Au Québec, nous figurons parmi les plus grands consommateurs d’eau potable au monde. L’omniprésence de piscines privées contribue certainement à cette surconsommation. En effet, on compte plus d’un demi-million de piscines dans les cours arrière au Québec, ce qui classe la province comme étant l’endroit ayant le plus de piscines par habitant en Amérique du Nord. Or, remplir une piscine nécessite environ 30 000 litres d’eau, soit approximativement 100 fois la consommation quotidienne moyenne d’un québécois. C’est énorme!

Outre cette consommation d’eau dérisoire, plusieurs de ces piscines, notamment des piscines creusées abandonnées, sont inutilisées pour diverses raisons. Le manque ou l’absence d’entretien d’une piscine abandonnée provoque plusieurs problèmes qui deviennent dommageables pour la santé des occupants, et même du voisinage!

Nous explorons dans cet article quoi faire avec une piscine abandonnée, c’est-à-dire les possibilités et les solutions pour revamper sa piscine qui ne sert plus. Donner une nouvelle vie à sa piscine non fonctionnelle est non seulement bénéfique pour son propriétaire, mais les avantages sociaux et environnementaux pour les municipalités sont également à considérer.

Le problème des piscines non utilisées

Les piscines abandonnées, qui n’ont bénéficié d’aucun entretien depuis une ou plusieurs années, créent des bassins d’eaux stagnantes propices au développement de plusieurs bactéries, à la transmission de certaines maladies, ainsi qu’à des problèmes de moustiques.

Infestation de moustiques

Les bassins d’eaux stagnantes dus aux piscines négligées accueillent chaleureusement les larves de moustiques, ce qui crée une prolifération de moustiques. Or, ceux-ci peuvent transmettre des virus et des maladies pouvant créer des risques pour la santé.

Cette problématique a fait l'objet d'une étude scientifique emblématique publiée dans la revue médicale Emerging Infectious Diseases par des chercheurs de l'Université de Californie (UC Davis). L'étude démontre comment la crise immobilière de 2008 en Californie a entraîné l'abandon massif de piscines privées (« green pools » ou piscines à l'abandon), provoquant une explosion des populations de moustiques et une épidémie du virus du Nil occidental à Bakersfield et dans le comté de Kern.

Même si ces données proviennent des États-Unis, avec la crise actuelle du coût de la vie qui a bondi dans les dernières années, le Québec n’est certainement pas épargné par le nombre de piscines non entretenues et problématiques. Imaginons que 5 % des piscines privées sont abandonnées au Québec : cela correspondrait à 25 000 usines à moustiques… ouch!

Bactéries

Se baigner dans une eau stagnante engendre des risques pour la santé.

À force de ne pas recevoir les soins nécessaires, tels que l’ajout de produits chimiques pour maintenir une salubrité, des algues et des bactéries s’accumulent dans la piscine, pouvant causer de graves infections.

eau sale piscine
Les dangers d'une eau de piscine sale et non traitée sont bien réels : infestation de moustiques, bactéries, etc. 

Par exemple, l’amide mangeuse de cerveau est un micro-organisme cellulaire qui est susceptible de se développer dans les eaux stagnantes, presque toujours mortelle lorsqu’elle est contractée.

Il est donc fortement déconseillé de se baigner dans une piscine abandonnée qui n’a pas été entretenue correctement chaque année.

Dangers pour la sécurité

Une piscine non fonctionnelle, mais encore bien remplie, qui a été délaissée par manque de ressources financières pour l’entretenir, n’a pas nécessairement de barrières de sécurité conformes au Code du jour. D'autant plus que la réglementation obligeant l'installation d'une clôture autour des piscines n'est entrée en vigueur qu'en septembre 2025 au Québec.

Or, les risques de noyade chez les enfants demeurent bien réels, et une piscine abandonnée sans clôture présente les mêmes dangers qu'une piscine entretenue et utilisée. Les animaux domestiques, du voisinage ou du propriétaire, ne sont pas non plus à l'abri de ce risque de noyade lorsque les clôtures de sécurité ne sont pas installées. 

Les causes des piscines non utilisées

Bien qu'il n'existe aucun chiffre officiel centralisé pour l'Amérique du Nord ou pour le Québec, les estimations croisées de municipalités, de régies de l'eau et de services sanitaires permettent de dresser un portrait assez fiable de la situation : environ 15 % à 20 % des piscines résidentielles seraient si peu utilisées que leurs propriétaires envisagent de les combler ou de les démolir, tandis que 3 % à 8 % du parc résidentiel seraient carrément à l'abandon (eau stagnante, équipements brisés non réparés). Ces proportions tendent à augmenter en période de crise économique ou immobilière.

Il est vrai que les piscines ont plusieurs désavantages, mais plus exactement, pour quelles raisons les propriétaires n’utilisent plus leur piscine?

Coûts d’entretien, d’énergie et de réparation d’une piscine

La maintenance, les produits chimiques, la facture d'électricité, la mise en marche et l’hivernation d’une piscine représentent un budget moyen de 1 500 $ à 3 500 $ par an.

Couplées au coût de la vie de plus en plus élevé, les dépenses pour entretenir une piscine et ses coûts afférents (augmentation de l’assurance habitation), qui sortent des besoins essentiels, sont plus difficiles à maintenir pour plusieurs propriétaires.

En plus de l’entretien annuel, lorsqu’advient un bris ou une pièce en fin de vie sur une vieille piscine, les coûts de réparation peuvent représenter de grosses sommes d’un coup. Que ce soit une toile en fin de vie, une structure fissurée ou une fuite importante, les montants peuvent s’élever entre 10 000 et 20 000 $.

Devant une piscine qui coûte trop cher à réparer, certains propriétaires préfèrent la condamner ou la retirer.

Temps pour entretenir une piscine

Au-delà des coûts qui servent à entretenir une piscine, le temps passé à s’en occuper est aussi à considérer! Gérer le changement de filtres, l’ajout de produits chimiques, les réparations et le remplacement des pièces, l’ouverture et la fermeture annuelle, la mise à jour du système de chauffage (s’il y en a un), la conservation de l’aménagement et des installations autour de la piscine… les propriétaires de piscine ne chôment certainement pas lors de la saison estivale!

entretien piscine
Le temps d'entretien, de réparation, de préparation et de fermeture d'une piscine à la maison n'est pas à négliger. 

Certains peuvent avoir le budget pour effectuer ces réparations et ces entretiens, mais n’ont pas nécessairement l’envie, l’énergie ou le temps de maintenir annuellement une piscine à la maison.

Cycle de vie familiale  

Parmi les raisons pour lesquelles on adopte une piscine à la maison, créer des souvenirs de plaisir en famille avec de jeunes enfants en fait souvent partie. Cependant, cette période de vie n’est pas éternelle, puisque vient le moment où les enfants quittent le nid familial. Une fois les enfants partis, les propriétaires peuvent souvent en venir à moins utiliser leur piscine au quotidien.

Une piscine héritée lors de la vente

Les propriétaires ont peut-être acheté une maison qui était vendue avec une piscine, sans jamais l’avoir vraiment voulue. N’ayant pas un grand intérêt à l’utiliser de base, ou bien par manque de moyens financiers pour l’entretenir correctement, ils en viennent à la délaisser.

Raisons écologiques

Il faut en moyenne 30 000 litres d’eau pour remplir une piscine. Même si cela ne constitue certainement pas la raison principale des abandons de piscines, l’énorme quantité d’eau nécessaire peut refroidir plusieurs à l'idée de conserver une installation qui ne leur sert que quelques fois par année.

Dans un contexte de sécheresse, où l’eau devient de plus en plus une ressource précieuse, est-ce que les quelques baignades par été en valent vraiment le coup? C’est à se poser la question.

Quoi faire avec une piscine qui ne sert plus?

Ce n’est pas tout le monde qui est intéressé à avoir une piscine chez soi, encore moins une piscine source de soucis et d’indésirables! Certains préfèrent ne plus l’utiliser, mais ne connaissent pas tellement les options pour la remplacer ou la transformer vers un autre usage, sans que cela ne coûte une fortune.

Évidemment, les piscines creusées ne présentent pas les mêmes enjeux que les piscines hors terre, puisque le coffrage d’une piscine creusée est bien ancré dans le sol et est donc plus complexe à retirer qu’une piscine hors terre. Les options suivantes s’appliquent plus souvent à des piscines creusées, mais cela peut correspondre à des piscines hors terre dans certains cas.

Quelles sont les options pour retirer ou transformer sa piscine, si c’est ce que l’on souhaite?

Remblayer sa piscine

Une possibilité est de faire retirer complètement le coffrage de sa piscine creusée ou hors terre pour créer un tout autre espace de vie dans sa cour : remplacer par du couvre-sol pour un espace de jeu, y faire un potager, construire une terrasse, créer un bel aménagement paysager, etc.

Les désavantages de cette option sont les coûts de main-d’œuvre pour retirer, le coût de la terre pour remplir le trou, ainsi que le coût écologique de retirer le béton et les matériaux et de les disposer.

Cependant, plutôt que de retirer complètement le coffrage de sa piscine creusée et de la condamner pour de bon, il est possible de conserver la structure de la piscine en remplissant le creux pour en faire un autre usage pendant quelques années. Pour ce qui est des piscines hors terre, la structure en métal peut être recyclée, mais les toiles de plastique ne sont pas recyclables et elles aboutissent donc à l'enfouissement. 

Si cette option vous intéresse, contactez des entreprises de démolition de piscine pour faire des soumissions différentes.

Transformer sa piscine en puits sec

Transformer sa piscine creusée inutilisée en un puits sec permettra une meilleure gestion des eaux pluviales sur votre terrain. Un puits sec, aussi appelé bassin d’infiltration, est une structure de drainage souterraine conçue pour capter et infiltrer l'eau pluviale directement dans le sol, plutôt que de la laisser s'écouler en surface ou de la diriger vers un réseau d'égout pluvial.

Schéma puits sec piscine
Schéma d'un puits sec : pour permettre de mieux gérer le ruissellement de l'eau sur votre terrain. 

L’ancienne piscine devient alors un puits sec qui capte les eaux de ruissellement de la propriété lors de fortes pluies, luttant ainsi contre l'érosion et les inondations locales. Le principe pour cette transformation est de perforer le fond du béton de la piscine pour casser l'étanchéité et permettre l'infiltration vers la nappe phréatique. La structure est ensuite remplie de pierres concassées et de gravier, puis recouverte d'une couche végétalisée.

Ainsi, si la maison est revendue, les futurs propriétaires pourront, s'ils le souhaitent, réactiver la structure pour lui redonner sa fonction de piscine, ce qui leur permettra d'économiser des coûts importants par rapport à une construction entièrement neuve.

Conversion de piscine en citerne sous-terrain

Convertir sa piscine creusée non fonctionnelle en citerne d’eau serait utile pour l’irrigation de votre potager ou de votre jardin, de façon écologique. Ce bassin pourra même servir aux eaux sanitaires de votre habitation.

Comment ça fonctionne? L'eau de pluie venant des gouttières du toit est acheminée vers ce réservoir souterrain. Via une pompe, l’eau stockée sera ensuite envoyée vers vos usages. Considérant que les Québécois consomment quotidiennement plus de 4 L d'eau à leur domicile1, la récupération de l'eau de pluie s'avère une initiative bénéfique pour protéger nos ressources. 

Pour transformer une piscine en citerne d'eau souterraine, on ne la remplit pas de terre comme on le ferait pour la combler définitivement. À la place, on installe à l'intérieur du bassin des structures alvéolaires en plastique, qui créent un espace vide capable de retenir l'eau tout en supportant le poids du sol au-dessus. L'ensemble est enveloppé d'une membrane étanche (ou d'un géotextile) pour empêcher les infiltrations et protéger la structure. Ensuite, le bassin est recouvert de terre ou d'un revêtement de type pavé, ce qui permet de récupérer la surface du jardin tout en conservant, en dessous, un réservoir fonctionnel pour stocker l'eau.

Comment la ville peut contribuer?

Puisque les piscines laissées à l’abandon peuvent créer des problèmes de santé publique, les municipalités ont tout intérêt à encourager le retrait ou la transformation des piscines inutilisées.

piscine non utilisée
Les piscines insalubres peuvent créer de nombreuses problématiques et les villes bénéficieraient à inciter leur remplacement ou leur revitalisation. 

Voici quelques façons possibles.

Créer des programmes municipaux d’incitation au retrait des piscines

C’est déjà le cas aux États-Unis avec Pool Removal Rebate, où certaines régies de l’eau et des municipalités proposent des subventions pour inciter les citoyens à combler ou démolir leur piscine dans les régions touchées par le stress hydrique (notamment dans l'Ouest américain). Ce type de programme offre une prime financière aux propriétaires qui font démolir leur piscine pour la remplacer par un aménagement paysager perméable et résilient à la sécheresse.

Le Québec pourrait s’inspirer de tels programmes de subventions pour encourager les citoyens à ne pas laisser leurs piscines devenir insalubres et inutilisées.

Mettre en place des incitatifs pour installer des puits secs

Au-delà des subventions au retrait pur et simple, les municipalités pourraient encourager la transformation des piscines abandonnées en puits secs, une solution à la fois économique et écologique. En offrant un crédit de taxes municipales, un remboursement partiel des frais de conversion ou un accompagnement technique avec un entrepreneur certifié, les villes inciteraient les propriétaires à choisir cette option plutôt que de laisser leur piscine à l'abandon.

Ce type de programme serait doublement avantageux pour les municipalités : il réduirait la pression sur les réseaux d'égouts pluviaux lors de fortes pluies, tout en éliminant les risques sanitaires liés aux eaux stagnantes. Certaines villes américaines aux prises avec des problématiques similaires d'inondations urbaines offrent déjà des incitatifs comparables pour l'installation de systèmes de gestion des eaux pluviales sur les propriétés privées. Il s’agit d’une piste que le Québec pourrait explorer, particulièrement dans les municipalités touchées par des refoulements d'égouts récurrents.

Mettre des lois pour une taille maximale des piscines

Le sud du Nevada offre un exemple concret de ce type de mesure : depuis 2022, le Southern Nevada Water Authority limite la surface des nouvelles piscines résidentielles à 600 pieds carrés (environ 56 m²), une mesure visant surtout les bassins les plus imposants et les plus énergivores en eau. Le Québec pourrait s'en inspirer en intégrant un plafond similaire au Code de construction ou aux règlements municipaux, conditionnant la délivrance des permis à une surface maximale. Une telle loi aurait l'avantage d'être simple à appliquer, de limiter les pertes par évaporation et de réduire la consommation d'énergie liée au chauffage, tout en n'interdisant pas l'installation de piscines; seulement leur démesure.

remplir piscine
L'imposition d'une taille maximale sur les piscines par la municipalités permettrait de faire économiser une quantité d'eau potable significative. 

Déployer des brigades

Afin de contrôler les problématiques en lien avec les piscines laissées à l’abandon, une brigade pourrait être mise sur pied pour surveiller les infrastructures de piscine et s’assurer qu’elles ne posent pas des problèmes de santé publique. Ce répertoire de piscines pourrait s’effectuer de deux manières : via un système de signalement citoyen anonyme ou bien via des photographies aériennes pour repérer les piscines à l’état suspect. Ensuite, lorsqu’une piscine est ciblée comme potentiellement problématique, la brigade peut aller intervenir plus précisément sur le terrain. Une telle initiative permettrait d'intervenir de façon préventive avant que les problèmes de salubrité ou de sécurité ne s'aggravent, plutôt que d'attendre une plainte ou un accident.

Un système semblable a été mis en place en Californie, où plusieurs équipes de contrôle ont été déployées pour répondre à cette problématique de moustiques.

Piscine qui ne sert plus : quelle solution choisir?

Au Québec, où l'on dénombre plus d'un demi-million de piscines privées, le problème des bassins abandonnés est à prendre au sérieux, autant pour des enjeux de sécurité qu’environnementaux.

Heureusement, les propriétaires aux prises avec une piscine qui ne sert plus ont plusieurs options à leur disposition, qu'il s'agisse de retirer complètement le coffrage pour aménager un nouvel espace de vie, de transformer le bassin en puits sec pour mieux gérer les eaux pluviales, ou encore de le convertir en citerne souterraine pour l'irrigation.

De leur côté, les municipalités ont tout intérêt à faciliter cette transition en offrant des programmes de subventions au retrait, des incitatifs pour l'installation de puits secs et en encadrant la taille des futures piscines par voie réglementaire.

Si votre piscine ne vous fait plus rêver, c'est peut-être le bon moment d'évaluer vos options. Une piscine délaissée n'a pas à rester un problème, elle peut devenir une occasion de repenser sa cour, de réduire sa consommation d'eau et de contribuer, à petite échelle, à un Québec plus résilient face aux enjeux environnementaux.

Vous en savez maintenant plus sur les façons de vous débarasser de votre piscine inutilisée. Trouvez plus de pages sur la construction durable ci-dessous et dans nos guides sur la construction écologique.

1 Culhuac Schmidt, K. (2012). La surconsommation de l’eau potable au Québec, analyse critique des engagements gouvernementaux et solutions proposées. [Essai, Université de Sherbrooke]. Page 29.