Quartiers Écohabitation

Série quartiers écolos/ 1 : Benny Farm, un modèle écologique québécois pour le développement social

Écohabitation décode pour vous le paysage urbain et rural québécois : (re)découvrez les meilleures initiatives et appliquez-les dans vos projets de développement !

Le quartier Benny Farm, à NDG © Audrey Belval

Benny Farm, projet montréalais résolument écologique, est un prototype pilote pour le développement durable des infrastructures communautaires et résidentielles. Son objectif ultime : prouver aux professionnels et au grand public la viabilité d’un tel projet en milieu urbain selon la firme L’ŒUF, une des plus importantes parties prenantes du projet.

CARTE D’IDENTITÉ

   © Émilie Piaguet
   Note: le coût comprend quatre des sept projets de Benny Farm.

Benny Farm est un des projets les plus connus de Montréal : objet de polémique depuis des dizaines d'années, il est aussi précurseur en matière de logement social et d’environnement et, depuis 2011, innovateur en technologies écologiques. C’est un projet intégré au contexte urbain environnant; sa densité et sa typologie de bâtiment offrent un concept à la fois multi-fonctionnel et multi-générationnel, mettant l’humain et l’environnement au cœur des stratégies de développement. Les aspects communautaires et de design durable sont donc les maîtres mots du projet Benny Farm.  

LES CLÉS DE LA RÉUSSITE SOCIALE

Le projet de Benny Farm repose en grande partie sur la gestion participative. Ce grand projet suggère surtout l’établissement d’une micro-communauté quasi autonome en termes de ressources énergétiques et d’administration de ces ressources. En effet, la création d’un organisme de gestion écologique participative, à savoir Énergie verte Benny Farm, élaboré par la firme L’ŒUF, organise quotidiennement la gestion de la communauté Benny Farm, le bien-être de ses habitants et la vitalité du quartier.

À ceci s’ajoutent divers éléments pour faire de Benny Farm un réel succès au niveau social :

  • Flexibilité typologique pour la mixité sociale et l’accessibilité universelle au logement, ce qui garantie le respect d’une inclusion sociale.
  • Sept projets sur le même site qui proposent 60% de logements sociaux diversifiés et adaptés à une clientèle ciblée – par exemple le projet Tango de 15 logements qui vise uniquement les personnes à mobilité réduite, ou encore le projet On Our Own qui comprend 29 logements et vise les jeunes mères en difficulté.
  • Série de logements abordables pour les personnes âgées et unités de condominiums visant les jeunes familles moins nanties. 

DES SYSTÈMES ÉNERGÉTIQUES COMPLEXES

La conception a intégré de nombreux systèmes éco-énergétiques : des systèmes de chauffage et de climatisation géothermique en circuit fermé, ainsi que d’une ventilation d’air naturelle, doivent permettre de répandre chaleur ou fraîcheur dans les autres bâtiments connectés. Les logements sociaux, n’ayant pas pu bénéficier de géothermie par manque de subventions, détiennent quant à eux quelques chaudières à gaz centrales qui économisent aussi beaucoup d’énergie, à savoir environ 536 MWh par année.

C'est l’organisme Énergie verte Benny Farm qui tient le rôle dans la gestion des technologies : il opère et entretient les nombreuses installations éco-énergétiques des bâtiments.

L'avantage recherché de ces systèmes est évidemment environnemental, mais le bénéfice recherché était également financier : il est attendu de ce type d'équipements performants un rendement financier à long terme. En effet, l’économie des coûts énergétiques généraux pour Énergie verte Benny Farm doit s’élèver à environ 46% !

DU CÔTÉ DE LA GESTION DE L’EAU : DES INVESTISSEMENTS PROFITABLES

L’implantation d’infrastructures écologiques combinée à une autogestion participative de la communauté engendre des réductions des coûts visant la municipalité :

© Jean-François Vézina

  • La majorité des unités d’habitations comprend un recouvrement végétal extensif (tapissage de plantes n’ayant pas beaucoup besoin d’entretien) sur les toits ainsi que des jardins d’eau. Ceci contribue largement à réduire le phénomène d’îlot de chaleur, ce qui est un enjeu crucial pour la ville de Montréal.
  • Le projet prévoit également des toits verts intensifs cultivés permettant de recueillir ces eaux pluviales grâce à l’absorption des végétaux.
  • Des bassins filtrants sont également mis en place pour seconder les toits verts, récolter les eaux de surplus et arroser le reste de la végétation.

Ces infrastructures de gestion des eaux visent la limitation de l’augmentation des taxes municipales sur le prix des logements. En effet, elles génèrent une réduction des coûts d’évacuation des eaux de pluies pour la municipalité et permettent de désengorger le réseau de canalisations souterraines montréalais, déjà saturé.

Ainsi, les taxes spéciales sur la consommation d’eau (par logement et par établissement) ont le potentiel d'être considérablement réduites grâce à l’économie annuelle de 18 millions de litres d’eau consommée par l'ensemble de bâtiments, comparativement à une construction traditionnelle équivalente. La taxe relative aux égouts est également diminuée grâce à la réduction de 66% du rejet d’eaux grises (eau non-potable). ces systèmes visent la limitation de l’augmentation des taxes municipales sur le prix des logements.

UNE IDÉE PORTEUSE

La participation de nombreux professionnels reconnus et des résidents a permis de cibler les besoins du quartier, des habitants et de la municipalité à travers un plan d’action stratégique de développement durable. Ce processus a abouti sur un fonctionnement en symbiose parfaite avec l’aspect humain et environnemental. Cette subsidiarité est un élément très important pour conserver la qualité du milieu social déjà bien établi. De plus, de nombreuses installations socio-écologiques comme les jardins communautaires, la création d’un sentiment d’appartenance à travers les aménagements paysagers et l’architecture contribuent amplement à l’amélioration de la qualité de vie locale jour après jour dans un milieu urbain dense.

En somme, logement social et bâtiment durable ne sont pas incompatibles, c’est une idée porteuse pour de nouveaux développements similaires au Québec. L’Office municipal d’Habitation de Longueuil l'a compris, son Projet Bord-de-l’Eau, dont les habitations certifiées LEED® Canada pour les habitations en témoigne.

Voir le dossier de recherche complet.


Sources:

L’ŒUF Architectes. (s.d). Benny Farm et Green Energy Benny Farm. Récupéré le 6 mai 2014.

Méthé, Jean-François. Écohabitation la ressource en habitation écologique. Récupéré le 21 mai 2014

Office municipal d’habitation de Montréal. (s.d). Benny Farm : les travaux majeurs. Récupéré le 7 mai 2014

Les calculs ont été faits grâce aux schémas de la firme L’ŒUF

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