Serres de la Safrenière des Cantons Serres de la Safrenière des Cantons. Photo Laurent Teasdale.

Serres en climat froid – Partie 1

Faire pousser des légumes dans un climat nordique c’est possible! Voici l’expérience de trois propriétaires de serres.

Écohabitation 23 août 2018 14:27
Camille Ouellette

Faire pousser des fruits, herbes et légumes toute l’année au Québec ça sonne comme le paradis! Le climat de notre province étant ce qu’il est, la culture se limite à quelques mois l’été. Mises à part dans le sud ou dans la vallée du St-Laurent, les saisons pour cultiver sont relativement courtes. Et on ne parle même pas des régions en altitude où la culture sans serre devient tout un défi! Si on veut prolonger la période de culture, l’utilisation d’une serre devient nécessaire. Dans cette première partie sur les serres, Écohabitation vous présente l’expérience de trois propriétaires et utilisateurs de serres à travers le Québec.

On peut distinguer deux grandes catégories de serres: la serre fermée par un mur collée à la maison (on y accède par une porte) pouvant aussi faire office de solarium, ou la serre séparée de la maison destinée principalement à la culture. Dans cet article, il est question du 2e type, soit des serres séparées de la maison.

Pierre Fisette – En mode expérimental

Région. Estrie, dans un petit village du nom de Lawrenceville

Fabrication. Pierre Fisette a bâti lui-même sa serre solaire passive. Autodidacte, il a participé à des formations et s’est informé sur Internet. Il s’est basé sur les plans d’une serre existante qu’il a adaptée à ses besoins. Le côté nord est un mur enfoui (environ 6 pi) constitué de pneus (310 au total!) remplis de sable de compaction. D’une hauteur totale intérieure de 16 pi, les 3 autres façades reçoivent du soleil.

Année d’achat ou de pose. La construction, qu’il a entreprise seul, a duré environ an. La première mise en culture a eu lieu au mois de mai 2017, lorsque le soleil s’est pointé le bout du nez.

Utilisation. En ce moment, la culture s’étend sur trois, presque quatre saisons. La culture est en arrêt pour 2 à 3 mois.

« L’hiver, dès que le soleil n’est pas présent, la température chute énormément. S’il fait soleil, il peut faire 40°C à l’intérieur en plein mois de janvier. Tant qu’il fait soleil, la culture continue! » résume Pierre Fisette.

Superficie. 20 x 40 pi, de forme rectangulaire

Type. Auto-construction, semi-enfouie

Vitrage/toile. Polythène, portes patio et vitres thermos récupérées

Chauffage. Pierre voulait construire en 2018 un rocket stove, un four écologique qui fonctionne sensiblement comme foyer de masse. En 2017, il n’a pas utilisé de chauffage. Il prévoit ajouter un système de chauffage en géothermie dans le futur.

Isolation. Styromousse dans la terre et un mur isolé (nord)

Ventilation. En ce moment, deux petits ventilateurs fournissent l'échange d'air nécessaire.  L’installation d’un système de ventilation avec panneaux solaires est prévu dans le futur.

Construction de la serre. Photo P. Fisette

Type de culture & rendement (taille famille). Aucune terre spéciale n'a été employée au départ, et seulement de l’engrais biologique ou naturel. Les résultats ont été probants: tomates, concombres, piments, pois mange-tout, bettes à carde, choux kale, basilic, fines herbes, etc. L’été 2017 a été exceptionnel! Beaucoup de surplus on été générés, attribuables selon Pierre à la serre, puisque l’été n’a pas été spécialement ensoleillé ni chaud.

« Mon objectif est de devenir autosuffisant, à tout le moins, le plus possible. Je pourrais fournir 4 familles à l’année si je voulais,mais on ne veut pas faire de l’argent ou gagner notre vie avec ça », commente Pierre. Le ménage compte deux personnes, mais le couple nourrit aussi quatre enfants, petits enfants, et les beaux-parents. « On en donne beaucoup et on a commencé cette année à en vendre au travail et dans le village. C’est un moyen de financer le projet en vendant les surplus. »

Coût global. Environ 3000 $, jusqu’à maintenant. Un prix relativement bas dû à l’utilisation de beaucoup de matériaux recyclés, récupérés et d’échanges. Par exemple, Pierre a payé les fenêtres usagées 15 $ chacune. Les nouvelles installations vont probablement faire grimper le prix.

Niveau de satisfaction. Très satisfait. «  Il y a des lacunes comme dans tous projets loufoques, dit-il en riant, mais on y va un problème à la fois ».

Pierre a confié à Écohabitation que son projet d’auto-construction a mené à beaucoup, beaucoup de travail: « Disons que j’ai eu un gros été! Nous aimerions ajouter des murs en bouteilles, car c’est aussi un projet artistique autant qu’écologique et que pour se nourrir ». Sa compagne et lui sont en effet deux artistes récupérateurs.

Et l’autosuffisance? « Depuis 1er mai, je n’ai pas acheté de légumes. On ne mange presque plus de viandes, sinon ça vient d’un producteur bio!». 

L'autosuffisance en légumes et en fruits est prévue à un horizon de 5 ans

Des recommandations pour ceux qui voudraient se lancer?
L’achat d’une structure en métal existante si on veut se simplifier la vie!

Le contrôle de l’humidité est très important: il faut éviter d’avoir des plans qui trempent dans l'eau dès le matin... Aucune eau sur les feuilles, c'est nécessaire pour éviter les maladies!


Maude Alary-Paquette – Une serre à petit budget

Région. Haute-Gaspésie, ville de La Martre, proche de Ste-Anne-des Monts

Fabrication. Tout comme M. Fiset, Maude et son conjoint ont fabriqué eux-mêmes leur serre en réutilisant la charpente d’un abri Tempo. Celle-ci a été modifiée et solidifiée avec la construction de deux murs aux extrémités en 2x4 avec du bois du moulin local. Des dalles de patio, de la quincaillerie, du polythène et des solives en cèdre pour leur qualité imputrescible complètent les différentes composantes de la serre.

Année d’achat ou de pose. Installation à l’été 2016

Utilisation. La culture se limite à l’été, de la première semaine de juin à la mi-octobre, pour le moment. Mais le couple aimerait l’étendre à trois saisons.

Superficie. 10 x16 pi, de forme rectangulaire

Type. Auto-construction, hors-sol (toile géotextile sous terre)

Vitrage/toile. Polythène

Chauffage. Aucun chauffage. L’ajout de couvertures pour protéger du gel serait envisageable en fin de saison.

Isolation. Aucune isolation

Ventilation. Aucun système de ventilation n’est en place mis à part les fenêtres et le polythène des murs qui est relevé le jour pour aérer et éviter la surchauffe.

Construction de la serre. Photo M. Alary-Paquette

Type de culture & rendement (taille famille). Majoritairement des tomates, mais aussi des poivrons, concombres, cerises de terre, wonderberries (une genre de bleuet pas si bon), des fines herbes comme la coriandre et le basilic. Un quart de la superficie a été réservé pour les engrais verts.

La serre fournit en été des légumes pour deux adultes et un enfant. « Il serait possible de faire des semis successifs et de cultiver plus de légumes adaptés au froid au début et en fin de saison, mais nous n’avons pas le temps. Ce qui pousse hors serre en Gaspésie est un peu limité, la saison étant plus courte que dans le sud du Québec » nous a confié Maude. Les défis étaient importants au début, mais Maude s’est adaptée : la serre limite les insectes pollinisateurs, mais augmente l’humidité, il faut monitorer la température pour éviter la surchauffe, installer un système d’arrosage et la porte de la serre doit être fermée le soir à cause de la faune environnante.

L’objectif de Maude est de produire suffisamment pour ne plus avoir à acheter de paniers bios. La serre devrait être payée en un à deux ans, grâce aux économies réalisées sur l’achat des paniers.

Coût global. Environ 300$

Niveau de satisfaction. « Oui vraiment, ça nous donne une autonomie et un affranchissement! C’est plutôt un désert alimentaire dans le coin, mis à part le maraîcher bio du village voisin.  J’aime savoir ce qu’on mange, la proximité, les produits biologiques qui respectent mes valeurs. C’est un apprentissage perpétuel et un havre de paix! » s’est exclamée Maude.

Des recommandations pour ceux qui voudraient se lancer?
Maude suggère de prendre le temps de bien connaître l'ensoleillement du futur emplacement, dépendamment des heures et des saisons, selon la région et le terrain. Ne pas construire trop gros pour rien et prendre le temps de faire de la transformation (mettre en pots, cuisiner, etc.) quand tout est mûr en même temps. « C’est important de se renseigner sur les types de productions visés, réserver un espace à l’engrais vert, faire une rotation des cultures, etc. »

« Prendre du soleil dans la serre en février, c’est génial,  il peut faire 10°C à l’intérieur  et -15°C à l’extérieur! Par contre, il faut déneiger le toit et la porte en hiver… ».


Laurent Teasdale et Frédéric Bachand – une jeune entreprise innovante en expansion

Région. Stanbrigde Station, sud-est de la Montérégie

Fabrication. Fondée par Frédéric Bachand et sa mère Sylvie Bernatchez, la Safrenière des Cantons, est une entreprise familiale spécialisée dans la culture biologique et commercialisation du safran et du paprika.

Dans le but de développer leurs activités, le couple Teasdale et Bachand ont acheté une vieille structure de serre en métal d’un agriculteur retraité du coin. Étant très grande, celle-ci a été séparée pour faire deux serres indépendantes, renforcées de chaque côté avec du bois. Une toile de polythène double, séparée avec une couche d’air isolante, a été achetée chez un fournisseur du coin, Dubois Agrinovation à St-Rémi, spécialiste en matériel pour petits maraîchers.

Les côtés s’ouvrent au besoin pour laisser entrer de l’air frais. Les serres sont fixées au sol avec des pieux. L’une des serres a été isolée afin de partir les semis au printemps au début avril.

Année d’achat ou de pose. En 2018, fin hiver/début printemps.

Utilisation. La serre isolée permet une culture sur trois saisons, l’autre permet une culture plus estivale.

Superficie. Deux serres de 16 x 40 pi chacune, de forme rectangulaire

Type. Auto-construction

Vitrage/toile. Toile de polythène, toile double pour la serre isolée

Chauffage. La serre isolée est chauffée au besoin à l’aide d’une fournaise au gaz achetée seconde main d’un particulier. Liée à un thermomètre, si la température baisse en-dessous du seuil établi, la fournaise s’enclenche.

Un tuyau en plastique flexible entourant le bas de la serre projette de l’air chaud en dessous des plans. Le système de chauffage s’arrête automatiquement lorsque la température de contrôle est atteinte. Ils ont fait appel à un électricien afin d’amener l’électricité de la maison principale à la serre. La fournaise, les thermomètres, les pompes pour l’irrigation ainsi que la ventilation sont alimentés à l’électricité.

Isolation. Tel que mentionné précédemment, l’une des serres est isolée à l’aide d’une couche d’air entre les deux toiles de polythène. Le mur en bois où se trouve la porte a aussi été isolé avec de la laine. Fait intéressant: un filet qui laisse passer le soleil, installé au-dessus de la serre, empêche une partie des rayons d’entrer pour contrer la surchauffe solaire.

Ventilation. Dans la serre isolée, un ventilateur placé en haut du mur de bois, démarre à une certaine température. L’air chaud est évacué à l’extérieur.

Serres de la Safrenière des Cantons. Photos L. Teasdale et Écohabitation

Type de culture & rendement. Les serres sont principalement utilisées à des fins professionnelles, pour la culture du safran et du paprika. La serre isolée permet une culture sur trois saisons pour la germination des 10 000 semis annuels de paprika et de safran qui seront par la suite plantés en champs (environ 50 000 pi2) à la mi/fin juin.

L'autre serre, plus simple, est tout de même réservée à des cultures pour leur propre consommation: des légumes, dont principalement la tomate. D’autres légumes sont cultivés dans le jardin : concombres, choux, etc.

Système arrosage
Dans la serre à tomates, une pompe électrique permet l’irrigation des plans à l’aide d’un tuyau principal isolé et enfouis à environ trois pieds de profondeur dans la terre. Captée de l’étang à côté, cette eau, non-traitée est impropre à la consommation, mais  parfaite pour la culture maraichère. L’autre serre et les champs ne disposent pas de système d’irrigation automatisé.

Coût global
2 500$ en tout et partout pour les deux serres

Niveau de satisfaction
« C’est génial, parce que pour nous c’est une véritable extension de la maison. Avant, on préparait nos semis dans notre petit solarium. » s’est exclamé Laurent. « Nous avons eux des petits problèmes avec la fournaise qui ne partait pas au bon moment. Parfois, il faisait trop froid. On doit s’ajuster et on va voir après un an. » a confié Laurent à Écohabitation.

Et l’autosuffisance?
L’objectif premier de l’installation des serres est professionnel.

Sur le plan personnel, ils aspirent à l’autosuffisance, du moins, pendant l’été. Pour ce faire, Laurent et Frédéric ont planté plusieurs arbres fruitiers et possède un peu de bétail pour produire aussi leur propre viande. Les surplus de légumes sont mis en conserves ou congelés et ceux impropres à la consommation servent à nourrir les animaux. Les déchets des animaux sont transformés en compost et ultimement utilisés pour la culture des plants l’année suivante. 

Serres de la Safrenière des Cantons. Photos L. Teasdale

Des recommandations pour ceux qui voudraient se lancer?
Il faut s’y prendre d’avance et, si possible, monter la serre à l’automne pour être prêt en hiver, pour le début des semis. C’est possible d'opter pour la récupération, bien sûr: il est relativement facile de trouver sur le marché de l’usagé d’anciennes de serres qui ne sont plus utilisées... Mais le temps de recherche est aléatoire.

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