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Surconsommation d’eau potable au Québec: encore du chemin à parcourir

La quantité d’eau potable consommée par personne et par jour est passée de 777 litres en 2001, à 551 en 2016. Mais est-ce suffisant?

Écohabitation 14 août 2018 10:21
Lydia Paradis Bolduc et Paola Duchaine

Le Ministère des affaires municipales et Occupation du territoire vient de publier le bilan 2016 de la Stratégie québécoise d'économie d'eau potable. Les résultats révélés par les municipalités sont encourageants, mais ne démontrent pas encore une inflexion radicale de la consommation. Des efforts restent à faire!

Rapport annuel de l'usage de l'eau potable 2016, MAMOT

Les objectifs sont (presque tous) atteints

Le Québec a réduit sa consommation d’eau potable de 29 % en 15 ans. Les gouvernements municipaux, soutenus par l'effort des Québécois, ont ainsi atteint et même dépassé l’objectif poursuivi dans le cadre de la Stratégie québécoise d’économie d’eau potable, qui était d'une réduction de 20 %.

Et si 49 % des municipalités québécoises se situent sous le 1er quartile canadien 2006 pour la quantité d’eau distribuée, la consommation d’eau reste 20 % plus élevée que la moyenne canadienne. Les Québécois font couler en moyenne 55 % plus d'eau que les Ontariens! Et pour information, c'est 650 % plus que la moyenne internationale...

Il y a donc encore beaucoup à faire, surtout lorsqu’on sait que les épisodes de sécheresse mais aussi de crues extrêmes sont en constante augmentation, ce qui entraîne une pression de plus en plus grande sur nos réserves et la qualité de l'eau potable.

Actions privilégiées par les municipalités

La réduction significative de la quantité d’eau distribuée par personne par jour entre 2001 et 2016 est le fruit des actions mises en place dans tout le Québec:

54 % des municipalités ont ausculté leur réseau de distribution

 

8 768 fuites d'eau réparées

 

45 % des municipalités ont installé des points d’alimentation en eau brute pour les travaux ne nécessitant pas d’eau potable tels que le nettoyage de rue, l’arrosage d’aménagement paysager et la construction

29 % des municipalités ont mis en place une campagne pour éliminer les systèmes de climatisation et de refroidissement à l’eau potable rejetée directement à l’égout dans les immeubles non résidentiels et 17 % des municipalités l’ont appliquée aux immeubles résidentiels

84 % des municipalités ont adopté les bonnes pratiques d’implantation et d’entretien des aménagements paysagers afin de minimiser l’utilisation d’eau potable

50 % des municipalités ont mis à niveau ou remplacé les accessoires et les équipements consommant l’eau dans les bâtiments municipaux par des équipements à faible consommation (ex.: appareils certifiés WaterSense)

59 % des municipalités ont optimisé les pressions aux installations de production d’eau potable et 49 % ont optimisé les pressions sur le réseau à l’aide de régulateurs de pression

70 % des municipalités appliquent la réglementation par un système de sensibilisation, d’avertissement et d’infraction

Les solutions les plus lucratives

Les municipalités sont en première ligne en matière de gestion, d’assainissement et de distribution de l'eau. À leur niveau, plus la population consomme, plus les frais de traitement des eaux usées augmentent. Réduire la demande en eau sur leur territoire s’avère être une opération lucrative!


Par exemple, pour une municipalité de 30 000 habitants, inciter les citoyens à remplacer leur toilette par un modèle à très faible consommmation (une chasse de 3 litres), c'est 547 millions de litres et 218 800 $ économisés par année.


Sara Finley, consultante chez GGB Associates et Écohabitation, conseille aux municipalités de bien identifier leurs besoins : « Avant tout, il est nécessaire d’identifier le problème précis de consommation locale : est-ce qu’on doit réduire la demande moyenne en eau ? Ou alors est-ce qu’on vise la demande de pointe ? Les outils de bilans annuels sont là pour les aider à identifier ce problème et les guider.

Deuxièmement, il faut établir un programme solide et adapté aux réalités qui se gère bien. La solution technologique est toujours la meilleure à envisager, c’est-à-dire celle d’imposer une mesure fixe comme un appareil spécifique – par exemple des toilettes à 4,8L.

Enfin, je conseille aussi de sensibiliser les citoyens parallèlement au programme pour ne pas créer d’étonnement; c’est toujours important de faire de la promotion ».

Voici donc des suggestions ambitieuses mais réalistes, que pourraient adopter une municipalité afin de réduire la consommation dans le secteur résidentiel :

Imposer des débits maximum dans le règlement de construction

En réponse à la Stratégie québécoise d’économie d’eau potable, le gouvernement du Québec a adopté, en 2014, le Code national de la plomberie (CNP) 2010 et intégré de nouvelles exigences en matière de consommation et de qualité d’eau, applicables au Québec dans le Code de construction, chapitre III, Plomberie. Ainsi, par exemple, toute nouvelle construction doit comporter des toilettes avec une chasse de 6 litres maximum (consultez notre article pour connaître les détails des exigences).

Une municipalité peut aisément adopter des normes supérieures à ce code, notamment en matière d’utilisation optimale de l’eau potable. Le règlement de construction peut s'appliquer sur tout le territoire municipal ou sur certaines parties et peut intégrer des exigences comme l’obligation d’installer des aérateurs à tous les robinets, des toilettes et/ou des pommeaux de douches à très faible débit pour toute nouvelle construction ou rénovation.

Écohabitation conseil d’utiliser les mesures fixées dans les crédits 3.3 GEÉ de la certification LEED V4 pour les habitations et d’indiquer aux citoyens l’importance de choisir du matériel certifié WaterSense, une certification facilement identifiable par son logo et validée par des tests indépendants pour rencontrer une efficacité et des critères de performance EPA (US Environmental Protection Agency).

Pour en savoir plus sur la gestion efficace de l'eau dans la maison...

Mettre en place une tarification progressive avec le règlement sur l’utilisation et la tarification de l’eau potable

L'imposition de compteurs d'eau pour le secteur résidentiel est une mesure démagogique au Québec; on connait peu la question, puisque la gratuité de l'eau est un avantage acquis pour nombre d'entre nous, et seuls 13 % des immeubles résidentiels sont équipés de compteurs d’eau. De 2012 à 2016, la hausse de la proportion d’immeubles équipés de compteurs d’eau n'est que de 2 % dans le secteur résidentiel (Rapport annuel de l'usage de l'eau potable 2016).

Pour faciliter l'adoption de la tarification de l'eau, un système progressif, comptabilisé via des compteurs d’eau posés sur les nouvelles constructions peut être intéressant. Le plan de tarification pourrait comprendre, par exemple, une première fourchette de consommation d’eau gratuite, puis la facturation de chaque litre supplémentaire au volume d’eau-seuil. Jumelée à des hausses de prix, l'installation de compteurs d'eau sur les bâtiments entraîne généralement des baisses de consommation, les économies les plus fortes étant enregistrées en été, selon Environnement Canada. Dans tous les cas, Écohabitation conseille de mettre en place des tarifs fondés sur le volume, plutôt que des frais mensuels fixes, pour une meilleure acceptation publique. 

Interdire l’arrosage des jardins avec de l’eau potable

Au printemps et à l’été, l’usage extérieur de l’eau peut représenter 50 % de la consommation résidentielle. S’il est nécessaire de sensibiliser la population aux bénéfices d’aménagements paysagers écologiques, il est également possible d’intervenir au niveau des périodes, durées et débits des arrosages extérieurs.

Ces options permettent de réduire considérablement la quantité d’eau utilisée pour l’arrosage et sont généralement bien perçues par les citoyens. À coupler avec des prescriptions en matière d'aménagements paysagers écologiques...

Offrir des subventions pour accélérer les baisses de consommation

Une nouvelle mesure municipale annonciatrice de changements dans les habitudes des citoyens est la plupart du temps mieux acceptée lorsqu’elle est introduite via des subventions. Un incitatif financier ou matériel, même symbolique, permet souvent plus d’ouverture aux différentes problématiques, et génère plus facilement mobilisation et motivation autour de l’enjeu environnemental. Par exemple :

  • Subvention à l’achat et installation d’appareils à (très) faible débit d’eau
  • Subvention à l’achat de barils de récupération des eaux pluviales

Notez toutefois que la capacité d’un baril d’eau de pluie n’est souvent pas suffisante pour arroser entièrement et régulièrement un jardin. Une pelouse bien implantée nécessite environ 2,5 cm (1 po) d’eau par semaine pour bien pousser (SCHL), soit, pour un terrain de 3000 pieds carrés, 700 litres par semaine. Sachant qu’un baril d’eau de pluie contient en moyenne 200 litres et que les pluies estivales ne sont pas toujours hebdomadaires, le recours à l’eau potable est presque inévitable.

Qu’elles soient utilisées seules ou en soutien à une règlementation ou à des subventions, la communication et la sensibilisation en matière d’environnement restent donc fondamentales.

Découvrez toutes les solutions municipales pour limiter la consommation d'eau.

Un Canadien consomme en moyenne 13,6 L/h d'eau. © waterportraits.org

Encore du chemin à faire...

Si les objectifs de la Stratégie d'économie d'eau potable sont presque tous atteints, ne perdons cependant pas de vue qu'il reste une bonne part de chemin à parcourir pour adopter des modes de vie plus économes en eau.

  • Seulement 51 % des ménages canadiens avaient une toilette à faible volume d'eau en 2015, par rapport à 47 % en 2011.
  • Seulement 62 % des ménages canadiens avaient une pomme de douche à débit réduit en 2015, par rapport à 63 % en 2011.
  • Seulement 43 % des ménages canadiens avaient un compteur d'eau en 2015, par rapport à 39 % en 2011.

L’exemple doit venir d'en haut

Déployer des efforts pour mettre en place des solutions efficaces, c'est bien. Mais en parallèle, les gouvernements se doivent d'être exemplaires dans leur considération de la précieuse ressource. Mettre en danger la qualité de l'eau représente un grand défaut de cohérence politique.

Dans son dossier paru dans le magazine Source à l’été 2018, Guy Des Rochers rapporte les propos de Louise Vandelac, professeure titulaire à l’Institut des sciences de l’environnement et au département de sociologie de l’UQAM. Cette dernière y parle de surconsommation de manière fort pertinente: la disponibilité de l'eau potable dans la province et les modes de vie typiques en banlieue n'incitent pas les particuliers à réduire naturellement leur consommation, constate-t-elle.

Mais le mauvais exemple donné par le gouvernement fini par rentrer en contradiction les nombreuses politiques d'économies d'eau potable: « (...) le comble, c’est quand le gouvernement se propose (...) de permettre des projets d’exploitation pétrolière et gazière dans tout ce qui s’appelle lacs et rivières du Québec, à l’exception de quelques cours d’eau majeurs. On se dit alors: est-ce qu’on peut parler des vraies choses ? » lance-t-elle ; « après cela, est-ce qu’on va demander aux citoyens de fermer l’eau du robinet lorsqu’ils se brossent les dents, quand les gouvernements sont prêts à sacrifier et à polluer ses plans d’eau complets et des écosystèmes hydriques. Face à la surconsommation d’eau, il faut surtout que nos gouvernements soient exemplaires et ne proposent pas de projets aussi aberrants ».

Sources

Icones: Retinaicons, Smashicons, monkik, Freepik et Tomas Knop

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