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Propagation de la mérule pleureuse: informez-vous!

Ce champignon qui colonise les bâtiments peut être si dévastateur qu’on l’appelle «cancer» ou «lèpre du bâtiment». Mais pas de panique: la mérule n’a que de très faibles chances dans une maison bien construite, ventilée et sans infiltration d’eau.

Propagation de la mérule pleureuse: informez-vous!
© brikenvrac.over-blog.com

La mérule, ou Serpula incrassata, est un champignon lignivore: elle se nourrit particulièrement dans le bois humide. Lorsqu'elle atteint un bâtiment, elle attaque sa structure jusqu’à ce qu’elle se décompose. La vitesse déconcertante à laquelle elle décompose ce qu’elle affecte renforce sa réputation ravageuse

On en connait peu sur la mérule pleureuse, mais pas de panique: elle n’a aucune chance dans une maison bien entretenue, ventilée et sans infiltration d’eau. La Société d’habitation du Québec (SHQ) a récemment mis sur pied un comité afin de rassembler de l’information sur le sujet, la Régie du bâtiment du Québec (RBQ) en fait également partie. En attendant de connaître leurs conclusions, Écohabitation vous livre l'essentiel de ce qu'il faut savoir.

La mérule pleureuse a plusieurs appellations: champignon de la pourriture sèche, Serpula lacrymansMerulius domesticusMerulius lacrymans ou Gyrophana lacrymans. En Amérique du Nord, la forme la plus courante prend le nom de Serpula incrassata. Son nom vient du fait qu’en milieu humide et stagnant, des gouttelettes d’eau se formeront sur le champignon, tels des larmes.

Un fléau qui atteint le Québec

Véritable fléau en France, elle est encore peu connue au Québec. Des dizaines de cas ont été déclarés dans diverses régions, à l'est comme à l'ouest de la province, y compris à Montréal.

Mais comment est-elle arrivée ici? Aujourd’hui peu visible dans la nature, l’habitat initial de la mérule est pourtant la forêt de conifères himalayenne. La version agressive, celle que l’on retrouve dans les maisons, proviendrait d’une mutation ayant eu lieu en Asie. On la retrouve maintenant en Europe, en Amérique du Nord et du Sud ainsi qu’en Océanie.

Reconnaître la mérule à son apparence

 © Enviro-Option

Premier signe qui doit être pris en compte: la mérule dégage une forte odeur de moisissure. À quoi ressemble-t-elle? En fait, elle change de couleur selon son stade physiologique: la jeune Serpula incrassata est blanche, puis elle adopte une teinte brunâtre ou rougeâtre à maturité. Elle peut aussi épouser différentes textures, selon son environnement:

  • cotonneuse, blanche: dans un environnement très humide et stagnant;
  • filamenteuse et soyeuse, argentée teintée de jaune et lilas: dans un environnement moins humide. Sous cette forme, les fils peuvent atteindre 10 cm de diamètre;
  • ronde et visqueuse.

Puisqu’elle se développe dans les endroits confinés, il n’est pas rare de l'identifier trop tard, une fois que le bois est moisi jusqu’au cœur.

Ne pas confondre la mérule avec le salpêtre, une couche blanchâtre formée par l’accumulation de sels minéraux sur des murs mal ventilés.

Une propagation de source aérienne

La mérule se déplace par voie aérienne, via des spores asexués ou sexuées (grâce aux basidiospores – son principal mode de dispersement). Le spore utilisera le vent, l’homme, les animaux comme vecteurs pour pénétrer dans les anciennes bâtisses. Une fois entré, il se logera dans les plinthes et les cloisons, sous les revêtements de sol et même dans les plafonds où il attendra les conditions propices pour se développer. Un seul minuscule spore qui se dépose sur du bois mouillé dans des conditions propices peut suffire à coloniser tout un bâtiment... et les spores peuvent rester viables pendant plus de 20 ans!

La concentration de spores dans un sous-sol contaminé peut atteindre jusqu’à 360 000 par m3. Il est été estimé que la libération de spores dans une mérule de 1 m3 peut atteindre 3 x 109 spores par heure. Les spores sécrétés se déposent sur les surfaces avoisinantes, pouvant rapidement s’étendre à tout le bâtiment.

L'humidité et le manque de ventilation sont pointés du doigt

 © Enviro-Option

Pour que la mérule se développe, plusieurs conditions doivent être réunies, selon un cocktail bien précis. C'est dans les sous-sols et les vides sanitaires des maisons ancestrales peu entretenues qu'on les retrouve:

  • un taux d’humidité entre 20 et 40%;
  • une température entre 19 et 21°C;
  • un espace confiné, renfermé et obscur, non-aéré;
  • une présence d’ammoniaque.

Si ces conditions sont rassemblées, la mérule peut se développer très rapidement, de 4 à 80 mm par jour! Et plus l’atmosphère est renfermée, plus vite elle grandit, pouvant finalement atteindre plus de 8 mètres. Et ne croyez pas être à l'abri si vos fondations n'ont pas d'infiltrations: dans ces conditions, la mérule peut également attaquer du bois sec, du moment qu’elle peut se nourrir de l’humidité contenu dans l’air ambiant.

En dessous, ou au-delà des conditions optimales, la mérule ne meurt pas mais entre en latence, attendant un moment propice pour se réveiller. Elle peut ainsi rester en «dormance» pendant près de 10 ans.

En général, les conditions propices au développement de la mérule sont notables:

  • dans les maisons anciennes, humides, ayant une mauvaise ventilation;
  • des maisons inhabitées durant plusieurs mois;
  • dans les vides sanitaires et les caves ayant une mauvaise aération, dont le sol est en terre;
  • dans les combles pas ou peu aérés;
  • à proximité d'une fuite d'eau, d'une fissure de cheminée ou de tuiles, de fenêtres en mauvais état, modifiées voire déplacées, et sans adaptation de la ventilation.

L'ampleur des risques encourus

 © CC,  Braunfaeule Holz

Le bois est la cible principale de la mérule. Nous vous épargnerons les détails peu appétissants, mais en résumé, la mérule libère des enzymes qui dissolvent la cellulose du bois. Le bois atteint par la mérule perd alors du poids et de sa résistance, ce qui entraine un rétrécissement et un assombrissement du bois très caractéristique. On peut observer une forme de «craquage cubique»: le bois se fissure sous forme de petits cubes. Ce craquellement est généralement le premier signe qu’il y a un problème.

Une fois toute la cellulose rongée par la mérule, le bois fini par s’effriter (c’est pourquoi on surnomme également la mérule de «champignon de la pourriture sèche»). Elle est si vorace que ses racines peuvent même traverser les fondations de pierre et les murs de brique afin de trouver de quoi se nourrir. Si la mérule n’est pas identifiée assez rapidement, elle peut gruger rapidement tout un édifice! Dans ce cas, on vous laisse imaginer les répercussions sur la structure d'un bâtiment. 

Qu'en est-il des risques pour la santé? La mérule est un champignon et non une moisissure. Ses caractéristiques physiologiques ne sont pas les mêmes, et ses effets non plus. L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) n'en recense aucun effet toxique et aucune infection fongique; il ne relève "aucune indication à l’effet que S. lacrymans engendre des symptômes d’irritation ou d’inflammation". Il est question d'un potentiel de réaction allergique chez des personnes polysensibilisées. Mais les symptômes ou maladies respiratoires (irritation des muqueuses, congestion nasale, asthme ou rhinite allergique, conjonctivite, etc.) possiblement observés chez les occupants des habitations infestées peuvent avoir pour origine les moisissures, souvent présentes dans ces mêmes bâtiments "compte tenu de la présence de conditions environnementales favorisant la croissance de ces deux groupes de mycètes (humidité élevée, moiteur importante ou présence d’eau en permanence)".

La problématique de la mérule pleureuse découlerait donc uniquement des dommages importants entraînés sur les bâtiments affectés. 

Infiltrations et air vicié dans votre sous-sol? Prévenez une attaque.

La mérule n’a pour ainsi dire pas de chance dans une maison bien conçue et bien construite, sans source d’humidité (bien ventilée, isolée aux normes, sans infiltration d’eau). Pour prévenir la mérule, il faut donc contrôler les taux d’humidité et de ventilation, particulièrement au sous-sol. Également à éviter – le stockage du bois et des résidus de bois dans les caves ou les débarras mal ventilés.

Si vous pensez que votre maison est à risque, il est possible de la prétraiter entièrement avec des produits fongicides biologiques à base de bore tels que le Tim-Bor et le IMPEL Rods, des poudres que l’on mélange avec de l’eau avant de l’appliquer sur tout le bois de la maison – montants, vide sanitaire, sous-plancher, chevrons, revêtements… Ce traitement rend le bois résistant aux termites et à la pourriture pendant plus de 30 ans. On peut également pulvériser du Bora-Care, un concentré liquide qui donne les même résultats.

Les fongicides à base de bore sont pratiquement inodores et ont une toxicité pour votre famille et vos animaux de compagnie à peu près identique au sel. Ce minéral naturel n’a pas d’impacts négatifs sur l’environnement et, puisqu’il utilise l’humidité présente dans le bois comme support, ils se diffusent aisément (le bore est ainsi acheminé vers toutes les zones du bois affectées).

Dans tous les cas, même si ce n’est pas toxique pour les occupants, il est conseillé de faire appel à un spécialiste pour les traitements.

Traiter la mérule: les grands moyens!

Si le bois est atteint par la mérule pleureuse, l’unique solution est parfois la démolition. Dans ce cas, il faudra se débarrasser du bois affecté, le brûler, reconstruire les structures et stériliser tout le bois de la maison (avec des produits à base de bore).

Si on remarque sa présence assez rapidement, il est tout de même possible de lutter contre la mérule pleureuse. Un expert procédera alors au piquetage des endroits infectés, toujours en utilisant un produit fongicide à base de bore. Sans doute que la maison ainsi «sauvée» aura tout de même subi des dégâts importants. Il faudra parfois remplacer certaines composantes de la structure, ou encore renforcer le bois avec de l’époxy – le produit peut rendre le bois affecté très solide et durable. La compagnie Enviro Option offre ses services dans toutes les régions du Québec.

Contrairement à la croyance populaire, il ne faut pas mettre d’eau de javel sur la mérule ni d’époxy, cela accélère sa croissance (on met de l'époxy sur un bois sans champignons). Ne tentez pas non plus de la brûler au chalumeau. Puisque la contamination découle d’un ensemble complexe d’éléments, il faut analyser son origine afin de prodiguer un traitement approprié.

Les citoyens sinistrés s'organisent

En plus d'être désastreuse dans le bâtiment, la propagation de la mérule l'est aussi financièrement. Dans le cas où la démolition constitue le dernier recours, il semblerait qu'aucune compagnie d'assurance n'accepte de les couvrir puisque la contamination d'une maison par la mérule pleureuse n'est pas reconnue comme un sinistre.

Depuis l'an dernier, deux pétitions pour la création d’un programme d’aide pour les sinistrés affectés par la mérule pleureuse ont été déposés à l'Assemblée nationale. Un couple de St-Marcellin a initié le mouvement, suivi par plus de 2 000 personnes. Ce regroupement de citoyens est en processus de création d'une association officielle.

Leur objectif est de faire reconnaître la mérule au même titre que la pyrrhotite, mais aussi de militer pour une législation claire pour la décontamination et la gestion des résidus, ainsi que d'améliorer les méthodes d'inspection préachat. Étant donné que pour le moment, aucune structure gouvernementale et aucune aide n'existent pour les sinistrés, le regroupement et la future association tentent d'accompagner les victimes. Si vous êtes concerné, vous pouvez les rejoindre afin d’augmenter leur voix au niveau provincial et fédéral.

Suite au dépôt de la première pétition, en juillet 2016, la Société d'habitation du Québec a été dépêchée pour mettre sur pied un comité interministériel chargé de documenter la question. Le rapport du comité sera déposé à la fin juin 2017. 

Sources

Évènements à suivre

Foire ÉCOSPHÈRE
Samedi, 3 June, 2017 - 10:00

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