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Les puits artésiens pourraient contenir des quantités importantes de radon

Les puits artésiens pourraient contenir des quantités importantes de radon
© Céline Lecomte

Le radon (Rn) est un gaz rare d’origine naturelle qui résulte de la désintégration de l’uranium. Présent partout dans la croûte terrestre, l’uranium se désintègre de manière radioactive et se transforme en radium. Ce dernier se décompose à son tour pour enfin atteindre sa forme gazeuse; le radon. Avant d’atteindre la forme stable et non radioactive du plomb, chacun des composés de la lignée est radioactif. Le radon est libéré dans l’atmosphère où sa concentration est diluée et n’est pas source de préoccupations. Par contre, lorsque le radon pénètre dans un milieu clos tel votre maison ou votre puits artésien, il peut atteindre des niveaux de concentration importants.

 
Lors d’une exposition, le radon s’infiltre dans l’organisme par les voix respiratoires et se retrouve emprisonné sous forme de particules ionisantes dans les poumons. Ces derniers n’ont alors aucun moyen de les éliminer. Les particules poursuivent leur processus de transformation et, rapidement, se transforment en composés radioactifs solides tels le polonium, le bismuth et le plomb. C’est un effet toxicologique dévastateur sur la santé. Un organisme intoxiqué peut même développer un cancer.
 

Le radon dans certains puits artésiens

En août, un projet mené par Rn services, consultant en atténuation du radon — première entreprise au Québec ayant été certifiée en atténuation du radon par le National Radon Safety Board — à Chelsea, en Outaouaisavait mené son fondateur, Monsieur Yves Parent, à soupçonner la présence en quantité importante de radon dans l’eau potable. Une résidence alimentée en eau par un puits artésien semblait présenter des problèmes avec son système d’élimination du radon. L’ingénieur en bâtiments s’est donc rendu sur les lieux. En effectuant quelques tests dans la salle de bain, M. Parent a remarqué que le taux de particules alpha dégagé par la douche atteignait des niveaux inquiétants. Les propriétaires ont alors fait effectuer un test par scintillation — compteur employé pour mesurer la quantité de particules radioactives présentes dans un milieu. Résultat : une concentration de 3 275 000 becquerels (Bq) de radon par mètre cube d’eau se trouvait dans l’eau en provenance du puits artésien.
 
Il faut savoir qu’un taux de radon de 10 000 Bq/m3 dans l’eau ajoute en moyenne 1 Bq/m3 dans l’air (le radon étant libéré dans l’air lorsque cette eau est amenée à pression atmosphérique). Puisqu’au-delà de 200 Bq/m3 présent dans l’air Santé Canada recommande d’effectuer des travaux de réduction de concentration dans un délai de 24 mois, les chiffres ont de quoi inquiéter.
 
En effectuant des activités banales – prendre une douche, faire la vaisselle, cuisiner –, les résidents s’aspergeaient quotidiennement de doses massives — soient 325 Bq/m3 - de ce gaz radioactif incolore et inodore. Suite à ces premiers résultats, deux résidents de Chelsea ont réalisé le même test et les résultats obtenus sont aussi très élevés.
 
Il existe à l’heure actuelle des moyens efficaces afin de détecter la présence de radon dans l'eau potable. Par contre, le sujet étant encore très peu connu au Québec, les tests doivent être effectués aux États-Unis. Si on calcule le temps de transport et l’attente aux douanes, à l’aller comme au retour, les résultats peuvent mettre quelque temps à nous parvenir. Lorsqu’il en va de notre santé, l’attente peut sembler encore plus longue. Cela dit, M. Parent mentionne le fait que « l'école Polytechnique à Montréal aurait les moyens d'effectuer de tels tests. Ne reste plus qu’à leur en faire la demande ». Ainsi, advenant une demande accrue de détection du radon dans les puits artésiens, les tests pourraient voyager en territoire québécois.
 
Système pour traiter les eaux contaminées
Au Québec, alors que les méthodes pour éradiquer le radon dans l’air ambiant d’une maison sont connues, il en allait autrement pour le traitement des eaux. Selon M. Parent, nul système ne semblait disponible jusqu'alors dans la province afin de traiter les eaux contenant du radon. Ainsi, en septembre 2010, un système à air pulsé en provenance des Etats-Unis mais adapté aux réalités québécoises a été mis en place pour la première fois par Radon Solutions.
 
Posé à l’entrée d’eau de la maison, le système de traitement hydrique permet d'éradiquer 99 % du radon avant que celui-ci ne soit libéré dans la demeure. Suite à l’installation du système à Chelsea, le taux de radon présent dans l’eau de la maison, initialement de 3 285 000 Bq/m3, a chuté à 7 000. Ainsi, le radon libéré dans l’air de la résidence est passé d’environ 325 Bq/m3 à 0,7! Le système, rapide à installer et qui demande une maintenance périodique assez simple a de ce fait prouvé son efficacité.
 

Qu’adviendra-t-il des résidents de Chelsea?

La totalité des quelques 2 800 résidences et des commerces de la municipalité située à moins de 20 minutes de Gatineau est alimentée par des puits artésiens. Isabelle Pitre, agente de développement durable pour la municipalité de Chelsea, rassure : « Cela fait déjà plusieurs années que la Municipalité de Chelsea incite ses citoyens à faire tester leur eau pour détecter la présence de bactéries et de métaux, notamment, l’uranium. Ce n’est que dernièrement que nous avons découvert que, dans certains cas, l’eau de puits pouvait être une source de radon dans les maisons de Chelsea. De plus en plus d’informations sont disponibles concernant ce problème et nous allons nous assurer de continuer à divulguer cette information à tous nos résidants ». La question du radon en Outaouais est donc prise en main. Mais qu’en est-il pour le reste du Québec?
 

Sommes-nous tous à risque?

La situation de Chelsea découle du fait que l’eau potable provient de puits artésiens. L’eau ainsi recueillie provient donc de la nappe phréatique qui est contenue dans un aquifère souterrain peu profond. En plus d’être la nappe la plus exposée à la pollution en provenance de la surface, elle n’est pas en contact direct avec l’atmosphère. Ainsi, le radon y reste emprisonné pour ne ressortir qu’une fois l’eau puisée et libérée.
 
Par contre, si votre eau provient d’un système municipal, comme cela est généralement le cas au Québec, cela ne constitue pas un risque. De fait, l’eau qui alimente les grandes agglomérations provient généralement de grands bassins d’eau à l’air libre. Le radon peut s’en échapper et les risques ne se prolifèrent donc pas dans les municipalités.
 
Bien que les données liées au radon au Québec sont plutôt rares, certaines régions sont déjà identifiées comme étant touchées par la présence du radon dans les sols : Mont-Laurier, Oka, Mont-Saint-Hilaire et St-André-d’Argenteuil. Une liste d’autres régions où des concentrations trop élevées ont été détectées peut aussi être consultée au http://www.rnservices.ca/radon-info.
 
Il reste que le radon est considéré comme l’un des contaminants environnementaux les plus importants, ce gaz radioactif étant la deuxième cause de cancer du poumon après le tabagisme. Il s’infiltre au hasard à l’intérieur des habitations, des puits, est imprévisible et il est impossible à détecter autrement que par un test de radon.
 
Le radon cause 430 morts par année, et ce, seulement au Québec. Il ne faut plus tarder à divulguer les informations liées au sujet et il faut encourager les cadres législatifs à prendre des mesures concrètes afin de contrôler le problème.
 
Malheureusement, le Canada ne propose toujours pas, à ce jour, de programme national pour l’accréditation des compagnies qui offrent des services liés au radon. Il reconnaît tout de même les programmes offerts par les États-Unis.
  • National Environmental Health Association (NEHA)
  • National Radon Safety Board (NRSB).
 
Par ailleurs, seul le système d’évaluation LEED® Canada pour les habitations rend obligatoire l’installation d’un système de dépressurisation passif, qui extrait le radon de l’habitat par tirage naturel. En parallèle, selon Yves Parent; « La municipalité de Mont-Saint-Hilaire a aussi modifié sa réglementation pour obliger les entrepreneurs en construction à respecter les articles 9.13.7 et 9.13.8 du Code du bâtiment 1995 qui couvre l’installation de tels systèmes. Cependant, l’absence de formation des entrepreneurs dans ce domaine semble poser certains problèmes ».
 
 
Pour procéder à un test
Dans l’air ambiant de votre maison
 
Écohabitation :
 
Dans votre eau potable
AccuStar, laboratoire pour l’analyse du radon : http://www.accustarlabs.com/Default.aspx
 
Pour en savoir plus sur le radon
Pour une consultation sur l’atténuation du radon : http://www.rnservices.ca

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