Esther Simpson, CC Esther Simpson, CC

Maison-conteneur : la fausse bonne idée

Ultra séduisante, la maison-conteneur est sujet de controverses. La pertinence, d'un point de vue écologique, reste à prouver.

Écohabitation 31 juillet 2014 12:16
Emmanuelle Walter, avec Emmanuel Cosgrove (Écohabitation)

Dans les évènements d’Écohabitation, il y a souvent un participant pour poser la question fatidique de la maison-conteneur. Ce qui peut se comprendre : les maisons-conteneurs construites en Europe, qu’on peut regarder à loisir sur Internet, sont extrêmement séduisantes avec leur ligne contemporaine, leurs revêtements de métal blanc ou rouge, et l’impression de simplicité qu’elles dégagent. Et pourtant ! Construire une maison-conteneur au Québec est complexe. Non, il ne suffit pas de la poser sur la terre et de percer une jolie fenêtre toute ronde....

Voici pourquoi Écohabitation est réservé sur cette tendance. 

1. Le métal laisse passer le froid. 

Le métal est un conducteur thermique : cela signifie qu’il ne bloque pas le froid et ne conserve pas la chaleur. Au Québec, on est donc contraint d’isoler massivement le conteneur de l’extérieur et/ou de l’intérieur, et d’y ajouter une structure pouvant accueillir un revêtement. L’aspect métallique et industriel du conteneur n’apparaîtra qu’à l’intérieur. « Le seul avantage du conteneur est donc esthétique, explique Emmanuel Cosgrove, directeur d’Écohabitation. Il faut construire une enveloppe à haute performance énergétique autour du conteneur, s’assurer que le sous-sol en acier ne refroidit pas la maison... De plus, les conteneurs doivent être assis sur une structure de béton, ce qui augmente le risque d’avoir un pont thermique à ce point de contact. C’est un peu absurde. »

Deutsch, CC
Maisons-conteneurs en Europe, Deutsch, CC

2. Le métal est recyclable à l’infini : le conteneur n’a pas été « sauvé de l’enfouissement ». 

Le métal est très polluant et énergivore à fabriquer. Son bilan écologique est bien plus négatif que celui du bois. Heureusement, on peut le recycler infiniment. S’il n’était pas transformé en maison, le conteneur aurait été recyclé de toute façon. Le geste écologique est donc assez mince. Le métal étant une ressource indispensable, mieux vaut l’utiliser en faible quantité pour fabriquer des matériaux comme des toitures durables ou de la quincaillerie.

3. Le conteneur n’est pas plus solide qu’une bonne maison à ossature bois. 

On associe souvent toit vert et maison-conteneur au motif que le conteneur peut supporter de lourdes charges. « Là encore, c’est mal connaître les qualités du bois ! mentionne Emmanuel Cosgrove. On peut construire des maison en bois extrêmement solides, et le matériau est sain et local... » Les murs en 2X6 typique peuvent facilement prendre les charges d’un toit vert intensif,  mais il faut commander une structure de toiture à faible pente capable de prendre la charge supplémentaire. Les toits verts sont donc aussi compatibles avec les structures en bois qu’avec les conteneurs.

CC
CC

4. Le conteneur peut avoir contenu des produits toxiques. 

Pesticides, produits chimiques... Il est en général  difficile de savoir ce qui était contenu dans le... conteneur. Ce qui, malgré un nettoyage en règle, n’est pas très rassurant.

5. Une maison-conteneur au Québec est complexe à construire et n’est pas bon marché. 

Pour les raisons évoquées plus haut (isolation importante), et parce que les aspects techniques sont complexes (notamment les trous à percer, les jonctions, les branchements électriques), la transformation d’un conteneur en maison est chère...

Au bout du compte, un maison en conteneurs va coûter plus cher qu’une maison en bois conventionnelle, même pour un autoconstructeur qui est soudeur de métier. Le comble, pour un processus censé être simple et accessible ! Certaines expériences (voir ci-dessous) montrent cependant qu'on peut verdir un procédé qui n'est pas écolo au départ.


Comment Claudie Dubreuil a écologisé sa maison-conteneur

© Collections Dubreuil

La jeune constructrice écologique Claudie Dubreuil a voulu tester la maison-conteneur... pour elle-même, avant de la proposer à des clients. Avec quatre conteneurs, elle s’est donc construit un chez-soi (ravissant) à Sainte-Adèle, qui a fait l’objet de publications dans les médias. Vous pouvez regarder les photos ici. 

Claudie reconnaît que la maison-conteneur n’est pas en soi une garantie d’efficacité énergétique, et qu’elle pose des défis particuliers aux constructeurs, eu égard aux nombreuses pertes thermiques du métal. La sienne a été entièrement isolée à l’uréthane giclé et recouverte de pruche ; on a créé des planchers chauffants de béton à chaque niveau.

« Mais elle comprend de nombreux aspects écologiques, explique Claudie. Nous avons recyclé du bois de grange, des palettes de transports, et nous avons eu recours à du bois FSC ; les murs intérieurs en métal sont très solides et s’abîmeront moins vite qu’un revêtement de gypse ; les conteneurs ont été renversés pour que le sol devienne le toit, ce qui élimine les problèmes de ponts thermiques au sol. Enfin, pour l’aspect santé, nous avons nettoyé et repeint les parois métalliques et jeté le plancher de plywood qui pouvait avoir absorbé des produits toxiques», précise Claudie. Elle est maintenant disposée à construire des maisons de ce type, ou « plus petites, façon loft new-yorkais », aux clients intéressés.

Commentaires (19)

Anonyme 27 mars 2014 11:02

On ne parle pas d’écologie par rapport à un recyclage, on parle d’écologie par rapport à un d’occasion( et non un container neuf - 1er voyage depuis l’Asie ou autre), de plus l’isolation par l’extérieure est souvent obligatoire par rapport au PLU .
Il ne faut pas forcement faire une chape COMPLETE de béton, en effet le container bénéficie de points ISO, qui permettent de poser directement celui-ci, donc nous parlerons plutôt de massif dans ces cas là…

Aucun sujet ne confronte le bois à l’acier, chacun bénéficie de ses atouts/inconvénients, et pour un chaudronnier- soudeur, la transformation est vraiment simple, les seul souci seront sur l’étanchéité et le calcul des charges (Je suis ancien chaudronnier, actuellement ingé soudeur).
Chacun trouvera sont intérêt dans son projet de construction, quoi qu’il en soit, l’éventualité d’un projet maison container est à mon sens crédible, au moins autant qu’une maison bois, le bois est une ressource écologique mais QUID de la déforestation ?
Le process de fabrication de l’acier est au moins aussi désavantageux que celui du bois ( pousse des arbres !!!!)

Nous ne pouvons pas comparer ces deux types de maison !
Cet article n’est clairement pas objectif

Totofx 9 juin 2014 22:34

(Pouvez-vous être plus démagogue dans votre article!!! le #4 est excellant ) Je crois que vous connaissez mal le domaine de la construction, puisque n'importe quelle maison requière une très grande isolation pour notre climat... un revêtement de briques n'est pas plus écologique avec la climatisation, car il retient trop de chaleur, le bois extérieur doit être traiter et entretenu avec des produits peu écologiques afin de survivre aux moisissure. De plus, le bois exige la coupe d'arbre ce qui n'est pas plus écologique ... soyez objectif dans vos comparatifs incomparables...

Totofx 9 juin 2014 22:37

Bien d'accord avec vous! Je viens de lire votre commentaire après d'avoir apposé le mien.

Écohabitation 11 juin 2014 13:25

Bonjour,

Humblement, nous estimons connaître plutôt bien le domaine de la construction. Selon la nouvelle partie 11 (efficacité énergétique) du Code de construction du Québec, en vigueur depuis juillet 2012, les exigences en terme d’isolation ont été rehaussées et les zones climatiques B et la C demandent maintenant plus d’isolation, et la maison conteneur n’est pas une exception. Donc vous avez raison, personne n’y échappe!

Nous croyons qu’il est possible (voire souhaitable) de comparer des bâtiments de structures différentes et qu’il ne s’agit donc pas de « comparatifs incomparables ». D’ailleurs, des logiciels font précisément ce travail. Par exemple, le logiciel ATHENA permet de comparer les performances et les avantages de différentes structures. Une étude comparative réalisée avec le logiciel ATHENA indique d’ailleurs que les émissions de gaz à effet de serre (en équivalent d’émissions de CO2) d’une poutre de 7,3 m de portée sont moindres pour la poutre en bois que pour celle en acier ou en béton. Vous pouvez également consulter les études suivantes : http://www.structuremag.org/article.aspx?articleID=1248 et http://www.ewpa.com/Archive/2004/jun/Paper_032.pdf .

Par ailleurs, les conteneurs ne sont pas des éléments « perdus » qui se doivent d’être valorisés par l’habitation. L’acier est réutilisable et, même fondu, il pourra être revalorisé de bonne façon.

Pour ce qui est de la brique, oui, elle absorbe la chaleur, mais elle la relâche aussi au moment opportun. D’ici quelques jours, nous publierons d’ailleurs une actualité sur le sujet de la masse thermique, n’hésitez pas à revenir nous lire.

En bref, nous maintenons notre avis sur l’efficacité énergétique des maisons conteneurs et nous accueillons les initiatives comme celle de l’entrepreneure Claudie Dubreuil, dont il est question dans l’encadré de notre article.

Cordialement,

Écohabitation

Dave 1 août 2014 17:18

Il n'on pas tort pour le prix mais c'est normal
Et pour le reste je suis entièrement d'accord

Koen De Winter 2 août 2014 12:35

Je crois que vous avez raison sur bon nombre de points, mais un détail me chipote: Vous dites: "Le métal est très polluant et énergivore à fabriquer" oui...et à l’exception de l'aluminium qui a une charge de recyclage qui n'est que 1/6ième de sa production mais quand même le double du recyclage de l'acier) la charge environnementale pour le recycler est aussi très haut (la moitié de la production à partir de mineraie). Le "Heureusement on peut le recycler à l'infini n'est pas si heureux..." vive le bois!

Koen De Winter 2 août 2014 12:40

Vous exprimez des points intéressants que je ne vais pas contredire, mais d'invoquer la déforestation me semble exagéré. 60% du bois coupé dans le monde est brulé...oui brulé.La construction et la fabrication de meuble n'est que 20% de la consommation de bois...le reste est du papier et des produits chimiques.

cedd 23 août 2014 04:00

Bonjour Cher tous,
J'ai lu tous vos commentaires. Pour ma part tout type de construction a ces avantages et inconvenients. Utiliser les conteneurs n'y echappe pas donc. J'aimerais savoir si ce type de construction est mieux realisable en Afrique oú les ports sont remplis de conteneurs vides.

cameroun 17 septembre 2014 10:45

l'isolation étant un des facteurs cité je voudrais savoir si nous en zone tropicale ne pouvons pas profiter de tous ces conteneurs abandonner dans nos ports vu qu aucune société de recyclage n'existe

Écohabitation 18 septembre 2014 09:35

Bonjour,
Malheureusement, nous ne sommes pas experts en milieu tropical. Mais, si vos lois et règlements permettent l'utilisation, et la réutilisation, de conteneurs, ce pourrait être une bonne idée !

tea dago (tito) 22 septembre 2014 09:50

bonjour, je suis tres enchanté par l'idée des maisons ecolo en conteneurs.
je vis en cote d'ivoire et je suis désireux de lancer cette idée qui à coup sur interessera bien des personnes.
j'ai une structure denommée ANNE-ARIEL SERVICES nous intervenons dns plusieurs domaines tel que:
-le lotissement de terrain
-construction immobilieres
-fourniture de bureau
-import export
et aussi en quete de representativité de toutes entreprise etrangeres désireuses d'ecouler ou d' ouvrir un marché dans la sous region.
je suis impatient de recevoir un retour à mon courriel sus indiqué.
mes sincères consideration

bernard morin 8 février 2015 05:38

Les commentaires de monsieur Cosgrove dans son article démontre
un manque de connaissances de ce type de construction.
Les conteneurs peuvent etres isolé autant de l'int. que de l'ext.
et le contact entre la fondation et la structure d'acier peut etre isolé par un brie thermique, au meme titre qu'une fenetre d'alum.
Ayant réalisé plus d'une centaine de projets avec des conteneurs il me fera un grand plaisir de fournir a monsieur Cosgrove des dessins d'atelier
et de transformation.
Pour ma part le point le plus important a surveiller c'est l'effet "tanbour" ainsi que la transmission sonore d'un caisson a l'autre.
Pour ma part l'aventage premier est la préfabrication de son habitation a hauteur d'homme le cout en est directement relié.
BMorin

Dominique Palardy 9 février 2015 12:50

Bonjour,

J'aimerais que Monsieur Morin communique avec moi, car j'aimerais explorer la possibilité d'un projet de maison-conteneur et son expertise serait précieuse.

Michel leclair 13 février 2015 11:56

J'aimerais recevoir plus d'info car je suis interressé a en construire ou la faire construire Svp me contacter

Maryline LAMBELIN 16 février 2015 22:28

Bonjour, J'aimerais avoir un contact avec Bernard Morin. Merci de me contacter à mlambelin@adzif.ca. A bientôt,

Anonyme 23 février 2015 23:19

Encore une fois ici l'auteur de l'article montre la limite de l'analyse. Pour quoi penser toujours que notre idée est la bonne. le bois ne peut pas être comparer à l'acier c'est deux matériaux au comportement différent. Il y a les avantages dans chacun de ces matériaux. Que les lobys laissent les gens tranquilles. Que fait-il de la déforestation??? alors que l'on peut récupérer ce qui est déjà produit ?? je mène actuellement une étude de faisabilité sur ce type de maison transportable pour aider les plus pauvres.

Daniel 24 février 2015 12:46

Bonjour,
J'aimerais avoir un contact avec Bernard Morin. Merci de me contacter à: danielrichardtremblay@gmail.com

Écohabitation 24 février 2015 13:02

Bonjour,

Voici ce que nous avons déjà répondu, plus bas dans les commentaires, sur la possibilité de comparer différents matériaux.

"Nous croyons qu’il est possible (voire souhaitable) de comparer des bâtiments de structures différentes et qu’il ne s’agit donc pas de « comparatifs incomparables ». D’ailleurs, des logiciels font précisément ce travail. Par exemple, le logiciel ATHENA permet de comparer les performances et les avantages de différentes structures. Une étude comparative réalisée avec le logiciel ATHENA indique d’ailleurs que les émissions de gaz à effet de serre (en équivalent d’émissions de CO2) d’une poutre de 7,3 m de portée sont moindres pour la poutre en bois que pour celle en acier ou en béton. Vous pouvez également consulter les études suivantes : http://www.structuremag.org/article.aspx?articleID=1248 et http://www.ewpa.com/Archive/2004/jun/Paper_032.pdf ."

Mario Savard 23 mars 2015 11:12

Bonjour, J'aimerais avoir un contact avec Bernard Morin. Merci de me contacter à shawi1020@hotmail.com.
Merci !

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