Face à la hausse des coûts d'entretien, aux sécheresses récurrentes et aux enjeux écologiques, plusieurs modèles émergent en Amérique du Nord pour réinventer l'usage des piscines résidentielles.
Le partage de piscine peut répondre à plusieurs besoins individuels et sociaux. Il peut contribuer à réduire la quantité d’eau déployée via les municipalités pour l’usage des piscines, aider les propriétaires à absorber les frais d’entretien et rendre la baignade accessible aux citoyens d’un quartier mal desservi en piscines ou en plans d’eau.
Par contre, un tel système ne se met pas en place du jour au lendemain, que ce soit pour l'implantation du modèle dans les villes ou pour des questions de sécurité et de réglementation.
Ce guide porte sur les avantages et les freins d’une telle plateforme et les façons de l’appliquer au Québec dans les municipalités.
Une application de partage de piscines : comment ça fonctionne?
Les piscines en mode économie de partage
Une plateforme inspirante a été mise en place aux États-Unis, qui permet aux propriétaires de louer leur piscine privée à l'heure à des particuliers ou des familles, leur permettant de couvrir les frais annuels de produits chimiques, d'électricité et d'entretien. Il s’agit de l’application Swimply : en soi, c’est le Airbnb des piscines. La Ville de Toronto fait d’ailleurs partie de ce mouvement!
Ainsi, les citoyens peuvent profiter l’été d’une piscine dans leur quartier ou une ville avoisinante, pour y faire une fête d’enfants, y passer un dimanche tranquille en famille ou bien pour se rafraîchir lors d’une journée de canicule.
Les conditions sont propres à chaque hôte : certains vous accueilleront à l’arrivée, d’autres vous laisseront arriver de façon autonome, certains acceptent les chiens, d’autres non, certains offrent des toilettes accessibles (dans la majorité des cas), etc.
Les prix varient selon le type de piscine, et il y a en pour tous les goûts!
La protection et les assurances en cas d’accidents
Swimply offre une protection intégrée aux hôtes : jusqu'à 1 million $ en responsabilité civile et 10 000 $ pour les dommages matériels. Cette couverture exclut toutefois l’utilisation d'alcool ou de drogue, les gonflables et les accidents liés au risque inhérent d'une activité sportive entre invités.
Les invités signent aussi une renonciation de responsabilité en réservant, mais celle-ci ne protège pas nécessairement l'hôte en cas de négligence grave.
Par ailleurs, l'assurance habitation classique exclut généralement les activités commerciales : c’est pourquoi Swimply recommande aux propriétaires qui louent de se procurer une assurance complémentaire. Indépendamment de la plateforme, le propriétaire reste soumis au droit de la responsabilité des lieux, qui l'oblige à assurer la sécurité des visiteurs (équipements, clôtures, etc.), selon les règles de sa province ou de son État.
Les piscines : chères d’entretien
Pour entretenir une piscine extérieure, il faut compter environ 1 000 $ de budget pour les trois mois d’utilisation l’été, soit généralement juin, juillet et août. Ces coûts significatifs ne considèrent pas le coût de base d’achat de la piscine.
Dans un tel contexte, cela peut devenir difficile de rentabiliser sa piscine, même en l’utilisant quelques fois par semaine! Lorsque l’on compte les vacances et les fins de semaine passées à l’extérieur, cela peut parfois laisser peu de baignades à la maison. Dans un scénario hypothétique où une famille se baigne deux fois par semaine durant les trois mois d’été, une seule baignade familiale revient à une centaine de dollars…
Ces coûts élevés peuvent malheureusement mener à l’abandon des piscines et à leur éventuelle insalubrité, ou bien à des piscines qui ne sont pas mises à jour aux normes de sécurité. Plus d'information dans notre article sur les solutions de remplacement aux piscines non utilisées.
Plutôt que d'abandonner une piscine devenue trop coûteuse, certains propriétaires choisissent d'en amortir les frais en la partageant.
L’accès difficile à la baignade publique
Pourquoi les piscines publiques ferment?
Entretenir les infrastructures des piscines publiques est coûteux pour les municipalités. Dans un contexte d’étalement urbain, où les services et les infrastructures deviennent de plus en plus chers, les villes se voient parfois dans l’obligation de couper dans les besoins moins essentiels. De plus, comme les Québécois sont très nombreux à s’offrir une piscine individuellement, la maintenance de piscines collectives peut sembler moins fondamentale pour certaines villes.
Pourtant, les piscines municipales offrent de nombreux avantages : sécurité offerte gratuitement grâce à la présence de sauveteurs certifiés, impact écologique moins grand et certainement beaucoup de frais économisés par rapport à avoir une piscine chez soi.
Le manque de cours d’eau accessibles
Une étude récente estime que moins que 2 % des cours d’eau sont accessibles au Québec, puisque les bordures de cours d’eau et de lacs ont été privatisées au fil des décennies (source : L'accès aux eaux publiques du Québec : un état des lieux). Pourtant, les surfaces d’eau des lacs et rivières sont légalement considérées comme des lieux publics.
Le Québec devrait se pencher sur cette problématique et trouver des solutions pour aménager des plages publiques ou du moins, rendre certaines berges accessibles pour permettre de se rendre aux plans d’eau.
Le besoin de se rafraichir quand il fait chaud va en augmentation
Puisque les épisodes de chaleur deviennent de plus en fréquent, le besoin de se rafraîchir devient capital. Face à ce manque d’accès à la baignade, même s’il existe plusieurs alternatives pour se rafraîchir, il est impératif de trouver des solutions pour rendre la baignade plus accessible aux Québécois.
Les avantages d’un système de partage de piscines de quartier
Pourquoi partager sa piscine comme propriétaire?
- solution pour payer les frais de piscines : les montants chargés pour la location de la piscine pourront couvrir les frais d’entretien annuel, et peut-être même plus! C’est une belle façon de se faire un peu de sous supplémentaires.
- socialiser avec le voisinage : l’accueil par les hôtes à l’arrivée est facultatif, mais, si c’est le cas, cela peut être une façon de rencontrer le voisinage et de créer de nouveaux liens.
- redonner vie à sa piscine : plutôt que d’en faire un usage minimal ou bien même de la délaisser complètement, il est satisfaisant de la voir se revitaliser! Par exemple, un couple de retraités dont leurs enfants ont quitté le nid familial depuis longtemps et qui s’ennuient de voir leur piscine animée.
Pourquoi les villes devraient miser sur le partage de piscine résidentielle?
- rendre la baignade plus accessible : cela offre une option de baignade à leurs citoyens, surtout dans les zones mal desservies, comme des quartiers de banlieue, où les piscines privées priment sur les piscines publiques.
- réduire la pression financière sur les municipalités : pour les municipalités qui n'ont déjà plus les moyens d'en offrir une dans certains quartiers, une telle plateforme offre une façon peu coûteuse de maintenir un accès à la baignade pour les citoyens.
- réduction de la consommation d’eau potable : optimiser les infrastructures de piscines privées déjà construites permet d’éviter la consommation de milliers de litres d’eau par piscine non construite. En outre, la consommation d'eau potable est un problème croissant pour les municipalités québécoises, qui doivent débourser des sommes astronomiques pour pallier cette hausse.
Pourquoi avoir recours à un système de partage de piscine?
- profiter de l’intimité d’une piscine résidentielle : cela permet d’éviter les foules et de passer un moment en famille en toute tranquillité.
- plus de temps libre : l’accès à louer une piscine enlève la charge mentale d'avoir à s’en occuper d’une à la maison, ce qui libère du temps pour d’autres activités estivales.
- créer des occasions spéciales : fêtes d’enfants ou entre amis, c’est une belle occasion de créer des souvenirs! Le nombre d’invités maximal est indiqué sur les réservations. Pour des fêtes avec de nombreux invités, une sécurité supplémentaire peut être assurée en réservant via une plateforme de service de location de sauveteur existante au Québec.
Les freins au partage de piscine entre voisinages
Les règlementations
À l’heure actuelle, l’implantation d'un tel modèle au Québec se bute à plusieurs obstacles structurels. Aucune loi québécoise ne prévoit actuellement la location à l'heure d'une piscine résidentielle entre particuliers. Le modèle repose donc sur une zone grise : rien ne l'interdit explicitement, mais rien ne l'encadre non plus, ce qui laisse chaque municipalité libre d'interpréter la situation à sa façon.
En ce qui a trait au zonage, la plupart des règlements d'urbanisme municipaux distinguent clairement les usages résidentiels des usages commerciaux. Louer sa piscine à répétition peut être interprété comme une activité commerciale exercée dans une zone qui ne le permet pas.
Les aspects légaux de sécurité
Un propriétaire qui souhaite louer sa piscine doit d'abord s'assurer que son installation respecte les normes qui ont été mises en place au Québec en 2025.
La Régie du bâtiment du Québec (RBQ) encadre la surveillance des lieux de baignade. Pour une piscine résidentielle louée à des groupes, cette question de seuil peut rapidement devenir complexe à gérer pour un simple particulier qui n'a ni la formation ni les obligations d'un professionnel.
L'assurance habitation classique exclut les activités commerciales, et les couvertures offertes par les plateformes comme Swimply comportent des exclusions, ce qui expose davantage les propriétaires. Une renonciation signée par l'invité ne les met à l'abri d'une poursuite en cas de négligence réelle et d’équipement qui ne correspond pas aux normes de sécurité.
Comment la ville peut contribuer au partage de piscine
Encourager un système pour le partage de piscines
Plutôt que de laisser le marché privé organiser le partage de piscines sur leur territoire, les municipalités pourraient jouer un rôle actif dans la mise en place d'un tel système, adapté aux réalités et aux besoins de leurs quartiers, et en assurant un niveau de fiabilité et de sécurité que le privé ne garantit pas.
En prenant en charge une partie de la coordination, la ville pourrait s'assurer que les piscines participantes respectent des standards minimaux : conformité aux normes de sécurité, vérification périodique de la qualité de l'eau, présence ou non d'un sauveteur selon l'achalandage prévu. La municipalité pourrait aussi négocier une couverture d'assurance collective pour les propriétaires participants, réduisant ainsi les angles morts liés à la responsabilité individuelle.
Un outil numérique semblable à Swimply, mais chapeauté par la ville, permettrait aux familles abonnées de consulter les piscines disponibles dans leur secteur et de réserver une plage horaire.
Offrir des crédits de taxe pour la remise en marche de piscine
Les villes pourraient offrir des crédits de taxes municipales aux gens qui remettent en service les piscines abandonnées dans les zones mal desservies par le public. Cela inciterait les propriétaires de piscines à s’occuper de leur piscine et à les maintenir « en santé ».
Ce qu’il faut retenir du partage de piscines au Québec
Le partage des piscines, tout le monde peut en profiter : les propriétaires de piscine, la collectivité et les villes!
Si cette option ne vous plait pas, mais que vous avez une piscine non utilisée à la maison, voyez les options pour vous débarrasser de votre piscine avant qu’elle ne devienne insalubre.
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Vous en savez maintenant plus sur les façons d'implanter le partage des piscines au Québec. Trouvez plus de pages sur les piscines ci-dessous et dans nos guides sur la construction écologique. |
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