On comprend très bien que les solariums aient la cote. Un espace intérieur qui offre luminosité et espace de vie supplémentaire est vraiment attractif, surtout lorsqu’on passe une bonne partie de l’année entre quatre murs. Malheureusement, on ne peut ignorer leurs impacts négatifs potentiels: surchauffe, condensation, perte de chaleur… On vous en a parlé dans nos actualités sur les solariums en climat froid, parties I et II. Heureusement, un compromis existe.

Une pièce d'été mi-intérieure, mi-extérieure

Elle crée l’engouement chez de nombreux internautes, chez les architectes et chez Écohabitation. Et avec raison! Cette pièce d'été mi-intérieure mi-extérieure offre un bel espace lumineux, bien aéré, sans problème de surchauffe ou de condensation.

Le principal attribut de ce concept est de protèger des moustiques, mouches noires et autres nuisibles estivaux. Particulièrement pertinent dans certaines régions comme les Laurentides, Lanaudière, la Mauricie et l'Outaouais! Pour Emmanuel Cosgrove, directeur et fondateur de l’organisme Écohabitation, c’est l’idéal: « pour quelqu’un comme moi qui vient du fond de la campagne de l’Outaouais, les mois de mai et de juin peuvent être synonymes de souvenirs cauchemardesques. Dans ces conditions, la vie dehors est vraiment attractive, mais tellement invivable pour un humain sans DEET ! (Et on le sait, ce répulsif a des effets indésirables sur la santé et l'environnement). La pièce d'été protégée de moustiquaires permet de profiter pleinement des saisons de mouches noires et moustiques. »

Soulignons aussi que le concept permet de profiter de l'extérieur même quand il pleut... sans se mouiller!

Maison LEED Or et Novoclimat 2.0 à Morin Heights, signée La Caravane d’architecture (conception) et Écohabitations boréales (construction) © Ecohabitations boréales inc.

Pour quelle utilisation ?

La véranda ou pièce d'été, screen room ou screened porch en anglais, peut prendre différentes formes. Salon, cuisine, salle à manger, espace pour cultiver ses fruits et légumes sur trois saisons… Certains s’en servent pour la lecture ou tout simplement comme coin détente pour mieux apprécier la nature, sans les insectes pour les importuner. Plusieurs en ont même fait leur coin dodo lors des chaudes nuits estivales! On y dort à l’air frais, tout en confort.

Visites guidées avec l'architecte Paul Bernier

Paul Bernier a fondé son agence d'architecture contemporaine il y près de 20 ans. Avec ses collaborateurs, il a déjà conçu plusieurs projets résidentiels qui comportent des pièces d’été. Nous nous sommes adressés à lui pour parler de son expérience. 

Paul Bernier confirme que la pièce drapée de moustiquaires est très plébiscitée: « Le contact avec la nature qu’elle permet est très apprécié: souvent, elle devient l'espace préféré de mes clients, la pièce qu'ils utilisent le plus dès les premiers signes du printemps. Elle peut offrir une vue remarquable et offre une proximité unique avec le vent et les sons de la nature ». Ainsi, on retrouve plutôt les vérandas moustiquaires dans les maisons à la campagne ou dans des régions boisées.

Et selon lui, cette pièce présente de belles possibilités pour le design d'une maison, car elle prolonge l'intérieur de manière très fluide: « elle permet le passage de l'intérieur à l'extérieur sans avoir à ouvrir de porte, tout en offrant une protection agréable » commente-t-il. 

Architectes: Paul Bernier, Alexandre Bernier et Alexandra Bolen. Photo: James Brittain
Chalet Grenier, Architectes: Paul Bernier, Alexandre Bernier et Alexandra Bolen. Photo: James Brittain
La Maison du Lac Charlebois, avec sa pièce moustiquaire au creux de la forme en L. Architectes: Paul Bernier, Alexandre Bernier et Alexandra Bolen. Photos: James Brittain

Pour une conception intéressante, il s'agit de trouver la localisation stratégique dans la maison, qui facilite les déplacements tout en optimisant la luminosité intérieure: « une pièce moustiquaire porte nécessairement de l’ombre dans les pièces fermées, il faut donc concevoir une volumétrie qui limite l'assombrissement intérieur » commente Paul Bernier. 

Dans le projet du Lac Charlebois, une maison en forme de L ouverte vers le sud, c'est le pièce d'été qui a été pensée comme le coeur du bâtiment:  « la véranda a trouvé sa place contre l'aile où sont situés les rangements et la chambre, pour ne pas gêner la lumières et la vue offertes dans la grande pièce de vie ». La véranda possède deux parois de moustiquaires, un mur mitoyen ponctué d'une petite fenêtre le long du corridor qui mène à la chambre principale et une porte patio de plein hauteur en guise de quatrième paroi.

Pour ce qui est du design, la cohérence avec le reste du projet est fondamentale: « la pièce ne doit pas être ajoutée mais pensée dès le début. Apporter du soin aux détails donnera toute sa raison d'être à cette pièce d'été. Le toit doit être dans la continuité structurale, et les fenêtres doivent conçues astucieusement pour minimiser l'obstruction visuelle », précise Paul Bernier.

Dans le projet du Lac Grenier, les parois ont été conçues de manière la plus épurée possible. Les architectes ont opté pour des cadrages de moustiquaires très discrets, identiques à ceux des fenêtres de la maison. Faits sur mesure, les montants mesurent 10 pieds de large et sont en pleine hauteur du sol au plafond. Les extrusions d'aluminium sont les mêmes que pour les fenêtres et portes patios. Les deux poteaux en acier, qui contreventent la pièce, ajoutent du caractère à la pièce.

Maison du Lac Grenier. Architecture: Paul Bernier et Anick Thibeault Photo: Adrien Williams
Maison du Lac Grenier. Architecture: Paul Bernier et Anick Thibeault Photo: Adrien Williams
Maison du Lac Grenier. Architecture: Paul Bernier et Anick Thibeault. Photos: Adrien Williams

En termes de dimension, Paul Bernier explique que la dimension doit être pensée en fonction des utilisations variées qui seront faites. « Les vérandas moustiquaire jouent souvent le rôle d'aire de vie complète, que l'on choisi souvent pour souper en famille ou entre amis, mais aussi se reposer et veiller. La pièce doit pouvoir contenir plus qu'une grande table! ».

Une conception prévoyante peut aussi prévoir la possibilité future d’une pièce ouverte avec des parois en moustiquaires, tout en laissant la place à une terrasse ouverte, dans premier temps. L’un de projets de Paul Bernier, un chalet à Sutton, a été pensé de cette manière. Sur la façade sud de la maison, la terrasse couverte met en valeur la vue magnifique sur le Mont-Sutton, que l’équipe d’architecte a voulu privilégier. Du fait de sa structure, la pièce pourrait recevoir des parois de moustiquaires, au cas où le besoin se ferait sentir. La planification est donc bien un mot d’ordre pour la véranda moustiquaire!

Chalet à Sutton. Architectes: Paul Bernier et Anick Thibeault Photos: Claude Dagenais
Chalet à Sutton. Architectes: Paul Bernier et Anick Thibeault. Photos: Claude Dagenais

Bien planifier votre véranda en moustiquaires

Emmanuel Cosgrove appuie les propos de Paul Bernier : « il faut prévoir cette zone tampon comme une pièce qui sera éventuellement finie. L’expérience l’a démontré, les gens finissent toujours par finaliser les vérandas et pièces ouvertes lorsque le budget le permet. Mais si ces pièces ne sont pas intégrées à la structure et au toit, il devient très difficile de les isoler et de les chauffer. Il faut donc penser à cet espace dès le stade de conception de la maison.

Avec une bonne structure et le toit déjà en place, il ne restera qu’à isoler et poser les fenêtres le moment venu! C’est aussi une bonne façon d’assurer l’intégrité du design de la maison. »

Maison LEED Or et Novoclimat 2.0 à Gore, signée La Caravane d’architecture (conception) et Écohabitations boréales (construction) © Ecohabitations boréales inc.

Autres astuces

  • Implanter la véranda selon son usage (près de la cuisine si on en fait une salle à manger, par exemple). Selon Emmanuel « il est prouvé que si l’aire pour le repas n’est pas directement vis-à-vis de la cuisine, les chances qu’elle soit utilisée sont faibles »
  • Munir l’espace d’un poêle ou d’une cheminée pour en bénéficier sur une plus grande période
  • Construire la véranda à l’ouest et l’entourer d’arbres matures pour éviter la surchauffe en été. « Poser cet espace de vie à l’ouest permet de l’utiliser au mieux l’été à l’heure du souper et ne coupe pas les gains solaires venant de l’est et du sud pour le reste de la maison. On en profite pour poser une toiture métallique durable qui protègera les revêtements des intempéries, souvent plus féroces à l’ouest »
  • Laisser les moustiquaires l’hiver. « Ces écrans empêcheront la neige de pénétrer en trop grande quantité en hiver ». En effet, plusieurs propriétaires, bien vêtus, utilisent également l’espace l’hiver!
  • Prévoir de bons débords de toit et des gouttières pour éloigner l’eau de pluie, et ainsi profiter de la pièce pleinement, même par mauvais temps
© Ecohabitations boréales inc.
Maison à Ste-Adèle signée Écohabitations boréales,
conception Sylvain Charette, t.p. designer
© Ecohabitations boréales inc.

Quels revêtements poser?

Selon Emmanuel, « comme l’espace est protégé de la poussière et de la pluie, on peut mettre n’importe quel revêtement écologique et durable. Souvent, c’est du bois traité local qui est utilisé. Seul bémol, il ne faut pas oublier de bien fermer le plancher de manière à éviter que les insectes entrent par les interstices! »

Quelle moustiquaire choisir?

Les choix sont nombreux. Moustiquaires rétractables, motorisées ou non, grandes ou petites ouvertures, fixes… Il existe une grande variété de couleurs et de finis (tels que le bois) de même que différents types de mailles, selon vos besoins: protection contre les insectes ou les UV, vie privée, contrôle de la chaleur, réduction des pertes en hiver, vue, etc. Il existe aussi des modèles spécifiques, tissés très fin, pour empêcher les brûlots (ou aoûtats) de sévir. Pensez-y s'il y en a chez vous!

Et pour une maison existante ?

On peut aussi transformer un porche existant en lui ajoutant des moustiquaires. Normalement la transformation peut se faire facilement, mais il faut tout de même s’assurer que la conception sera conforme au reste de la maison (en particulier en ce qui concerne la ligne de toit) et que la structure existante pourra supporter le poids supplémentaire.

Dans le cas d’un agrandissement, Emmanuel met en garde: « il faut traiter l’agrandissement comme n’importe quel agrandissement classique. Les fondations doivent être les mêmes que celles existantes. On ne construit jamais d’agrandissement sur pilotis ou pieux avec une maison sur fondations classiques! »

Vive la vie à l’extérieur!