Les matériaux sains et durables sont souvent perçus comme trop dispendieux. Nombreux sont ceux qui renoncent à faire le choix de matériaux qui ont un moindre impact sur l’environnement pour des questions financières. À tort! Dans le cadre de son projet de Réduction à la source des revêtements en habitation, soutenu par RECYC-QUÉBEC, Écohabitation a réalisé une analyse financière et environnementale et développé des outils visant à démontrer l'intérêt d'investir dans des matériaux durables. Les revêtements de plancher, de mur et de toiture qui réduisent la quantité de matières résiduelles qui encombrent les sites d’enfouissement sont aussi plus intéressants pour les propriétaires.

Ce projet va vous démontrer que la durabilité n’est pas uniquement avantageuse sur le plan écologique : c’est aussi plus économique! Comment est-ce possible? En considérant la rentabilité du matériau.

Les matériaux de construction durables ont un plus faible coût d'opération

Le coût d'opération n'est pratiquement jamais évalué lors des choix de matériaux de construction. Qu’est-ce-que c'est, le coût d’opération? Il s'agit simplement du coût d'investissement rapporté à la durée de vie du matériau, plutôt qu'au coût initial.

En clair, c'est une histoire de rentabilité. Ça veut dire que choisir des matériaux durables coûtera un peu plus cher à l’achat, mais nécessitera bien moins de remplacements au fil du temps. Ce choix se révèle donc plus intéressant au bout du compte. L'investissement financier supplémentaire pour des matériaux durables peut donc représenter  un bon choix également d'un point de vue économique.

Voici un exemple qui illustre bien le principe: les bardeaux d’asphalte, assez abordables mais moins durables et hautement polluants, ont une durée de vie limitée à 15 ans*, environ. Eh oui, la garantie à vie annoncée sur les paquets est limitée, et elle se limite à 20 ans. Mais la plupart des toitures sont soumises à rude épreuve avec les éléments et vieillissent prématurément: un ensoleillement extrême sur la pente orientée au sud qui fait sécher et se recroqueviller le bardeau, par exemple... Il est vrai que depuis l'arrivée des bardeaux à fibres de verre, la durée de vie est plus intéressante, soit plus de 25 ans, mais la recyclabilité est nulle et même les rejets de production sont envoyés à l'élimination. 

Chaque année, entre 170 000 et 200 000 tonnes de bardeaux d’asphalte sont retirés des toitures et disposés dans des sites d’enfouissement.
Chaque année, entre 170 000 et 200 000 tonnes de bardeaux d’asphalte sont retirés des toitures et disposés dans des sites d’enfouissement. 

La toiture de tôle, elle, a une durée de vie qui dépasse largement les 50 ans. De plus, on peut la recyclé à 100 % en fin de vie. Sur 50 ans, on posera donc environ trois revêtements de toits de bardeaux pour un seul de tôle! À long terme, le coût initial de ce revêtement sera donc largement compensé.

* L’estimation de la durée de vie des bardeaux d’asphalte est basée sur l’information tirée des portails de Trouveruncouvreur.ca, Toitures Alto et Toitures Aubin. 

Des matériaux plus ou moins durables

Au cours de leur recherche, les experts d'Écohabitation ont déterminé pour vous les meilleurs choix à effectuer en matière de revêtements de plancher, de cloisons et de toiture, et ce, dans une perspective économique autant qu’écologique.

Pourquoi ces trois revêtements? Parce qu’ils sont, dans l'ordre, les trois composantes d'une maison qui ont le plus grand impact sur les changements climatiques (selon l'étude de Detling et Pietro, A Life Cycle Assessment Based Approach to Prioritizing Methods of Preventing Waste from Residential Building Construction, Remodeling, and Demolition in the State of Oregon, 2009). Ils représentent à eux seuls plus de la moitié de l'impact d'une habitation en ce qui a trait aux émissions de gaz à effet de serre (GES). De plus, ces importantes sources de résidus de construction et rénovation encombrent particulièrement les sites d'enfouissement québécois.

50 % de l'impact sur les changements climatiques (carbone) du bilan cycle de vie d'une
maison sont attribuables aux revêtements de murs, de planchers et de toitures !

Cloisons, revêtement des murs : les matériaux alternatifs au gypse
Cloisons, revêtement des murs : il existe des matériaux alternatifs au gypse

Planchers: quels sont les revêtements les plus intéressants?

Le plancher flottant (stratifié, laminé) ne peut se réparer, il est très peu durable et non recyclable en fin de vie. Il est composé d’un endos en panneau de fibre à haute densité (HDF) avec une résine qui peut
renfermer de l’urée formaldéhyde, ce qui dégage des composés organiques volatils (COV). Pour couronner le tout, sa surface est laminée de vinyle. Ce matériau présente une forte énergie grise, mais surtout il est toxique si incinéré, difficilement recyclable et non durable. 

Revêtement vedette: le bois massif. Il survivra, quant à lui, à une usure normale pendant plus de 25 ans. Ce type de plancher peut provenir de forêts régionales (il est donc local), parfois même de forêts gérées durablement (certifiées FSC) ou encore de la valorisation d'arbres urbains en fin de vie. Proposé avec un fini huilé, réalisé avec des produits sans formaldéhyde, il est facile d'entretien sur le court terme (les planchers pré huilés ou huilés peuvent être retouché sans ponçage), et sur le long terme puisqu'un plancher de bois peut être sablé et remis à neuf plus d'une fois

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Résidence Gounod. Architecture: APPAREIL architecture. Photo: Francis Pelletier

Toitures: quel matériau de revêtement choisir?

Les classiques bardeaux d’asphalte sont issus du pétrole, bien sûr. Mais au-delà de ce constat composition peu reluisant, mentionnons que les bardeaux ont une forte sensibilité aux rayons UV. Concrètement: la pente la plus soumise au soleil intense se recroqueville bien avant le temps de garantie des manufacturiers. Ainsi, contrairement à certaines idées reçues, le bardeau d'asphalte n'a pas une durée de 50 ans (et encore moins à vie , comme certaines garanties limitées affichent), mais plutôt de 15 ans environ*.

De plus, il sont peu (ou pas) recyclés en fin de vie. Conséquence: chaque année, 113 000 tonnes de bardeaux d’asphalte, même les meilleurs, sont arrachées des toitures et disposées dans des sites d’enfouissement (RECYC-QUÉBEC, 2011).

Revêtement vedette: le toit de tôle! On optera donc plutôt pour une toiture dont la durée de vie sera supérieure à 50 ans, comme par exemple celle en métal. Ce matériau, 100 % recyclable en fin de vie, offre un très bon rapport qualité-prix. Il coûte environ 40 % plus cher que le bardeau d'asphalte, mais il passera trois générations de toitures en bardeaux... À long terme, le coût initial de ce revêtement sera largement compensé. Sans parler du style de votre maison...

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* L’estimation de la durée de vie des bardeaux d’asphalte est basée sur l’information tirée des portails en ligne

Chalet GRAND-PIC. Architecture: APPAREIL architecture. Photo: Félix Michaud

Murs: le gypse est-il incontournable ?

Quoique les panneaux de gypse puissent être recyclés à 100 % en fin de vie, une seule entreprise de ce genre existe au Québec. Le gypse se retrouve donc généralement au dépotoir. 

Il est possible d’éliminer totalement les panneaux de gypse en utilisant la structure directement pour poser, par exemple, des lattes de bois. Ces lambris s’emboîtent aisément, sont moins chers que le gypse, sont très durables, résistants aux chocs et ont un impact environnemental minimal. Autre alternative, les panneaux de finition en contreplaqué sont plebiscités par de nombreux designers québécois.

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Chalet GRAND-PIC. Architecture: APPAREIL architecture. Photo: Félix Michaud

Les matériaux durables sont-ils plus rentables ? Résultats de l'étude

À l’aide du logiciel Athena, nous avons donc effectué le calcul des coûts réels avec les calculs prévisionnels. Les paramètres liés à la valeur immobilière ont également été inclus dans les calculs prévisionnels et les hypothèses.

Consultez l'étude ANALYSE PREVISIONNELLE DE DIFFÉRENTS CHOIX DE REVÊTEMENTS, réalisée par Écohabitation. 

Les prix dates de 2018. Ces prix ont augmenté mais tous de la même façon, cela n’affecte
donc pas la conclusion.

MURS

PLANCHERS

TOITURES

L'analyse de ces graphiques permet de trancher: parmi les revêtements évalués, mieux vaut opter pour la tôle au niveau des toitures et pour le bois franc au niveau des murs et sols (le liège est également une bonne option au sol).

Vérification pratique de la durabilité des matériaux

Pour vérifier le bien-fondé de la théorie, Écohabitation a recruté deux projets exemplaires parmi plus de 60 appliquants. Merci à tous d’avoir soumis votre candidature! Vous nous avez démontré avec force l’intérêt pour le sujet. Vos projets étaient tous forts pertinents, mais les projets finaux devaient répondre à certains paramètres précis. Ceux finalement retenus permettront de démontrer l’avantage financier et environnemental des choix durables:

  • David Bouchet, pour la rénovation d’un duplex datant de 1964 et situé à Montréal. Les planchers et les murs d’un sous-sol de 1000 p2 devaient répondre à la notion de durabilité avec risques d’inondations et de moisissures, une question particulière aux logements situés sous le niveau du sol. Le propriétaire optera donc pour des planchers de linoléum, fournis par Forbo, dans toutes les pièces du sous-sol.
  • Laurent Teasdale, pour la construction-rénovation d’une maison multigénérationnelle située à Standbrige Station pouvant accueillir 2 familles sur deux étages, avec l’intégration d’une section commune. Découvrezce projet dans la vidéo ci-dessous.