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Les sources de biogaz au Québec

Agriculteurs, industriels, municipalités : savoir identifier les matières premières organiques disponibles pour la biométhanisation

Les sources de biogaz au Québec
© USDAgov

Pour n’importe quel projet de biométhanisation (c'est-à-dire la production de biogaz, pas celle du biométhane qui nécessite un raffinage) ,  il convient de s’assurer que l’on aura assez de matière première (substrats organiques) pour combler ses besoins. L’éventail des substrats est très large. Ceux-ci peuvent être des résidus agricoles (lisiers, fientes, résidus de production, etc.), des résidus agroalimentaires (résidus de distillation, etc.), des résidus issus des secteurs industriels, commercial et institutionnels (ICI), ou encore des résidus ménagers. Ce large éventail fournit des qualités de biogaz différentes, et des rendements différents, comme on peut l’observer sur le graphe suivant :

Potentiel méthanogène de différents substrats et co-substrats

Le contenu énergétique d’un biogaz contenant 70% de méthane a un pouvoir calorifique de l’ordre de 23.75 MJ/m3 ou 6.59 kWh/m3.[1] A l’aide de ces informations, il est possible de quantifier ses besoins en biogaz en fonction de l’utilisation désirée de ce biogaz, celle-ci déterminant également la qualité de biogaz nécessaire. La teneur en méthane du biogaz obtenu dépend essentiellement de la composition des substrats en matières grasses, protéines et hydrates de carbone, et peu du procédé de génération, comme on peut le voir sur le tableau ci-dessous. On pourra alors déterminer si les substrats sont disponibles en quantités suffisantes selon leur type et leur origine. En réalité, ce sera rarement le cas pour le particulier, mais peut l’être pour les municipalités, les producteurs agricoles ou les producteurs industriels.

Composition du biogaz selon la nature des matières résiduelles[2]

Composition du biogaz selon la nature des matières résiduelles

Il faut également tenir compte de la première stratégie du plan d’action 2011-2015 de la politique québécoise de gestion des matières résiduelles : le respect de la hiérarchie des 3RV-E. Cette hiérarchie stipule qu’ « à moins qu’une analyse basée sur une approche du cycle de vie des biens et des services ne démontre qu’une dérogation est justifiée, la réduction à la source, le réemploi, le recyclage, y compris par traitement biologique ou épandage sur le sol, les autres formes de valorisation de la matière, la valorisation énergétique et l’élimination doivent être privilégiés dans cet ordre dans le domaine de la gestion des matières résiduelles ». La valorisation par biométhanisation n’apparaît ainsi qu’à la 4ème position de cette hiérarchie, ce qui démontre l’importance de bien identifier le type de substrats disponibles, leur quantité, et la pertinence de cette valorisation s’il existe une solution avec un meilleur bénéfice environnemental et économique dans la hiérarchie des 3RV-E.

Pierre-Olivier Pineau, professeur agrégé à HEC Montréal, dont l’expertise est reconnue en politiques énergétiques, résume très bien ces problématiques appliquées au territoire du Québec dans l’extrait d’une discussion menée par Forumschiste.com

Nous vous conseillons le visionnage de la totalité des discussions si ces sujets vous intéressent.

On y apprend ainsi que le plus gros potentiel de biométhanisation au Québec vient de nos déchets organiques domestiques. Cependant, même si on utilisait tous nos déchets organiques pour les transformer en biogaz, cela ne correspondrait qu’à moins de 5% du total de nos besoins en gaz au Québec.

La biométhanisation de nos déchets est donc intéressante du point de vue du traitement des matières organiques : cela limiterait l’enfouissement et la production de gaz à effet de serre. Mais ce ne serait pas une source suffisante de production d’énergie.

Les matières organiques des déchets forestiers ou agricoles peuvent également être biométhanisés ;  mais l’intérêt est souvent discutable, car nombre de ces déchets sont déjà utilisables directement et à moindre coût, et plus tôt dans la hiérarchie des 3RV-E. La biométhanisation est néanmoins particulièrement judicieuse pour traiter le lisier de porc qui ne peut être épandu sur les terres à cause  d’accumulations excessives à long terme de cuivre et de zinc.

 

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