Selon les données du U.S. Green Building Council, la majorité des projets résidentiels LEED dans les Caraïbes se concentrent aux îles Caïmans, ce qui positionne Saint-Barthélemy comme un cas d’exception.

Dans un contexte insulaire exigeant, où chaque ressource compte, un projet résidentiel certifié LEED Habitations à Saint-Barthélemy démontre concrètement que performance environnementale et contraintes locales peuvent coexister. C’est aussi le fruit d’une belle collaboration avec l’équipe d’Évaluations Écohabitation, qui montre ainsi sa capacité à exporter son expertise à l’international.

Saint-Barthélémy
Saint-Barthélemy est une île des Antilles françaises. Crédit photo : Olivier Dain

Un choix stratégique pour une clientèle exigeante

Le projet comprend 4 villas de haut standing mixant résidence privée et location saisonnière.

Pour la clientèle visée, soit majoritairement une clientèle nord-américaine, la certification LEED est un langage familier, synonyme de qualité de construction et de pérennité.

Aussi, alors que la certification européenne HQE (Haute Qualité Environnementale) est plus courante dans le panorama des constructions françaises, les promoteurs ont fait le choix du système par points de LEED, qui offre une flexibilité précieuse pour le contexte antillais.

Chambre projet val-de-flamand
Crédit photo : Benjamin Zizi

« LEED permet de valoriser nos efforts spécifiques là où ils comptent le plus. Par exemple, nous avons pu obtenir des dérogations pour l’usage du bois tropical et compenser l'absence d'isolation thermique par des systèmes mécaniques ultra-performants. » - Philippe BLEUZE, maitre d’œuvre, DAC Antilles

À noter également que dans un contexte de limitation des constructions anarchiques à Saint-Barthélemy, la certification LEED a permis de démontrer la crédibilité de la performance environnementale du projet auprès des autorités de l’urbanisme.

Mais avant tout, obtenir la certification LEED est un positionnement différenciateur pour le promoteur. 

« Associer une certification LEED Argent à ce projet en fait un modèle pour notre île. » - Philippe BLEUZE, maitre d’œuvre, DAC Antilles

Retour sur les points marquants du projet

Voici la fiche de valeur écologique du projet Val-de-Flamands, selon le système de pointage LEED.

Fiche LEED Val-de-Flamands
Fiche de valeur écologique LEED du projet Val-de-Flamands.

Les défis spécifiques d’un projet insulaire

Construire durablement à Saint-Barthélemy implique des contraintes majeures :

  • absence de matériaux locaux structurés;
  • coûts élevés liés au transport;
  • exigences parasismiques et cycloniques élevées;
  • ressources limitées (eau, énergie).

Pourtant, ces contraintes n’ont pas empêché la certification; elles ont simplement nécessité des adaptations intelligentes.

Saint-Barthélémy
Crédit photo : Olivier Dain

Une démonstration concrète de la flexibilité de LEED

L’un des enseignements clés de ce projet : LEED s’adapte au contexte, plutôt que d’imposer un modèle rigide.

Projet Val-de-Flamands
Crédit photo : Benjamin Zizi

Contrairement à certaines certifications plus prescriptives, LEED fonctionne par système de points. Résultat : les forces du projet compensent ses contraintes, tant que les prérequis du programme sont respectés.

Exemple concret : la difficulté à sourcer des matériaux locaux a pu être compensée par une excellente gestion de l’eau.

Cette logique permet de certifier des projets atypiques, même dans des environnements complexes comme les îles.

Gestion de l’eau : un modèle d’efficacité

Sur une île sans source d'eau naturelle, où l'eau provient exclusivement du dessalement, qui est énergivore et coûteux, le projet a réalisé un « sans faute » écologique grâce à la réglementation locale déjà très avancée en la matière :

  • Zéro irrigation potable : les jardins de graminées et la flore locale ont été choisis pour leur résistance et leur faible consommation d’eau. De plus, aucune eau potable n’est autorisée pour irriguer les plantations, hormis l’eau collectée sur place.
  • Valorisation de la condensation : fait remarquable, l'eau issue de la condensation des climatiseurs est récupérée et réutilisée.
  • Autonomie hydrique : chaque villa est équipée de citernes massives pour la récupération des eaux de pluie, de façon à pouvoir alimenter les toilettes et les besoins en irrigation.
  • Micro-stations de traitement : une gestion exemplaire des eaux grises et noires est implantée directement sur le site.
piscine intérieure
Crédit photo : Benjamin Zizi

Énergie : optimisation malgré un climat contraignant

Le défi majeur? On est très loin de notre climat froid du Québec. Le climat des Antilles se caractérise par une absence totale de besoins de chauffage, mais une nécessité de climatisation constante.

  • Conception bioclimatique : l'imbrication des villas n'est pas qu'esthétique. Elle crée un jeu d'ombrage porté et favorise la ventilation transversale, réduisant la charge thermique naturelle.
  • Performance énergétique (18/38) : grâce à une modélisation thermique poussée, il a pu être démontré que les villas optimisent le refroidissement. L'installation de panneaux photovoltaïques sur les toitures en tôle couvre une part significative des besoins, un levier majeur pour la performance énergétique du projet.
Vue du toit du projet Val des Flamands, montrant l’architecture du bâtiment.
Crédit photo : Benjamin Zizi
  • Test d’étanchéité à l’air : « C’est une première sur l’île, et même à priori dans les Antilles françaises! Conformément aux exigences de LEED, chaque villa a dû être testée en étanchéité, et nous avons dû faire voyager notre ventilateur de porte. Malgré des inquiétudes liées au fait que le critère d’étanchéité à l’air n’est habituellement pas observé, et aux fenêtres ouvrantes du projet, il a été possible de se conformer aux exigences. » - Benjamin Zizi, directeur technique d’Évaluations Écohabitation et évaluateur écologique du projet.

Matériaux et ressources : la réalité insulaire

Le faible score en matériaux (1/10) illustre la réalité insulaire : presque tous les matériaux sont importés. Pourtant, le projet brille par son ancrage local :

  • Équilibre des terres : l'excavation du terrain à 45° a été pensée pour réemployer des matériaux locaux, les pierres de taille sont utilisées directement sur le site pour les parements extérieurs.
Photo prise pendant la construction, montrant le choix des matériaux
Crédit photo : Benjamin Zizi
  • Durabilité extrême : le choix de matériaux nobles (bois d'ipé, pierre, toitures végétalisées) répond à la corrosion saline et aux risques d'ouragans.
  • Lutte contre les nuisibles : compte tenu des problématiques reliées aux termites dans les zones climatiques des Antilles, contrairement à nos latitudes au Québec, c’est la première fois que le point relié aux mesures spécifiques de protection contre les termites a pu être accordé.

L'expertise d’Évaluations Écohabitation : le pont entre le Québec et les Caraïbes

L'accompagnement d'Évaluations Écohabitation a été crucial pour adapter le référentiel LEED aux réalités tropicales et insulaires de Saint-Barthélémy.

Vue en vol d’oiseau du projet Val des Flamands, avec présence de plans d’eau.
Crédit photo : Olivier Dain

« On a presque inversé les enjeux de nos projets LEED au Québec. L’enjeu d’efficacité énergétique pour le chauffage s’est transformé en enjeu de climatisation. L’abondance de produits de bois locaux s’est transformée en difficultés d’approvisionnement de bois et en vérification de ses sources tropicales. La quasi-abondance en eau gratuite s’est transformée en restrictions très sévères en approvisionnement. On a eu quelques sursauts en découvrant ce paradigme totalement différent du nôtre et en se comparant. Ça a été un exercice mental très intéressant tout au long du projet. » - Benjamin Zizi, directeur technique d’Évaluations Écohabitation et évaluateur écologique du projet.

Un surcoût maîtrisé

Malgré les défis de la COVID-19 et du coût du transport lié à l’insularité, le surcoût lié spécifiquement à la certification est estimé à moins de 1 %. Malgré l’aspect haut de gamme du projet, l’investissement reste dérisoire au regard des améliorations engendrées, de la validation du concept environnemental du projet et de la valeur de revente à long terme.

Un encouragement pour d’autres initiatives aux Antilles

Ce projet apporte plusieurs enseignements concrets et ouvre la voie à d’autres initiatives aux Antilles Françaises :

1. Intégrer LEED dès la conception : anticiper les prérequis évite les ajustements coûteux en phase de chantier.

2. Documenter en continu : la certification repose autant sur la preuve que sur la performance.

3. Exploiter la flexibilité du système : LEED permet d’optimiser selon les forces du projet.

4. Former les équipes régulièrement : essentiel pour les projets longs ou complexes.

Pour le maître d'œuvre, le message est clair : n'attendez pas.

« Il faut intégrer la démarche le plus tôt possible, dès la conception initiale (points processus de conception intégré 2/2). LEED n'a pas changé notre design, il l'a validé et optimisé. » - Philippe BLEUZE, maitre d’œuvre, DAC Antilles

Val-de-Flamands n'est pas seulement une réussite technique; c'est un modèle de pérennité pour Saint-Barthélemy, unissant l'élégance de l'architecture antillaise à la rigueur des standards internationaux.

Vue depuis le balcon avec une piscine au premier plan et des montagnes en arrière-plan.
Crédit photo : Benjamin Zizi

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Vous en savez maintenant plus sur le projet Val-de-Flamand certifié LEED Argent par Évaluations Écohabitation. Trouvez plus d'exemples de projets certifiés LEED ci-dessous :