Merci à Maude Pintal, associée et chargée de projet sénior développement durable chez Ædifica, et Hugo Lafrance, directeur des Stratégies durables chez Lemay, pour leur aimable contribution.

Alors que la certification LEED® est centrée sur la performance énergétique et environnementale, ainsi que la durabilité du bâtiment, la certification WELL™ définit des lignes directrices pour intégrer la santé et le bien-être de ses occupants. Amélioration de la nutrition, de la forme physique, de l'humeur, des habitudes de sommeil et des performances... WELL met l'humain est au coeur de la conception, nous vous en parlions dans le premier volet de notre dossier sur la certification.

Qu'est-ce que ça donne, concrètement? Quelles sont les concepts appliqués, et comment se traduisent-ils dans le choix des matériaux, l'aménagement et le design, la mécanique du bâtiment, le contrôle de la qualité de l'environnement intérieur?

ITOKI HQ Office, Japon, Certifié WELL Or © ITOKI Corporation

10 thèmes pour définir la saine performance

La certification WELL™ est organisée en 10 concepts comprenant plus de 100 caractéristiques (allant des normes de performance, aux stratégies de conception, en passant par des protocoles spécifiques ou des technologies). Pour chaque thème, des conditions préalables sont exigées. À l'image de la certification LEED, une fois que chaque condition préalable est remplie, le niveau de certification WELL est déterminé par le nombre de critères rencontrés.

1. AIR – VISEZ UNE QUALITÉ OPTIMALE

En Amérique du Nord, on ne passe pas moins de 90 % de notre temps à l’intérieur, là où l’air est 2 à 5 fois plus pollué qu’à l’extérieur. Aux États-Unis seulement, on évalue à environ 93 milliards de dollars les pertes liées aux maux de tête, fatigue et absentéisme associés à la piètre qualité de l’air. WELL™ vise donc ici à atteindre des seuils de qualité reconnus dans le domaine médical, via l'élimination de contaminants, la purification de l’air et les mesures préventives.

Exemples:

  • S’assurer que l'air est correctement filtré afin de minimiser les risques liés à la respiration chez les occupants.
  • Interdire de fumer à l’intérieur et à moins de 25 pieds du bâtiment.
  • Limiter les taux de radon à 0.15 Bq/L.

2. EAU – FACILEMENT ACCESSIBLE ET DE BONNE QUALITÉ

Alors que LEED® se concentre principalement sur la quantité (conservation et réduction), WELL™ s’attarde de son côté à la qualité de l’eau dans les bâtiments. Des techniques adaptées de filtration et des tests rigoureux permettent d’assurer une qualité optimale de l’eau potable.

Exemples:

  • Analyser régulièrement les installations pour détecter les risques de légionellose et gérer le problème.
  • Fournir de l’eau potable qui respecte des seuils de contaminants et de goût stricts.
  • Poser uniquement des fontaines conçues pour le remplissage des bouteilles d’eau.

3. NOURRITURE – SAINE ET DIVERSIFIÉE

Les taux d’obésité catastrophiques en Amérique du Nord, de même que l’augmentation des maladies cardiovasculaires, sont dus principalement à l’inactivité et à une alimentation de mauvaise qualité. WELL™ vise à faciliter les saines habitudes alimentaires en informant les occupants et en offrant des produits de qualité.

Exemples:

  • Installer des machines distributrices avec uniquement des aliments sains.
  • Bien identifier les ingrédients artificiels, raffinés et allergènes utilisés dans les offres de restauration, de même que fournir les informations nutritionnelles.
  • Au moins 50 % des produits vendus sont certifiés biologiques
  • Le bâtiment est à une distance de marche max de 800 m d’une épicerie.
ITOKI HQ Office, Japon, Certifié WELL Or © ITOKI Corporation

4. LUMIÈRE – NATURELLE OU CONTRÔLÉE

C’est un fait bien connu: la régulation de l’horloge biologique interne est étroitement liée à la quantité de lumière qui atteint la rétine. La quantité et la variabilité de la lumière est donc très importante. De fait, il a été démontré que des occupants n’ayant pas accès à des fenêtres démontraient une plus faible mobilité physique, moins de vitalité et une qualité de sommeil inférieur à leurs collègues profitant de la lumière naturelle. WELL™ minimise les impacts négatifs de la lumière sur la qualité du sommeil et de l’humeur des occupants tout en leur permettant d’accomplir leurs tâches adéquatement.

Exemples:

  • Poser des luminaires efficaces qui minimisent les reflets.
  • Fournir une exposition appropriée à la lumière afin d’aligner le rythme circadien sur le cycle jour/nuit.
  • Intégrer la lumière naturelle dans les environnements intérieurs ou une connexion aux espaces extérieurs.
CBRE Vancouver, Certifié WELL Or © CBRE Limited

5. ACTIVITÉ PHYSIQUE – FACILITER LES DÉPLACEMENTS ACTIFS

Tensions dans le cou, entorses, hernies… De plus en plus de maux sont liés à un travail en position assise prolongé. Selon l’Institut de la statistique Québec, 35 % de la population québécoise serait inactive (2018) ! Et plusieurs études l’ont démontré, la sédentarité serait responsable de nombreux problèmes, comme le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires, les cancers, la dépression, le stress… WELL™ fait donc la promotion d’une architecture ou d’aménagements qui favorisent les comportements actifs et les rapports sociaux.

Exemples:

  • Intégrer des postes de travail où l’on peut être debout, ou sur un vélo stationnaire.
  • Positionner des escaliers stratégiquement afin de rendre leur utilisation régulière plus attirante.
  • Aménager des équipements qui encouragent ou récompensent l’exercice physique.  
  • Démontrer que le bâtiment se trouve à proximité de rues piétonnières, de voies cyclables et du transport en commun.

6. CONFORT THERMIQUE – FIXER UNE TEMPÉRATURE ADÉQUATE

Pour assurer la concentration et le confort, les espaces doivent être à température adéquate: il a été évalué que la température optimale pour la productivité est de 22 °C. Les taux d’humidité, la vitesse de l’air, le rayonnement thermique influences également… mais comme il s’agit d’un facteur somme tout plutôt subjectif, WELL™ suggère de satisfaire au moins 80 % des occupants.

Exemples:

  • Fixer la température à 22 °C dans les espaces communs afin de satisfaire à la majorité.
  • Installer un système de ventilation qui peut maintenir une humidité relative entre 30 et 60 % en tout temps.

7. CONFORT ACCOUSTIQUE - INSONORISER

C’est prouvé, la nuisance sonore est directement reliée à de l’insatisfaction et de la frustration. Pour assurer la productivité et la concentration de la force de travail, les espaces proposés doivent assurer le confort psychologique des occupants. C’est pourquoi WELL™ considère la réduction du bruit et la conception ergonomique des espaces.

Exemples:

  • Éviter les espaces de travail à aire ouverte et offrir des environnements bien insonorisés aux occupants.  
  • Identifier les sources de bruit internes et externes pouvant avoir un impact négatif sur les occupants.
  • S’assurer que certaines zones ne dépassent pas des seuils de bruit très précis (ex : pas plus de 60 dBa dans les espaces ouverts)

8. MATÉRIAUX – SAINS

Tout comme LEED®, WELL™ s’assure ici que l’exposition humaine aux produits toxiques présents dans de nombreux matériaux est limitée en les réduisant, ou les interdisant complètement.

Exemples:

  • Les savons, shampooings, produits de nettoyage et désinfectants sont exempts d’ingrédients toxiques.
  • Le personnel est formé pour le nettoyage et l’entretien des espaces.
  • Aucun plomb dans les éléments de plomberie, et aucune lampe au mercure permis.
EDGE Technologies, un développeur immobilier spécialisé en bâtiment durable et résilient, a récemment travaillé avec la firme d'architecture Fokkema & Partners pour concevoir son siège social à Amsterdam, au Pays-Bas.  © Fokkema & Partners

9. ESPRIT – ESTHÉTISME ET ENVIRONNEMENT NATUREL

La santé psychologique est stimulée par la beauté et la nature. WELL™ tente donc d’enrichir la santé mentale et émotionnelle par le biais de programmes, du design et de la technologie tout en réduisant le stress chez ces derniers. L’intégration d’éléments naturels en accord avec des notions de biophilie* tout comme la mise en place d’ouvertures offrant un visuel intéressant vers l’extérieur sont priorisées.

Exemples:

  • Concevoir en accord avec un modèle biophilique qui renforce la productivité et le bonheur.
  • Les bâtiments et les politiques sont conçus de manière à offrir la possibilité de faire de courtes siestes pendant la journée.
  • Le projet met en place une programmation continue pour les occupants telle que la méditation pleine conscience.
  • Les occupants peuvent avoir accès à des programmes d’aide à l’arrêt du tabac, tels que des conseils, ordonnances, médicaments pour les aider à cesser de fumer.
Center for Sustainable Landscapes (CSL), Pennsylvanie, Certifié WELL Platine © Phipps

10. COMMUNAUTÉ – ACCÈS AUS SOINS ESSENTIELS

WELL™ veut ici offrir des avantages sociaux à tous, tout en rendant les soins de santé essentiels accessibles. Leur moto : équité sociale, engagement civique, design accessible.

Exemples:

  • Accommoder les nouveaux parents via des congés parentaux payés, des services de soutien pour les parents qui reviennent au travail et des ressources pour assurer leur inclusion.
  • Vaccination annuelle contre la grippe et campagnes de prévention et de soutien aux autres vaccins.
  • Le projet prévoit des logements abordables et réduisent les coûts de logement pour les locataires à faible revenu.

CATÉGORIE COMPLÉMENTAIRE: INNOVATIONS

Cette catégorie donne aux concepteurs de bâtiments une chance de gagner un crédit supplémentaire en soumettant des innovations ne relevant pas des domaines principaux, ou encore allant au-delà des exigences existantes de WELL™. Le but est d’ouvrir la voie aux stratégies uniques pour créer des environnements sains.

1090 West Pender Street v2, Colombie Britannique © Bentall GreenOak

Certifier un bâtiment WELL™ V2

Pour obtenir la certification WELL™, les bâtiments doivent remplir des critères précis dans chacune des catégories vues précédemment. Et, tout comme pour la certification LEED, chaque catégorie inclut des conditions préalables et des crédits.

Mise en place en mai 2018, WELL™ V2 est tout simplement la version améliorée de la certification WELL, créée en 2014. Elle adopte des notions d’équité, de globalité, de preuves, de robustesse technique, de résilience et est encore plus axée sur le client. Le premier bâtiment certifié WEEL V2, niveau platine, se trouve à Amsterdam: le EDGE Technologies HQ.

Les bâtiments WELL peuvent être certifiés à trois niveaux, définis selon le nombre de points obtenus sur la liste de contrôle :

  • Argent : 50 points
  • Or : 60 points
  • Platine : 80 points

178 points sont répartis à travers 89 optimisations, mais chaque projet ne peut cumuler plus de 12 points par concept, ni plus de 100 points à travers l’ensemble des 10 concepts. Un minimum de deux points par concept est requis, et un projet peut obtenir jusqu’à 10 points liés à l’innovation s’il propose des mesures visant la santé et le bien-être des occupants qui ne font pas partis des critères mis en place par WELL.

Dans la pratique

Au Canada, les programmes LEED® et WELL sont administrés par le Green Business Certification (GBCI).

Après l'inscription du projet sur la plateforme WELL™ dédiée, « une personne du IWBI (WELL Assessor), vient sur place afin de valider les optimisations visées ce qui réduit énormément la documentation devant être soumise pour la révision du projet », nous explique Maude Pintal, associée et chargée de projet sénior développement durable chez Ædifica, « de plus, une fois le projet enregistré, une personne nous est assignée et nous accompagne tout au long du processus afin de répondre à nos questions et nous aider dans tout le processus ».

Et dans la pratique, comment se passe le processus de contrôle des exigences? Hugo Lafance, PA LEED BD+C & O+M, LEED Fellow, membre de la Faculté WELL, ambassadeur Fitwel et facilitateur Living Building Challenge, directeur des Stratégies durables chez Lemay précise que : « dans WELL, il y a plusieurs crédits qui sont inspectés visuellement, mais il y en a plusieurs qui nécessitent un test de laboratoire ou une prise de mesure ».

La certification d’un projet WELL™ n’est par contre valide que pour une durée maximale de trois ans (alors que la certification LEED® est à vie). Le projet doit ensuite se faire re-certifier, ce qui assure que le bâtiment respecte ses engagements à long terme. Le processus inclut l’enregistrement initial, une vérification des performances, la documentation, la certification et la re-certification.

Projet Humaniti, un projet de de COGIR Immobilier de 264 436 pieds carrés  situé à Montréal. Les 300 unités résidentielles locatives sont inscrites à la certification WELL Résidentiel multifamilial – Programme pilote © Lemay

Les coûts

Le coût d'une évaluation WELL™ (plus élevé que celui de LEED car plus complexe et nécessite des enquêtes approfondies) dépend de la taille et de la complexité du projet, ainsi que des frais de certification. Pour en savoir plus, il faut contacter le GBCI. 

En termes de surcoûts engendrés l'intégration des mesures prescrites par la certification, Maude Pintal relativise: « (...) je suis d’avis que nous pouvons répondre aux exigences sans y aller avec des stratégies coûteuses et hors-normes, comme par exemple, pour la conception des systèmes électromécaniques du projet. En s’entourant d’une bonne équipe de professionnels ayant une expérience dans la conception de projets durable et en travaillant en équipe dès le début du projet, le tout est facilement atteignable.».

Elle évoque également les coûts des tests de laboratoire exigés: « Comme tout projet visant une certification quelconque, des coûts additionnels sont applicables. Dans le cadre d’une certification WELL, on pense aux coûts associés aux tests de la qualité de l’air et qualité de l’eau qui doivent être obligatoirement faits pour la certification du projet et par la suite annuellement dans le but de conserver sa certification qui est renouvelable aux 3 ans. Un acousticien doit également être mandaté au projet, ce qui ne serait peut-être pas le cas pour un projet traditionnel. S’ajoute à cela les frais de certification (enregistrement, certification, renouvellement) ».

Ainsi, globalement, certifier un projet WELL dépend de la motivation du propriétaire :

« Une grande partie de la certification WELL touche le propriétaire du projet et les aspects entourant la gestion de son entreprise: bénéfices offerts à ses employés, congé de maladie, politique dans santé et bien-être à l’interne, congé parental, gestion du stress, etc. Une entreprise ayant déjà des programmes mis en place auprès de ses employés possède déjà une longueur d’avance et les coûts associés au développement de ce genre de politiques internes sont moins importants » − Maude Pintal, Chargée de projet, Développement durable chez Ædifica

De plus, selon le Conseil du bâtiment durable du Canada, 38 % des propriétaires de bâtiments sains qui rapportent une augmentation de la valeur du bâtiment mentionnent une hausse de 7 % ou plus, 46 % louent leur espace plus rapidement et 28 % peuvent demander des loyers plus élevés.

WELL™ v2: pour qui?

WELL™ était initialement prévue pour les édifices à bureaux. Dans la version V2, à l’exception des hôpitaux et des maisons unifamiliales, tous les bâtiments peuvent se faire certifier, puisqu'on évalue des types d'espaces plutôt que des bâtiments. La certification d’adresse donc autant au niveau commercial, qu’industriel ou résidentiel. Les employeurs, locataires, propriétaires, travailleurs... tous peuvent ainsi en bénéficier. On retrouve les certifications sous 3 différentes catégories :

  • Bâtiments neufs et existants
  • Intérieurs neufs ou existants
  • Enveloppe ou noyau

La certification WELL ne s’applique qu’aux projets multi résidentiels de six unités et plus. Elle n’est pas adaptée aux petits projets ou à l’unifamiliale.

Projets réalisés

On compte plus de 3 899 projets à travers le monde (certifiés ou qui le seront prochainement). La première certification WELL™ nord-américaine (2016) a été accordée à la Banque TD pour son siège social à Toronto. L’architecture imite les conditions de la nature, des fruits et légumes frais y sont offerts chaque jour et un salon paisible a été prévu pour que les employés puissent s’y reposer.

Pour le moment, au Canada, seuls des bâtiments de Toronto et Vancouver ont obtenu la certification. Voir par exemple :

Au compte tout de même 17 projets au Québec sur le point d’obtenir la certification, dont le Fabrik8 Waverly, dans le quartier Mile-Ex à Montréal.

Fabrik8
 

WELL™ V2 – DES COMPROMIS ?

Maintenir une bonne qualité d’air et assurer le confort thermique requièrent évidemment des systèmes mécaniques, et donc de l’énergie. Mais est-ce que les critères de la certification WELL™ compromettent la performance environnementale des bâtiments ? Question légitime à laquelle a répondu Catherine Lambert dans son essai - La répercussion de la certification WELL V2 sur la performance environnementale du cycle de vie d’un bâtiment.

Les résultats présentés dans son essai démontrent que pour certains critères, augmenter la santé, le confort et le bien-être des occupants nuit, en contrepartie, à la performance environnementale du bâtiment. « À titre d’exemple, WELL propose un apport d’air neuf supérieur, ce qui requiert un apport énergétique supérieur, alors que LEED accorde jusqu’à 18 points pour les projets réduisant leur consommation énergétique. En ce sens, il serait pertinent que la certification WELL tende vers une réelle complémentarité avec ses homologues en attaquant conjointement les enjeux ciblés par chacune d’elles. En d’autres mots, les enjeux relatifs au bâtiment doivent être abordés de façon intégrée plutôt que de rester cloisonnés. Cela peut, entre autres, se faire en intégrant les enjeux environnementaux associés aux critères WELL, notamment par une notation adaptée, ou bien en collaborant conjointement avec les certifications complémentaires » (Lambert, 2019).

Catherine Lambert

SOURCES :