Une règlementation municipale adaptée au modèle des banlieues uniformisées, un citoyen enthousiaste qui fait pousser des légumes devant sa maison, la plainte d'un voisin peu enclin aux changements, une amende salée pour le délit... Cette histoire a comme un air de déjà-vu:  Josée Landry et Michel Beauchamp, de Drummondville, ont vécu cette histoire il y a six ans.

Le potager de la discorde

Cette fois ça se passe à Québec. François St-Pierre, résident du secteur très chic de Sillery, a vu son élan de cultivateur freiné par la visite d'une inspectrice qui lui a annoncé que ses aménagements contrevenaient au règlement municipal (voir l'article de Baptiste Ricard-Châtelain paru le 21 septembre dans Le Soleil). La pelouse tondue est souvent de mise en façade, dans les municipalités du Québec.

Le potager verdoyant devant la maison de François St-Pierre © Québec Ville Nourricière

Le jeune entrepreneur, dont l'activité est justement de faire la culture de légumes et de fruits sur les toits, a non seulement fini par démanteler son potager en façade et sur son toit, mais a aussi par régler la coquette somme de 1379 $. Le cas est en fait devenu critique car ses premières démarches de résistance, d'abord de refus de retirer son jardin dans les sept jours, puis de discussion avec les fonctionnaires, n'ont pas tout de suite abouti. Pour mettre toutes les chances de son côté, François St-Pierre et sa soeur sont en train de créer un réel mouvement citoyen autour de la cause, avec une pétition sur Change.org, qui compte déjà 15 500 signataires, et une page Facebook, baptisée Québec ville nourricière.

En 2012, le couple de jardiniers amateurs de Drummondville étaient devenus en quelques semaines les porte-parole d'un combat des agriculteurs urbains en Amérique du Nord et avaient reçu un soutien international. L’activiste américain Roger Doiron, qui avaient convaincu les Obama d’implanter un potager à la Maison-Blanche, a décidé de lancer une pétition de soutien, et les appuis venus d’Australie, de Pologne ou des États-Unis avaient afflué (voir notre article).

Josée Landry et Michel Beauchamp, de Drummondville, devant leur maison © Potager urbain

Des règlements qui évoluent avec leur temps

Au début du mois d'avril 2013, Drummondville avait fini par céder à la pression, et le changement dans le réglement de zonage avait fait grand bruit: le conseil municipal de Drummondville avait autorisé l'implantation de potagers à l'avant des terrains de tous usages: résidentiels, communautaires, mais aussi commerciaux et industriels, avec quelques précisions esthétiques et de taille pour les structures et leur éloignement de l’emprise municipale. À l'époque, peu de villes au Québec avaient procédé à l’adoption d’une telle réglementation. Aujourd'hui, un règlement y admet aussi l'élevage de poules en milieu urbain, en échange d'un permis et de certaines restrictions!

En 2017, la Ville de Québec avait déjà été confrontée à la problématique, avec le refus d'une citoyenne de Charlesbourg à défaire son potager en façade (voir l'article paru en juillet 2017 sur le site web de Radio-Canada). La porte-parole de la Ville avait annoncé qu'une politique serait développée à ce sujet, reconnaissant les vertus et bénéfices de l'agriculture urbaine. Ainsi, encore l'an dernier, les potagers en façade des résidences n'étaient mis à l'index qu'en cas de plainte d'un voisin.

Avec l'affaire du potager de François St-Pierre à Sillery, la Ville de Québec annonce qu'elle envisage la possibilité de l’autoriser. Mais, on le sait, ce genre de processus règlementaire n'est jamais simple: « il est en fait possible que le règlement municipal ait été sur le point de changer plusieurs fois, mais que le projet ait toujours avorté. En 2017, le projet de nouveau règlement était prêt, mais le veto d'un élu municipal l'avait fait annulé à la dernière minute » nous raconte François St-Pierre lors d'une entrevue.

Et la conseillère Marie-Josée Savard, vice-présidente du comité exécutif, responsable de l’aménagement du territoire, prévient tout de même que la réflexion est complexe. De nombreux paramètres devront être étudiés pour que la possibilité de monter un potager en façade de terrain résidentiel passe le stade de la réglementation. L'article du 21 septembre de Jean-François Néron, paru dans le Soleil, retranscrit les préoccupations de conseillère municipale: «Il faut bien l’encadrer en fonction des voisins et de garder une certaine harmonie. Il y a un paquet de questions qu’on doit se poser. Est-ce qu’on met des bacs ou pas? À quelle distance de la rue les potagers doivent-ils être? Est-ce qu’on met des hauteurs maximales pour certains types de plants?».

Aux dernières nouvelles, il semblerait que les potagers pourraient fleurir devant les propriétés de la Ville de Québec en 2019...