. (1)

Atelier d'apiculture urbaine à la Caisse populaire Desjardins du Mont-Royal
Atelier d'apiculture urbaine à la Caisse populaire Desjardins du Mont-Royal.
© Jean-François Garneau, Caisse populaire Desjardins du Mont-Royal

Si élever des abeilles sur son toit ne suffit pas entièrement à leur protection, cela contribue en revanche à la sensibilisation du public. Pour les apiculteurs urbains, c’est une occasion de promouvoir la biodiversité et de transmettre leur savoir avec des activités d’apiculture accessibles aux petits comme aux grands.

Pour des raisons écologiques et sanitaires, l’utilisation de pesticides en milieu urbain est souvent inférieure à ce que l’on observe dans les zones agricoles. Puisque les villes s’engagent à utiliser moins d’herbicides et à brûler les mauvaises herbes au lieu de les traiter chimiquement, les écosystèmes urbains peuvent être plus sains pour les abeilles que certains écosystèmes agricoles où l’utilisation de pesticides est très répandue.

Les écosystèmes urbains se caractérisent par une grande diversité de plantes mellifères telles  l’agastache, le trèfle blanc, la monarde, le millepertuis, etc. Cette liste des plantes mellifères du Québec, mise au point en 1948 par le Service de l’apiculture du ministère de l’Agriculture du Québec, est toujours d’actualité. Par leur travail de pollinisation, les abeilles rendent les parcs et jardins productifs, et elles contribuent à la reproduction des végétaux et à l’abondance des récoltes urbaines. 

Devenir apiculteur grâce à deux organismes ressources indispensables

L'apiculture urbaine est une pratique qu'il faut maîtriser. Elle exige un certain niveau de connaissances techniques, indispensables à la bonne conduite des ruchers. À Montréal, les organismes Alvéole et Miel Montréal sont d’excellentes ressources spécialisées en apiculture urbaine. Ils offrent tous deux des formations, ainsi qu’un service clé en main.

Alvéole est un organisme qui s’est donné pour mission de répandre l’apiculture urbaine à Montréal. Les fondateurs d’Alvéole affirment qu’« en aidant l’abeille à vivre en ville, nous sauvons non seulement une espèce menacée, mais nous revoyons l’ensemble de nos pratiques entourant la production, le transport et la qualité de notre nourriture. » L’organisme propose le cours Signature Alvéole, un cours d'une journée composé d’une partie théorique et d’une partie pratique. Un cours d’introduction à l'apiculture urbaine de deux heures est également proposé pour initier les débutants. Cependant, aucun cours n’est dispensé à cette période de l’année, puisque la partie pratique se déroule en extérieur. Il faudra donc patienter jusqu’au printemps 2015.

Atelier d'apiculture urbaine à la Caisse populaire Desjardins du Mont-Royal
Atelier animé par Alvéole. ©  Jean-François Garneau, Caisse populaire Desjardins du Mont-Royal

Alvéole propose aussi un service d'accompagnement d'une année pour les particuliers et les entreprises. Ce service comprend une consultation pour trouver le meilleur emplacement pour la ruche, ainsi que l'installation, le maintien et l'entretien de celle-ci. Les apiculteurs d’Alvéole feront des visites à la ruche à peu près toutes les deux semaines durant la saison apicole pour inspecter le progrès et la santé de la colonie. Cela permet de bien comprendre le fonctionnement de sa ruche, afin de devenir éventuellement un apiculteur urbain autonome. L’organisme vend aussi du matériel apicole. Pour connaître les coûts et les détails, visitez le www.alveolemtl.com.

La coopérative Miel Montréal s’implique dans la préservation des abeilles par sa mission de promotion et de sensibilisation auprès de la population urbaine. Très polyvalente, l’équipe éducative propose plusieurs services pour différents publics :

  • Une formation à l’apiculture urbaine composée de cinq cours théoriques et pratiques de 3h. Cet enseignement est destiné aux personnes désirant s’occuper d’un rucher et coûte 150$.
  • Des ateliers éducatifs animés au sein des écoles.
  • L’installation de ruches clé en main avec un suivi tout au long de l’année.

Pour plus d'infos : mielmontreal.com

C'est légal, posséder des abeilles?

Abeille butinant une fleur
John Morgan, CC

Au Québec, c’est la Loi sur la protection sanitaire des animaux, relevant de l’autorité du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ), qui s'applique en ce qui concerne la possession de ruchers. Cette loi stipule qu'« une ruche contenant une colonie d'abeilles ne peut être laissée sur un terrain que si elle est à 15 mètres de la voie publique ou d'une habitation ». (2) Cela oblige les abeilles à prendre leur envol en hauteur et diminue les risques de rencontre avec la population environnante.

Il n’existe aucun permis nécessaire à la possession de ruchers, mais il faut enregistrer ces derniers auprès du MAPAQ et apposer une inscription - sur au moins une ruche par emplacement - permettant de joindre le propriétaire des abeilles et d’identifier celles-ci. Il faut également être disponible à la demande d’un inspecteur ou d’un médecin vétérinaire du MAPAQ et signaler toute maladie potentielle détectée. Ce dépliant du MAPAQ offre quelques détails supplémentaires. 

Certains arrondissements et villes de l’agglomération de Montréal imposent une réglementation qui régit cette pratique. Il est donc conseillé de se renseigner auprès de son bureau d’arrondissement ou de sa mairie avant de s’engager dans un projet d’apiculture.

Atelier d'apiculture urbaine à la Caisse populaire Desjardins du Mont-Royal
© Alvéole

L'apiculture urbaine chez les particuliers

Écohabitation a voulu savoir de quelle façon se traduisait le phénomène de l’apiculture urbaine chez les particuliers. Sophie et Emmanuel, qui hébergent une ruche sur leur balcon depuis le mois de juin, ont accepté de partager leur expérience.

Un nucléi est une toute petite « ruchette » contenant le strict nécessaire pour la fécondation d'une reine, avec de la nourriture et un petit paquet d'ouvrières. Il coûte environ 180 $.

Le nucléi qu’ils ont acheté il y a quatre mois s’est transformé depuis en une colonie de 100 000 abeilles. Pas étonnant, lorsqu’on sait qu’une reine pond environ 2000 œufs par jour !

Leur première récolte a été faite à la fin du mois de septembre, pour un total de 25 kg de miel.

Lorsque l'on demande à Sophie si la formation qu’elle a reçue chez Miel Montréal était nécessaire, elle nous répond : « Oui, absolument ! Cette formation est la base pour toute personne qui commence l’apiculture. Elle est vitale pour le bien-être des abeilles et la sécurité de l’apiculteur qui s’en occupe ».

Pour parfaire sa formation, Sophie consulte notamment YouTube, où elle trouve plusieurs vidéos l'aidant à prendre soin de ses abeilles, ainsi que le site web Rustique Apiculture, de Jean-Pierre Chapeleau, une référence de l’apiculture québécoise. Elle conseille également le magasin Propolis, qui offre une sélection complète de matériel apicole durable, pour les apiculteurs experts et débutants. L’enseigne possède trois magasins en Ontario et un au Québec. 

 

Quand les entreprises s’y mettent

Grâce à des organismes comme Alvéole et Miel Montréal, qui proposent d’installer des ruchers clé en main, plusieurs entreprises et institutions possédant des toits ou des cours se lancent dans des projets d’apiculture urbaine. D’ailleurs, sur le site d’Agriculture urbaine Montréal, les ruchers appartenant aux entreprises et aux particuliers montréalais sont référencés. Tohu, Palais des Congrès, Hôtel Fairmount Reine Elizabeth, pavillon de design de l'UQAM, Santropole roulant, champ des possibles, quelques cours arrières… Les ruchers sont de plus en plus nombreux.

Ca bourdonne fort à la Caisse populaire Desjardins du Mont-Royal

En 2010, la Caisse populaire Desjardins du Mont-Royal a aménagé un toit vert dans le cadre d’un projet d’agriculture urbaine. Ce jardin suspendu comprend 130 bacs Biotop et permet la culture de 20 sortes de fruits, légumes et plantes aromatiques. Écohabitation a parlé de cette initiative ici. L’intégralité de la production alimentaire est remise aux Cuisines collectives du Grand Plateau, dans le but de soutenir et accompagner la mise en place d’activités éducatives à caractère culinaire.

Atelier d'apiculture urbaine à la Caisse populaire Desjardins du Mont-Royal
© Jean-François Garneau, Caisse populaire Desjardins du Mont-Royal

Depuis le mois de juin 2014, le toit vert accueille également deux ruches d’environ 160 000 butineuses. Nous avons eu la chance d’extraire du miel en compagnie de quelques employés de chez Desjardins. L’atelier était animé par des membres de l'organisme Alvéole, qui assure le suivi du projet.

L’extraction s’est déroulée en trois étapes :

  1. D’abord, la désoperculation du miel, qui consiste à gratter la couche de cire présente à l’intérieur des cadres à l’aide d’une fourchette à désoperculer. Cette étape consiste à enlever la pellicule de cire qui bouche les alvéoles remplies de miel.
  2. Ensuite, il fallait extraire le miel en disposant les cadres dans une cuve et en faisant tourner la manivelle. Par la force centrifuge, les gouttes de miel étaient projetées sur les parois, ce qui faisait jaillir le miel hors des cadres.
  3. Enfin, pour filtrer le miel, nous avons utilisé deux grilles pour retirer les diverses particules de propolis, de cire et d’opercules, avant de pouvoir goûter un miel savoureux.

Les avantages des ruches en entreprise 

  • Une occasion de créer du consensus entre les employés en les faisant participer à des ateliers d’apiculture;
  • Un geste pour l’environnement qui contribue à la préservation des abeilles;
  • Une contribution à la pollinisation des plantes des alentours, ce qui peut s’avérer utile quand on possède un jardin, comme dans le cas de la Caisse populaire Desjardins du Mont-Royal.

Contribuer à la préservation des abeilles autrement

Si vous êtes encore hésitant à l‘idée d’avoir des abeilles à la maison, mais que vous êtes quand même sensible à la cause des abeilles, sachez qu’il y a différentes façons de contribuer à leur protection.

  • En cultivant des plantes mellifères afin que les abeilles puissent se nourrir
  • En soutenant les apiculteurs locaux en mangeant du miel 100% québécois
  • En sensibilisant votre entourage à la cause des abeilles
  • En vous engageant dans des projets d’apiculture urbaine auprès des organismes

Bientôt une application mobile !

Alvéole travaille depuis plusieurs mois sur une application pour téléphone intelligent qui cartographie toutes les ruches de la ville afin de mieux comprendre la relations entre les abeilles et l'environnement urbain de Montréal. Grace à cette application, il sera possible de calculer le potentiel de nectar dans un endroit spécifique en se basant sur la banque de données des arbres mellifères de la ville de Montréal. Cela veut dire qu'avant même l'extraction du miel, les apiculteurs pourront connaitre les variétés de nectar qui seront dans leur miel. Cette application sera aussi un moyen d’interagir avec Alvéole, car les internautes pourront envoyer des photos et vidéos à l’organisation et recevoir des réponses à leurs questions concernant leurs abeilles.

Sources :

http://mielmontreal.com/ressources/liens/

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