Eau et Plomberie

Tout sur... la récupération de l’eau de pluie

Le Québec semble posséder d’inépuisables ressources hydriques. Pourtant, l'eau est une ressource précieuse dont la valeur ne cesse d'augmenter. Récupérer les eaux de pluie devient alors un geste à la fois écologique et économique. Lisez et lancez-vous !

Récupération de l’eau de pluie
© Cath S, CC

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Une pratique aussi ancienne que le monde

La pratique de recueillir l’eau de pluie ne date pas d’hier : on peut remonter jusqu’à trois millénaires avant J-C pour trouver des systèmes de récupération des eaux pluviales à des fins de consommation par l’humain. Aujourd’hui, on la collecte abondamment dans plusieurs parties du monde, même dans les gratte-ciels à Hong Kong !

 La collecte de l’eau de pluie peut avoir pour simple but d’arroser son jardin et laver sa voiture… ou être l’unique source d’eau pour la maisonnée toute entière ! Entre ces deux extrêmes, il y a toute une gamme de systèmes permettant de répondre à vos besoins sans vous ruiner, et en toute bonne conscience.

Pourquoi récupérer l’eau de pluie ?

Au Québec, la récupération de l’eau de pluie est une démarche éco-citoyenne dans la grande majorité des cas.  Faute de facture pour l’utilisation de l’eau potable du réseau municipal sur la base de sa consommation, il faut beaucoup de motivation et de vision écologique pour entreprendre cet exercice complexe. Par ailleurs, l’approvisionnement en eau potable n’est pas (encore) une source d’inquiétude dans la Belle Province. Pourquoi alors se donner la peine de récupérer votre eau de pluie ? Tout simplement parce que l’eau de qualité est bel et bien une ressource épuisable ! Nos eaux sales sont traitées, ce qui consomme de l’énergie : plus on consomme, plus on doit traiter et on paye ce traitement sans le savoir, à même nos impôts.

« La récupération de l’eau de pluie est largement développée dans le monde : Inde, Brésil, Japon, Éthiopie, Canada, Philippines, Thaïlande, etc. Certains pays récupèrent même la rosée (Chine), les brouillards (Chili, Pérou) ou la neige (Afghanistan). »[1] Des exemples poétiques qui démontrent l’importance de l’eau et mettent en relief le gaspillage éhonté de cette ressource précieuse dans certaines sociétés, dont la nôtre…

Par ailleurs, dans « l’est de l’Australie, l’eau de pluie a un grand succès : près de la moitié des habitations sont équipées de citernes. Hors agglomérations, ce taux atteint 80 %. »[2] On peut le faire, nous aussi.

Quel est le portrait de l’utilisation de l’eau dans une résidence typique au Québec ?

Chaque Québécois consomme plus de 400 litres d’eau chaque jour[3], sans compter les entreprises ; ce fait nous classe parmi les plus grands consommateurs d’eau au monde (juste après les États-Unis).

Nous utilisons de l'eau potable pour de nombreux usages pour lesquels elle n'est pas nécessaire. En effet, moins de 1% de l'eau domestique traitée sert à la consommation. Par contre, en été, le jardinage compte pour approximativement 30% de la consommation d'eau.

À Montréal, l’utilisation résidentielle de l’eau potable est répartie comme suit[4] :

Répartition de l'utilisation de l'eau pour le secteur résidentiel à Montréal en fonction du type d'utilisation.

Type d’utilisation

Proportion de la consommation totale

Utilisations extérieures

30%

Toilette

30%

Lavage

20%

Bains et douches

19%

Alimentation

  1%

 

Sans opter pour un système très sophistiqué et dispendieux,  il serait donc possible de diminuer de 30% notre consommation d’eau potable en captant seulement l’eau de pluie pour une utilisation minimale à l’extérieur (arrosage du potager, lavage de voiture, etc.) 

Une seconde option peu coûteuse consisterait à utiliser l’excédent d’eau de pluie pour la chasse d’eau des toilettes, permettant une autre économie substantielle pouvant aller jusqu’à 30% par rapport à la consommation typique. Ainsi, au prix d’un réservoir assez volumineux et de quelques éléments de plomberie additionnels, il serait possible de réduire de 60% notre consommation, sans que ça coûte les yeux de la tête ! D’ailleurs, il est possible de faire soi-même un récupérateur d’eau de pluie rudimentaire pour quelques dollars, tout au plus. Voir cet article sur le site web de Télé-Québec.

« À l’heure des économies et de l’écologie, arroser son potager ou nettoyer sa voiture avec de l’eau potable doit être considéré comme du gaspillage, voire de l’inconscience. »

– Sylvie Luneau, Récupérer l’eau de pluie, collection Habitat écologique.

C'est une erreur de croire que gaspiller l'eau ne nous coûte rien. L'eau qui arrive dans nos robinets a été purifiée et elle sera épurée avant d'être relâchée dans la nature. Ces traitements ne sont pas gratuits et sûrement pas miraculeux. Par exemple, il en coûte plus de 800 000 dollars canadiens par jour pour traiter et distribuer l'eau sur l'île de Montréal qui compte à peine 2 millions d’habitants…

Plutôt que de traiter l’eau de pluie comme un problème dont il faut se débarrasser au plus vite, il faudrait la considérer comme un atout, ou un cadeau du ciel !

Les avantages :

Il y a plusieurs excellentes raisons de faire l’effort de récupérer l’eau des précipitations :

  • La pluie est abondante et gratuite ;
  • La récupération ménage les aquifères (nappes phréatiques et autres gisements d’eau) et favorise le renouvellement de la ressource ;
  • Elle limite le volume d’eau à traiter par les stations d’épuration ;
  • Elle limite les volumes de déchets solides des stations d'épuration (boues) dont l'élimination est problématique ;
  • La collecte de l’eau de pluie réduit tous les coûts reliés au traitement et à la distribution de l’eau potable ;
  • Elle aide la gestion du taux d’humidité dans les sols environnant votre domicile ;
  • Elle assure une source d’eau d’appoint pour les régions où le réseau d’eau principal est peu fiable ;
  • En milieu urbain, elle permet de limiter les risques d’inondations et la pression sur les égouts pluviaux ;
  • L’eau de pluie peut fournir de l’eau de qualité supérieure pour certains besoins grâce à son absence de certains minéraux, sels et contaminants qu’on retrouve dans les eaux de surface et souterraines : elle est donc moins dure que l’eau du robinet ;
  • Elle est une solution idéale dans le cas où une autre source d’eau n’est pas disponible de manière fiable à un prix raisonnable ;
  • Certaines recherches évoquent un lien possible entre le chlore et le cancer. L’eau de pluie est naturellement non chlorée.

Les inconvénients :

  • L’installation d’un système relativement complexe et coûteux est inévitable si on veut utiliser les eaux pluviales pour toutes les tâches ménagères et sanitaires de la maison ;
  • Malheureusement, avec l’eau de pluie on récupère également les polluants en suspension dans l’air ;
  • Le système n’est fonctionnel qu’au-dessus du point de congélation. Pour éviter les bris dus au gel, le réservoir doit donc être vidangé à l’automne, pour les résidences situées en régions nordiques, à moins d’être localisé à l’intérieur du bâtiment ou bien enfoui sous terre ;
  • Le coût d’un système devant servir de source unique d’eau pour tous les besoins familiaux serait prohibitif 
  • Certaines des méthodes de traitement de l’eau de pluie sont énergivores ;
  • L’eau de collecte pourrait être contaminée par la lixiviation des matériaux de la toiture ou par des moisissures et donner lieu à des risques sanitaires ;
  • Des réserves d’eau stagnantes non protégées, peuvent devenir un lieu de ponte privilégié par les maringouins, qui sont vecteurs de maladies menaçantes pour les hommes et les animaux.

Gaspillage d’eau : les autres peut-être… mais pas moi !

La perception qu’on a de notre consommation d’eau diffère grandement de la réalité. Si on vous demandait votre consommation journalière, diriez-vous que vous consommez davantage que la moyenne québécoise ou que votre consommation est en deçà ? Nous ne pouvons pas tous consommer moins que la moyenne ! Voyons voir : vous arrosez votre jardin et votre belle pelouse trois fois par semaine au cours de l’été ? Vous lavez votre voiture une fois par semaine ?

Un boyau d’arrosage standard de ¾ de pouce permet l’écoulement de 1 440 litres par heure. Arroser son jardin pendant 2 heures nécessite donc près de 2 900 litres, soit 8 700 litres par semaine ou 113 000 litres au cours de 13 semaines que dure l’été. Pour la voiture, ce serait environ 6 000 litres. Ce serait donc 119 000 litres par été, en supposant que vous n’arrosez pas au printemps ou en automne et que vous ne lavez votre voiture que sous un beau soleil d’été.

En revanche, le Québécois moyen consomme 400 litres par année, dont 30% pour les utilisations extérieures, soit 44 000 litres. Vous consommez donc 2,7 fois plus que la moyenne, malgré votre assurance du contraire !

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[1] Sylvie Luneau, Récupérer l’eau de pluie. Collection Habitat écologique. P. 11.

[2] Ibid. P. 12.

[3] Katja Hanne Culhuac Schmidt, La surconsommation de l’eau potable au Québec, analyse critique des engagements gouvernementaux et solutions proposées. Thèse de maîtrise, Université de Sherbrooke. 2012. Page 29.


Cette fiche technique a été réalisée avec l'appui financier de la Société d'habitation du Québec.

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