Attrait pour les abeilles, loisir agréable, production locale de miel, sensibilisation à l’environnement... L'apiculture urbaine est une tendance qui s'installe dans les grandes métropoles mondiales. Mais, fait méconnu, elle n'offre pas de solution au déclin inquiétant des pollinisateurs, une famille beaucoup plus vaste.

Abeilles à miel versus abeilles indigènes

On le sait: les insectes pollinisateurs sont des acteurs de la biodiversité absolument essentiels. Selon une étude publiée par Greenpeace sur le sujet, plus de 80 % des plantes à fleurs dépendent des insectes sauvages et la valeur des cultures dépendant de la pollinisation serait d’environ 265 milliards de dollars.  Selon cette même étude, si les abeilles sauvages garantissent le rendement de près de 75 % des cultures agricoles, les abeilles domestiques, elles, n’assurent que 15 % de la pollinisation... Sauvages, domestiques: de quoi parle-t-on?

Toutes les abeilles ne sont pas les mêmes! Dans le cadre de l'apiculture, urbaine ou pas, les abeilles mises à contribution sont des abeilles domestiques, importées d'Europe à la fin du 17e siècle. Ces abeilles à miel, Apis mellifera, survivent à l'hiver nord-américain uniquement par l'intervention humaine. Elles ont un rôle primordial pour l'économie principalement, puisque c'est leur miel que l'homme cultive, et l'effondrement de leurs populations au travers du globe inquiète.

© Krzysztof Niewolny sur Unsplash

Mais il existe 3500 espèces d'abeilles sauvages en Amérique du Nord, et on en compte au Québec environ 350. Les abeilles sauvages sont indigènes et donc complètement adaptées à leur milieu: elles ont évolué avec les plantes locales, aux côté de nombreux autres insectes pollinisateurs. Ce sont ces insectes qui contribuent à soutenir nos écosystèmes, voilà pourquoi leur déclin alarme les scientifiques...

Cet enjeu environnemental est donc bien plus vaste que celui de l'effondrement dans les colonies d’abeilles domestiques. Lors d'un de ses cafés de discussion sur les enjeux de biodiversité à Montréal, organisés dans le cadre de Biopolis, une vitrine sur la biodiversité urbaine, le WWF-Canada s'est penché récemment sur l’apiculture urbaine et ses impacts sur les espèces indigènes. Le compte-rendu de la discussion entre les scientifiques et acteurs de la biodiversité présente très clairement la discintion entre les deux enjeux.

Des abeilles heureuses en ville...

Atelier d'apiculture urbaine à la Caisse populaire Desjardins du Mont-Royal. © Jean-François Garneau, Caisse populaire Desjardins du Mont-Royal

La multiplicité des plantes mellifères présentes en ville procure de bons milieux de vie aux abeilles. En effet, les écosystèmes urbains se caractérisent par une grande diversité de plantes mellifères telles l’agastache, le trèfle blanc, la monarde, le millepertuis, etc. Cultive ta ville précise que le miel montréalais contient des traces de plus de 25 espèces de plantes dont le framboisier, le cerisier de Pennsylvanie, le pommier, le trèfle, le tilleul, la vesce jargeau, la vigne vierge, ainsi que du pollen de nombreuses herbacées telles que le millepertuis et des linaires.

De plus, pour des raisons écologiques et sanitaires, l’utilisation de pesticides en milieu urbain est souvent inférieure à ce que l’on observe dans les zones agricoles. Puisque les villes s’engagent à utiliser moins d’herbicides et à brûler les mauvaises herbes au lieu de les traiter chimiquement, les écosystèmes urbains peuvent être plus sains pour les abeilles que certains écosystèmes agricoles où l’utilisation de pesticides est très répandue.

... mais en compétition avec les autres pollinisateurs

Si les zones urbaines offrent des milieux hospitaliers aux abeilles à miel, elles le font tout autant pour l'ensemble des insectes pollinisateurs. Les ressources florales étant tout de même limitées, une pression pourrait s'exercer, faisant entrer les abeilles domestiques en compétition avec les pollinisateurs, installés bien avant elles. En termes de population, de quoi parle-t-on? Le nombre d'abeilles à miel introduites dépasse-t-il le seuil de l'équilibre?

Montréal est le premier pôle d'apiculture urbaine au Québec. Comme beaucoup de métropoles, elle a connu un boom de l'apiculture urbaine cette dernière décennie. En 2011, on comptait 47 ruches et le nombre est passé à presque 700 aujourd'hui! Celles-ci sont situées sur l’ensemble du territoire de l’île de Montréal, portées par des citoyens, des groupes communautaires et des entreprises.

Carte des ruches urbaines par Cultive ta ville, un carrefour d’information sur l'agriculture urbaine au Québec.

Cependant, les ruches ne sont pas réparties également sur l'île et l’arrondissement du Plateau Mont-Royal en concentre plus de la moitié. Ainsi, les abeilles domestiques entreraient en compétition avec les espèces indigènes, ce qui inquiète les écologistes. 

Le biologiste Frédéric McCune, auteur d'une maîtrise sur l’impact de l’apiculture urbaine sur les abeilles sauvages à Montréal, invite à la prudence. Les résultats qu'il a obtenus n’ont pas démontré d’effet négatif sur les abeilles indigènes, pressentant une cohabitation possible, mais lors de sa discussion dans le cadre du Café WWF, il soulignait que : « La densité de ruches était encore très faible à Montréal en 2012 et 2013. La réponse des abeilles sauvages dépend probablement de cette pression de compétition et de l’abondance des ressources florales. » 

Le papillon monarque est aussi un pollinisateur menacé © Mike Lewinski sur Unsplash

Nécessité d'un développement raisonné

Si on peut se réjouir du développement de l'apiculture urbaine, il faut tout de même considérer les enjeux importants. On l'a vu, la question de la compétition sur les ressources en pollen et en nectar se pose. La disponibilité de ces ressources doit suivre les besoins de toutes ses nouvelles arrivantes. Si le Mont-Royal et le Jardin Botanique représentent encore des mines d'or de plantes mellifères (les abeilles sont capables de voyager 6 km pour atteindre une zone de provision), certaines zones plus densément occupées offrent plus de béton et de petites zones de gazon que de parcs et jardins foisonnants. Des ruches installées dans ces quartiers ne seraient donc pas pérennes.

De plus, la propagation de maladies entre ruchers, les comportements agressifs, l'essaimage représentent autant de risques qui sont intensifiés en milieu urbain. Voilà pourquoi il est nécessaire de concerter l'établissement des ruches urbaines de façon progressive et coordonnée. Chacun doit veiller à ce que l'apiculture urbaine ne soit pas victime de son succès. Évaluer la densité de ruches par secteur: voilà l'une des nombreuses responsabilité des apiculteurs urbains.

© Anggi Nurjaman sur Unsplash

Devenir apiculteur: un projet passionnant et une responsabilité

L'apiculture urbaine est une pratique qu'il faut maîtriser. Elle exige un certain niveau de connaissances techniques, indispensables à la bonne conduite des ruchers. Formation,, règlementation, contrôle des maladies, etc.: le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) rappelle les éléments à considérer avant de se lancer.

À Montréal, la coopérative Miel Montréal est la référence en matière d'apiculture urbaine. Pour la coopérative, l'apiculture urbaine est une opportunité inouïe de rapprocher la population urbaine de son environnement, à la fois comme un outil éducatif, un moyen de valoriser la biodiversité urbaine et un vecteur de mobilisation collective pour un environnement sain.

Outre ses services complet d’installation et de gestion de ruches à l'attention des entreprises, organismes ou institutions, elle apporte des informations et outils nécessaires pour promouvoir la biodiversité, démystifier la cause des pollinisateurs et favoriser à une apiculture responsable. 

Dans cette ligne de pensée, Miel Montréal a lancé en 2017 la Charte de l’apiculture urbaine, qui énonce les principes d’une apiculture urbaine respectueuse du cadre écologique urbain et socialement responsable. Elle est le fruit d'une réflexion collective au sein de Miel Montréal. Signez la Charte pour appuyer cette vision de votre voix!

Son équipe passionnée, formée de biologistes, d'environnementalistes et d’entrepreneurs, font vivre un réseau d’échanges, de partage et de dialogue autour de l’apiculture et la préservation de la biodiversité à Montréal. Très polyvalente, l’équipe éducative propose plusieurs services pour différents publics, aussi bien les particuliers, les groupes scolaires, les entreprises et organisations. Elle a également pour mission de travailler à la concertation entre les différents projets.

6 actions pour aider les abeilles

Paradoxalement, avoir des ruches en ville ne fait pas partie des actions pour aider les abeilles! Miel Montréal a dressé sa liste de 6 actions simples pour sauver (réellement) les pollinisateurs.

1. Mieux consommer

Le déclin des pollinisateurs et la disparition des abeilles sont tous deux causés par la généralisation des pesticides dans l'agriculture principalement. Consommer des aliments biologiques contribue à soutenir des modes de production alimentaire durables et favorables au maintien des populations d'insectes. Les paniers bios et locaux offrent une solution idéale! Et si vous en mangez, choisissez le miel 100% québécois, produit par des apiculteurs locaux passionnés!

2. Planter des fleurs mellifères

Cette liste des plantes mellifères du Québec, mise au point en 1948 par le Service de l’apiculture du ministère de l’Agriculture du Québec, est toujours d’actualité. Par leur quantité et leur diversité, ces fleurs contribuent à nourrir tous les insectes avides de pollens et de nectar. Miel Montréal conseille aussi de choisir différentes variétés de fleur, dont les floraisons se chevauchent d'avril à octobre et de les planter en par massifs pour créer un habitat d'hivernation pour les pollinisateurs indigènes.

Consultez les principes de l'aménagement paysager écologique sur notre site Web.

3. Proscrire les pesticides

Miel Montréal le souligne: depuis leur apparition, en 1995, le taux de mortalité des abeilles est passé de 5% à 30%. Les néonicotinoïdes se retrouvent dans les fleurs, et comme ils sont solubles, ils se diffusent dans nos cours d'eau. Consultez le communiqué d'Équiterre et de la Fondation david Suzuki pour en savoir plus. Pensez aussi à acheter des semences ou semis biologiques.

4. Protéger l'habitat

Les menaces sur l'habitat des abeilles exercent aussi une pression sur leur survie: laisser des portions de son terrain en friche, planter des arbres, arbustes, plantes mellifères et haies buissonnantes indigènes, sont des actions qui contribuent maintenir les populations. Miel Montréal conseille aussi de fabriquer soi-même un hôtel à insectes! Espace pour la vie vous explique comment le faire en famille.

5. Installer des abreuvoirs

Les pollinisateurs boivent aussi de l'eau (et se nettoient dedans)... Mais ils ont besoin de petites quantités, sans quoi la noyade est assurée. Installez des abreuvoirs pour les pollinisateurs (Mesruches en a testé plusieurs).

6. En parler

Sensibiliser votre entourage à la cause des abeilles est aussi une action porteuse! Consultez toutes les possibilités sur le site Web de Miel Montréal. Consultez aussi l'excellente Introduction à l'apiculture urbaine du CRAAQ.