Côté innovation, ça n’arrête pas du côté des isolants biosourcés. On vous a parlé de l’isolant de chanvre, de l’isolant en paille, de l’isolant de coton et autres isolants naturels et ce, sans mentionner la cellulose, notre isolant chouchou depuis presque vingt ans.

Aujourd’hui, nous vous présentons une petite nouveauté très intéressante, l’isolant à base d'herbe. 

C’est ce que propose Gramitherm®, un matelas isolant biosourcé à base de fibres d'herbe, à l’empreinte carbone négative! Un produit performant, à faible impact, on aime ça. Mais un produit performant, à l’empreinte carbone négative? C’est encore mieux ! L’ingrédient principal ? Du foin, de la pelouse, des graminées, des vivaces... Bref, de l'herbe. Abondante partout. Littéralement. Partout.

Gramitherm®, un isolant à l'empreinte carbone négative

© Gramitherm

Gramitherm® est un biomatériau isolant à base de fibres d'herbes dont l’empreinte carbone est négative. Comme tout végétal, grâce à la photosynthèse, l'herbe fixe du gaz carbonique. Mais ce qui le rend plus intéressant, c’est surtout la rapidité de sa croissance et de sa reconstitution.

Agnès Roggeman, responsable médias et relations publiques chez Gramitherm nous explique : « L’herbe est une ressource disponible en très grande quantité, coupée en moyenne tous les 3 mois. L'herbe absorbe le carbone par photosynthèse. Les fibres d'herbe sont séparées du « liquide » (l'eau que l'herbe contient), lequel sert à produire du biogaz, et sont ensuite séchées. On se retrouve donc en production « circulaire ». La combinaison de ces 2 éléments génère un bilan carbone négatif. ».

Dans les faits, 1 kg d'isolant Gramitherm® absorbe ainsi 1 405 g de CO2-éq. Il est estimé qu’une maison traditionnelle isolée complètement avec ce matelas d'herbe permet de capturer 7 tonnes de CO2 ! L’isolant possède ainsi la plus basse énergie grise de sa catégorie (18.5 MJ/Kg).

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Et ce n’est pas son seul avantage. Si on le compare à la laine de verre, par exemple, c’est 70 % moins d’eau et 65 % moins d’énergie nécessaire à la production de cet isolant. Le produit, 100 % biosourcé, est également 100 % recyclable en fin de vie. A-t-on besoin de rappeler l’importance de détourner les matériaux de construction des sites d’enfouissement?

Par ailleurs, comme tous les isolants biosourcés, l’isolant est perspirant. Selon Agnès : « sa capacité à absorber l'humidité de l'air ambiant et à la libérer lorsque l'air ambiant devient plus sec apporte beaucoup de confort. Il est également semi-flexible, permettant une certaine élasticité entre les montants d’une ossature bois. Ce qui est très pratique en rénovation, par exemple ». Autre avantage, le produit peut être manipulé sans gants et sans masque, puisqu’il est non irritant pour la peau ou les muqueuses.

© Gramitherm

DÉTAILS TECHNIQUES

  • Résistance thermique de RSI5 par mm ou R3,5 par pouce (voir tableau ci-dessous pour tous les détails)
  • Produit traité contre l'inflammabilité. En cas de feu, il ne dégage pas de fumées toxiques.
  • Résistant aux moisissures et aux insectes
  • Liaisons effectuées grâce à des fibres base carbone (type low melt)
  • Sans spores fongiques. Non allergène, car l’herbe est coupée avant la floraison
  • Dimensionnellement stable à travers le temps (changements de +/- 1 %)
  • 2,4 acres de terrain permet de produire 200 m3 de produits isolants
  • Lambda : 0,038 W/(m,K), et temps de déphasage > 10 heures en 200 mm épaisseur
  • Très bonne absorption acoustique (99 % d’absorption à 1 000 Hz de fréquence)
© Gramitherm

Comment fabrique-t-on un isolant en herbe?

Les herbes recouvrent un quart des terres de la planète. C’est une ressource abondante… et largement sous-estimée! Gramitherm® utilise principalement la biomasse issue des déchets des prés, des bords de route, grands terrains vagues... Une matière normalement non récupérée ni valorisée, mais plutôt acheminée aux sites d’enfouissement ou, quand on est chanceux, de compostage.

Tout comme pour les autres isolants naturels à base végétale, la fibre est extraite de la matière afin de fournir une matière isolante, insonorisante et excellente pour réguler l’humidité (absorption et rejet). Le reste de la matière, un liquide inutilisable dans l’isolant, sert en parallèle de biogaz. Tous les composants de l’herbe sont ainsi utilisés, sans aucune matière résiduelle.

Agnès Roggeman nous explique le système plus en détail : « Monsieur Grass (son vrai nom, il était vraiment destiné à créer cet isolant) a breveté il y a plus de dix la fabrication de Gramitherm®. Le système de séparation de la fibre d’herbes et du jus va donner un biogaz par méthanisation… Le produit donne ainsi l’énergie nécessaire à la fabrication de la fibre isolante!

© Gramitherm

Et pour produire, pas besoin d’attendre une récolte. On coupe l'herbe selon les opportunités existantes. Et même pas besoin de l’utiliser tout de suite. On la met en ensilage, et on la transforme seulement lorsqu’on l'on met les matelas d'isolants en production.

Concernant l’origine ou le type d’herbe, il nous faut une source régulière d’approvisionnement gérée par des professionnels (collecte et coupe). Les sources sont donc principalement des zones agricoles en revitalisation, des terres en jachère, l’entretien de domaines publiques, des aéroports, des bords de route... On ne peut donc pas vraiment utiliser le gazon issu de la coupe hebdomadaire des gazons en résidentiel, l’herbe serait trop courte (hauteur recommandée entre 6 et 10 cm) et la coupe trop aléatoire, mais reste que la grande disponibilité de la ressource est là ».

Un produit certifiée Solar Impulse Efficient Solution

Avez-vous entendu parlé de Solar Impulse, le premier avion zéro carburant à autonomie perpétuelle? C'est l'aéronaute suisse Bertrand Piccard, qui est le visionnaire derrière cette invention. Il a réalisé entre mars 2015 et juillet 2016 le premier tour du monde à bord de cet avion propulsé par l'énergie solaire.

Pour amener plus loin le succès de cet exploit écologique, la Fondation Solar Impulse a choisi de mettre en valeur 1 000 solutions qui contribuent à protéger l'environnement de manière constructive, et leur a attribué le Label Solar Impulse Efficient Solution. Ce nouveau label se veut un symbole crédible pour les produits, procédés et services, qui sert de garantie de qualité pour ceux qui cherchent des solutions propres. Le label offre un avantage concurenciel à leurs inventeurs. En 2018, il y avait 50 solutions labellisées, et à ce jour, on en compte 285! Autant d'innovations abordables et rentables, déjà commercialisées, dans les domaines du traitement et purification de l'eau, énergies propres et abordables, industries, innovations et infrastructures, villes et communautés résilientes, production et consommation responsable... Parcourez le site web de la Fondation Solar Impulse, ces inventions sont passionnantes!

Agnès est fière de son produit, qui a obtenu la certification Solar Impulse en 2019: « Bertrand Piccard a créé la fondation Solar Impulse avec pour objectif de mettre en avant 1 000 pour préserver l'environnement. Selon Piccard, les solutions sont là, mais elles doivent être connues du plus grand nombre. Gramitherm® a été évaluée comme l’une de ces solutions à mettre de l’avant ».

À la recherche de partenaires québécois

Le produit développé en Suisse en 2006 est testé depuis plus de 10 ans, et le processus industriel porte fruit. « Christian Roggeman a acquis le brevet afin de le commercialiser. Nous avons aujourd'hui une entente avec les Pays-Bas, par exemple, où l’herbe coupée est taxée depuis 2018. Des quantités énormes de biomasse sont ainsi récoltées et taxées, mais sans être utilisées. Hors, là-bas, pas de déchets possible. Tout doit être utilisé. Nous avons donc pu y développer aisément un partenariat qui permet de valoriser l’herbe inexploitée, pas même consommable pour les animaux. L'herbe est coupée puis acheminée à notre usine située en Belgique. Il y a donc moins de 300 km entre la ressource et le produit isolant final. »

L'équipe de Gramitherm® était présente au Rendez-Vous des Écomatériaux 2018, qui a lieu à Asbestos depuis plusieurs années. Dans une conférence, Christian Roggeman, directeur général, y a présenté le produit. Plus tôt en 2019, Écohabitation a rencontré les membres de l’équipe: Agnès Roggeman a réalisé l’ampleur du potentiel au Québec: « Il y a énormément de potentiel ici pour développer cette filière de biosourcés. Il y a des pelouses partout chez vous! On était donc en discussion pour un site de production pour un partenariat local et on a réalisé des essais. Nous voulons aller de l'avant!

On veut donc faire connaître notre produit, l’exporter en premier lieu pour que les gens puissent le tester. On est très intéressés à développer des partenariats au Québec pour aller plus loin. Car le potentiel est extraordinaire! Ce produit présente de nombreux avantages au niveau de l’isolation en habitation, mais aussi pour détourner des sites d’enfouissement une matière qui n’est généralement pas valorisée. Son rapport environnemental et technique est excellent!

Les prochaines étapes devraient consister à déployer le concept au Québec et dans le monde entier avec des partenaires locaux, à conclure des accords de licence, des coentreprises… ».

Là où il y a des points de valorisation de l'herbe, il y a donc une opportunité de fabriquer et de commercialiser Gramitherm®!  Alors, à quand une usine au Québec ?

Vous êtes intéressés par un partenariat, ou à faciliter l’importation du produit?
Contactez: info@gramitherm.ch