Jardin du Santropol roulant sur un  toit de l’Université McGill, à Montréal. Crédit: Céline Lecomte pour Écohabitation.

Agriculture urbaine: une valeur annuelle de plus de 33 milliards

Écohabitation 3 juillet 2018 15:49
Lydia Paradis Bolduc

Cultiver ses fruits et légumes au cœur de la ville fournit plus que des denrées. Une récente étude conclue que d’étendre cette pratique à travers les cités du globe pourrait générer des plus-value monétaires et environnementales importantes.

On connait bien les impacts positifs de l’agriculture urbaine sur les écosystèmes locaux: elle séquestre l'azote, permet la pollinisation, aide à réguler le climat, régénère les sols, aide au contrôle des parasites, réduit les îlots de chaleur et les besoins d’entreposage, de conservation et de transport, etc. Ce qui était toutefois méconnu jusqu’alors, c’est l’impact de ces avantages locaux… sur une échelle mondiale.

C’est ce qu’a réalisé une récente étude conduite par l’université Tsinghua à Beijing, en collaboration avec des chercheurs de l’Arizona, de la Californie et d’Hawaï. L’étude A Global Geospatial Ecosystem Services Estimate of Urban Agriculture, parue dans la revue Earth’s Future en décembre 2017 et analysée par James Wilson dans BuildingGreen en mai 2018, a estimé le potentiel économique global d’une agriculture urbaine à grande échelle. Conclusion? Cette pratique pourrait être très… très payante.

Jusqu’à 160 milliards de dollars en services

En compilant et analysant des données provenant d’un éventail de facteurs – population, météorologie, production alimentaire – les chercheurs ont déterminé que la valeur des services offerts par l’agriculture urbaine pourrait s’élever à plus de 33 milliards de dollars américains annuellement.

En fait, selon cette étude, si l’ensemble des villes à travers le monde se mettait à stimuler ses efforts agricoles, on pourrait voir ce nombre doubler, voire quadrupler, atteignant potentiellement entre 80 et 160 milliards de dollars américains par année. 

L’imagerie de Google Earth ainsi que divers ensembles de données ont permis de calculer la quantité d’espaces vacants dans les zones urbaines. Six à dix millions d’hectares se retrouvent ainsi sur des terrains vacants!

Une exploitation d'agriculture urbaine dans une banlieue de la Havane. Crédit: Creative Commons, Arnoud Joris Maaswinkel.
Une exploitation d'agriculture urbaine dans une banlieue de la Havane. Crédit: Creative Commons, Arnoud Joris Maaswinkel.

Si les villes transformaient TOUT cet espace disponible en espaces cultivés, cela permettrait, chaque année, de :

  • produire entre 100 et 180 millions de tonnes de nourriture ;
  • sauver environ 15 milliards de kWh d’énergie ;
  • séquestrer entre 100 et 170 milles tonnes d'azote et
  • éviter environ 2 billions de pieds cubes d’eaux de ruissellement.

Il est peu probable que tout cet espace soit transformé en terre agricole, et même si ces chiffres semblent énormes, la valeur combinée de ces services ne représente qu’environ 0,2 % du produit intérieur brut mondial. Les chercheurs mettent ainsi l’emphase sur le fait qu’une énorme part de la valeur reliée à l’agriculture urbaine n’est pas quantifiable, en contribuant par exemple au recyclage des déchets, à l’atténuation des îlots de chaleur, à l’amélioration de la santé et du bien-être, etc.

Cette pratique peut être particulièrement bénéfique dans les zones très vulnérables aux changements climatiques. L’agriculture peut servir à atténuer les impacts de la vulnérabilité à la température, aux inondations, aux besoins énergétiques et à la sécurité alimentaire, ses services écosystémiques possèdent donc une valeur inestimable pour ces villes précaires. Dans certains lieux, la nourriture et les revenus générés pourraient bien faire la différence entre la famine et la survie!

Les villes ont donc tout avantage à adopter, ou de moins à faciliter, l’adoption de ces pratiques.

À cet effet, l’étude relate de nombreuses stratégies pouvant être adoptées par les villes pour soutenir les efforts agricoles urbains tout en réduisant les coûts associés. Par exemple, une ville qui nécessite une bonne irrigation pourrait utiliser ses eaux de ruissellement, de drainage et eaux noires à cet effet. Elles contiennent des nutriments essentiels pour l’agriculture!

Agriculture urbaine à Erdos Eco-City. Ces lots sont fertilisés avec de l'urine et irrigués avec des eaux grises. Crédit: Creative Commons, SuSanA Secretariat

Des données pour influencer les politiques et initiatives

Les chercheurs ont partagé leur code avec divers scientifiques et urbanistes afin qu’ils puissent être adaptés et analysés localement. L’idée? Permettre aux décideurs de s’en servir afin d’effectuer des analyses selon leur réalité, quantifier les avantages qui leur sont propres, et prendre des décisions plus éclairées. Car en effet, il n’existe pas de modèle unique pour l’adoption de l’agriculture urbaine. Les initiatives remplissent des créneaux et des rôles différents et nécessitent des soutiens et des ressources toutes aussi diversifiées.

Depuis quelques années, de plus en plus de villes adoptent des lois et initiatives selon leur réalité propre. À titre d’exemples :

  • Le maire de Paris, Anne Hidalgo, a lancé l'initiative Parisculteurs en 2016, une campagne qui vise à verdir 247 acres de murs et toitures d’ici 2020.
  • La Californie accorde des allégements fiscaux aux propriétaires fonciers qui utilisent leurs terrains à des fins agricoles.
  • La ville de Detroit, la Detroit Economic Growth Corporation, la Nature Conservancy et le Détroit Water & Sewerage travaillent en collaboration pour développer un modèle à usage mixte qui comprend un espace pour les entreprises de transformation alimentaire et une approche de gestion des eaux pluviales à l'échelle du district en addition aux utilisations résidentielles, éducatives et récréatives existantes de ce même espace.
  • Au Colorado, un comité consultatif sur les systèmes alimentaires a été mis en place pour élaborer des recommandations visant à promouvoir l’économie alimentaire locale.
  • En Illinois, le document HB 3990 fixe comme objectif que 20 % de tous les produits alimentaires achetés par les organismes d'État et les installations appartenant à l'État soient des produits agricoles ou alimentaires locaux d'ici 2020.
  • Le New Jersey autorise pour sa part la vente et la location de terrains publics inutilisés à des organismes à but non lucratifs et communautaires aux fins de jardinage et d’agriculture urbaine. Exemptés d’impôts fonciers, ces organisations sont même autorisées à vendre les fruits et légumes cultivés sur ces parcelles.
  • Plus près de nous, divers organismes liés à l’alimentation et à l’environnement à Toronto ont collaboré à la production du plan d'action GrowTO pour l'agriculture urbaine. Adopté en 2012, le plan est devenu la base du programme agricole de la ville de Toronto et propose des moyens de mettre en œuvre l'intensification des initiatives d'agriculture urbaine dans l'ensemble de la ville.
  • Finalement, à Montréal, il est estimé que plus de 250 000 m2 de terres sont utilisées pour l’agriculture. Issues des mouvements d’agricultures urbaines qui ont commencés dans les années 1970, ces initiatives représentent aujourd’hui à elles seules plus de 1,25 millions de dollars en fruits et légumes par année.
Projet lauréat de l'initiative Parisculteurs : L'arche végétale. Source : Cueillette urbaine, UrbanLeaf et Cuisine Mode d'Emploi(s)®. 
Petit projet d'agriculture urbaine à Amsterdam. Crédit: Creative Commons, Kaz Alting,

 

Sources

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