Organisme Écohabitation

Réaction au reportage de "La facture" du 20 octobre 2009

Réaction au reportage de "La facture" du 20 octobre 2009

Il y a plusieurs semaines, Écohabitation a été contacté par les recherchistes de l’émission La facture de Radio Canada pour participer à un reportage sur deux maisons de St Mathieu du Parc. Ces maisons, selon les journalistes et les propriétaires étaient très mal construites en plus de se vanter d’être écologiques sans l’être.

 
En arrivant sur place, Emmanuel Cosgrove, directeur de Écohabitation constate que les vices des deux maisons sont réels mais réparables et pas catastrophiques. De plus, il indique à plusieurs reprises que les maisons ont effectivement été pensées pour prendre en compte plusieurs aspects écologiques : le solaire passif y est opérationnel, les matériaux utilisés sont régionaux, la construction s’est faite sur dalle flottante, permettant d’économiser du béton, et enfin, de gros efforts en matière d’efficacité énergétique y ont été investis.
 
Or, surprise, mardi, lors de la diffusion du reportage, tous les propos positifs que Emmanuel a tenu lors du tournage ont été coupés au montage et seules les parties négatives ont été conservées!
 
"C’est très choquant de voir ses propos déformés par une journaliste qui finalement avait son idée préconçue en tête avant même de commencer à tourner son reportage et a refusé d’entendre des aspects qui ne cadraient pas avec cette idée préconçue."
 
Apparemment, Nancy Desjardins tenait à réaliser un reportage choc, et les publicités qui ont précédé l’émission ont laissé l’impression que maisons écologiques riment avec malfaçon… Conclusion un peu hâtive non seulement quand on prend uniquement deux exemples parmi des centaines au Québec, et en plus quand les exemples en question sont loin d’être si cauchemardesques que ne le laisse penser le reportage.
 
Sur place, Emmanuel a constaté deux failles principales dans la maison : le fait que la maison a été construite avec du bois vert a entraîné un fort taux d’humidité dans la maison lors de la période de chauffage. Cela a fait bougé la structure de la maison, mais pas beaucoup plus que dans n’importe quelle autre maison construite selon cette technique. Apex, le constructeur des maisons, aurait intérêt a faire un peu plus sécher le bois utilisé pour la construction de ses maisons, c’est sûr, mais les conséquences ne sont pas si catastrophiques que le reportage le laisse croire.
 
L’autre faille importante des maisons est la mauvaise jonction entre le mur et le toit. Là encore, dans le reportage c’est montré comme si c’était une catastrophe nucléaire… Mais, une intervention importante permettrait de réparer cette erreur de construction. Par ailleurs, les moisissures dont il est question dans le reportage existent bien, mais on oublie de nous dire qu’elles sont situées du côté extérieur du pare-vapeur et qu’il n’y a donc aucun risque qu’elles dégradent la qualité de l’air dans les maisons…
 
Autre incohérence du reportage : le moment où M. Gauthier, le propriétaire d’une des maisons montre un carré dessiné de 69 pouces carrés et dit que ça correspond aux infiltrations globales de toute sa maison n’est absolument pas mis en contexte. En fait, ce carré a été déterminé par un test d’infiltrométrie. Ce que le reportage oublie de dire, c’est que dans le cas de maisons neuves classiques, ce carré serait bien plus grand!
 
Finalement, le reportage conclut qu’il faudrait des normes pour déterminer ce qu’est une maison écologique… Ils n’ont pas écouté la réponse balancée de Emmanuel quand il a répondu à cette question. Au contraire, construire écologique demande de faire des choix, de mesurer le pour et le contre, de s’adapter à son propre contexte : on ne peut donc pas normaliser ce type de construction. Ce serait comme de dire qu’il existe une norme pour un tee-shirt écologique : ça serait bien mais ça n’existe pas. Pour l’instant on a des tee-shirt faits avec du coton biologique mais on n’a pas de normes pour nous dire qu’il a parcouru tant de kilomètres en avion et a émis plusieurs centaines de gaz à effet de serre avant d’arriver au magasin et qu’il émettra aussi tant de gaz à effet de serre en fin de vie, quand il devra être éliminer. Tout ça, c’est à nous de le déduire en apportant une attention particulière aux étiquettes et en faisant des choix selon une série de critères différents qui seront classés selon un ordre de priorité différent d’une personne à l’autre.
 
C’est la même chose pour la construction de maisons écologiques. Il faut sans arrêt balancer ses choix selon plusieurs critères qui parfois s’opposent. Pour privilégier l’efficacité énergétique va-t-on devoir faire des concessions sur la provenance des matériaux ou sur la qualité de l’air? C’est probable et ça dépend tout le temps du budget qu’on a. Le principe des programmes de reconnaissance écologique comme LEED est donc de reconnaître des efforts dans plusieurs domaines différents et d’attribuer une note en fonction de ces critères. Une maison LEED n’est pas parfaite sur tous les plans écologiques mais atteint des niveaux de performance élevés dans plusieurs catégories environnementales comme la gestion de l’eau, de l’énergie ou des déchets. Créer une norme de construction écologique serait trop restrictif et ne permettrait pas de faire des maisons écologiques en grand nombre et accessibles à tous.

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