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Le soleil aime le Québec, mais le Québec lui tourne le dos

Panneaux photovoltaïques
Maison Kénogami ©Alain Hamel, pour Écohabitation

Pourquoi l’énergie solaire est-elle si peu développée au Québec, pourtant choyé par le soleil ? D’abord parce que l’hydro-électricité bon marché freine l’émergence d’autres énergies renouvelables. Mais il y a d’autres raisons. Greenpeace a rendu public la semaine dernière un rapport intéressant sur le sujet.

Le vaste potentiel solaire du Québec

Le saviez-vous ? Montréal reçoit annuellement 28% d’ensoleillement de plus que Berlin. Mais l’Allemagne est un des chefs de file mondiaux de l’énergie solaire, alors que le Québec traîne la patte… C’est dommage : selon un rapport réalisé pour Greenpeace par deux chercheurs de l’université Concordia, Diane Bastien et Andreas Athienitis, le potentiel est immense. Il suffirait de couvrir d’installations solaires 0,1% du territoire québécois – 1300 km2 quand même ! - pour recevoir toute l’énergie nécessaire à la province, assure Greenpeace. Ce n’est pas une proposition concrète (la concentration d’installations au même endroit ne serait pas judicieuse), mais une manière de montrer que le pays peut réellement s’emparer de cette énergie alternative.

Les freins au développement du solaire dans la Belle Province

Les Québécois s’intéressent au solaire. Il y a beaucoup d’audacieux qui captent les rayonnements pour se chauffer (solaire thermique) ou produire de l’électricité (solaire photovoltaïque). Certaines maisons sont conçues pour bénéficier des rayons du soleil sans panneaux ni capteurs (solaire passif). Mais le frein principal est évidemment le coût très modique de l’hydro-électricité. Le système de rachat de production électrique solaire par Hydro-Québec n’est pas du tout attractif financièrement, au point qu’il ne concerne que moins de 20 foyers au Québec !

Ce qui manque ? La volonté politique, déplore Greenpeace. « Au Canada, en 2009, les énergies renouvelables ont reçu 1$ de support gouvernemental pour chaque 5 à 6$ octroyé aux énergies fossiles », mentionne le rapport*. C’est là toute la question : si le solaire était aussi soutenu que le pétrole par les pouvoirs publics, il serait bien plus accessible !

Mais le Québec a-t-il vraiment besoin du solaire ?

L’hydro-électricité est beaucoup moins dommageable sur le plan environnemental que bien d’autres sources d’électricité (nucléaire, charbon…). Et le nucléaire au Québec ne représente que 3% de la production électrique du Québec. Est-ce que c’est une raison pour tourner le dos au solaire ? Non, argue Greenpeace. Car il n’est pas question de remplacer l’hydro par le solaire, mais bien de coupler astucieusement les deux. Lors des pics de consommation l’hiver, Hydro-Québec est obligé d’importer de l’électricité. L’énergie solaire pourrait  alors jouer un rôle essentiel.

Ensuite, harnacher les dernières grandes rivières sauvages ne constitue pas un avenir. Enfin et surtout, 50% de l’énergie consommée au Québec vient d’énergies fossiles exportées – pétrole essentiellement, mais aussi charbon et gaz naturel – utilisées principalement pour les transports et l’industrie. Pour Greenpeace, un développement soutenu de l’énergie solaire permettrait notamment l’électrification des transports en commun, ce qui ferait baisser les émissions de gaz à effets de serre. Enfin, l’énergie solaire pourrait créer plus de 35 000 emplois dans l’économie canadienne et éviterait la production de 15 à 35 millions de tonnes de gaz à effets de serre chaque année…

Ce que devrait faire le gouvernement

Greenpeace fait un certain nombre de recommandations au gouvernement Charest. En voici trois :

  • Intégrer le solaire, notamment passif, dans un nouveau Code du bâtiment. « Si d’ici 2015 toutes les nouvelles constructions intégraient l’énergie solaire passive et active et des normes élevées d’efficacité énergétique, 1 400 000 logements à très faible consommation énergétique seraient construits en 2050 », argumentent les chercheurs.
  • Le rapport suggère également de « mettre en place une politique véritablement  efficace de rachat d’électricité solaire par Hydro-Québec à un prix attrayant, garanti sur plusieurs années et similaire à ce qui a été adopté en Allemagne, en Espagne et en Ontario, mais spécialement adapté aux besoins du Québec. »
  • Il faut impérativement « investir dans le développement et la structuration d’un secteur industriel des énergies solaires au Québec ». Importer des panneaux solaires, c’est bien, en fabriquer, c’est mieux...

 Présent lors de la conférence de presse, Kumi Naidoo, directeur général de Greenpeace international, a incité le gouvernement Charest à devenir un « green energy leader » en diversifiant son recours aux énergies renouvelables. Naidoo et Eric Darier, patron de Greenpeace au Québec, faisaient observer que « le gouvernement prépare son budget. C’est le moment de changer les orientations, et ce moment pourrait être historique pour le Québec. » A bon entendeur…

 * Source : CanSIA, Solar vision 2005. Canadian Solar Industries Association, 2010, p 41.

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