En 2017, le Canadian Home Builders Association (CHBA) lançait officiellement son programme de certification Net Zéro: deux niveaux qui reconnaissent la Maison Net Zéro (MNZ) et la Maison prête pour le Net Zéro (MpNZ). L'idée est porteuse: en bilan sur une année, une MNZ génère un bilan annuel neutre en énergie – électricité et chauffage – et donc n’émet aucun gaz à effet de serre (GES).

Évidemment, de l'énergie est tout de même consommée (électricité et chauffage), mais elle est compensée par des systèmes de production, souvent solaires photovoltaïques. La production peut être injectée dans le réseau de distribution local (facturation nette) ou dans des batteries (stockage).

En bref, une maison NZ consommera environ 80 % d’énergie en moins qu’une habitation classique construite au Code. Pas surprenant que les constructions nettes zéro attirent de plus en plus l’attention ! Mais alors qu'il y de bons avantages à se faire certifier (normalisation de la méthodologie et des techniques, facilitation de la diffusion) on ne certifie pas encore (à une exception près) au Québec. Explications…

La certification NZ au Québec

On peut bien sûr construire selon les principes du Net Zéro au Québec et atteindre une consommation neutre, mais pour le moment, et à une exception près*, la province est la seule au Canada dans laquelle on ne peut obtenir le label MNZ. Selon Emmanuel Cosgrove, directeur d'Écohabitation, la faute est imputable en partie au coût de l’électricité, et d’autre part à un manque au niveau bureaucratique: « Administrativement parlant, la certification n’est pas prête pour le Québec, Il n’y a pas de porteur de ballon provincial officiel, que ce soit du côté de l’APCHQ, de l’ACQ, ou de TEQ. Aussi, jusqu’à tout récemment, il était très difficile de justifier la production solaire au Québec, de par le coût très bas de l’hydro-électricité, une énergie renouvelable et fiable. »

Heureusement, du côté de la production solaire, on a fait beaucoup de chemin. En effet, dans un article paru dans la Maison du 21e Siècle en février 2019, Yves poissant, spécialiste et gestionnaire de projets – technologies photovoltaïques, intégration des énergies renouvelables et distribuées à CanmetÉNERGIE, une organisation de science et de technologie énergétiques au sein de Ressources Naturelles Canada (RNCan), révèle que le coût de l’électricité solaire commence enfin à atteindre la parité avec celle d’Hydro-Québec ! « Sur son cycle de vie de 30 ans, un système PV d’au moins 6 000 kW bien installé sur un toit non ombragé et relié au réseau d’Hydro-Québec sur lequel les surplus sont stockés et crédités, revient à environ 9,12 cents le kWh. » Soit le tarif facturé jusqu’à très récemment par HQ pour une consommation domestique quotidienne dépassant les 36 premiers kWh.

Car depuis le 1 avril 2019, les ménages peuvent profiter du tarif de 6.08 ¢/kWh pour leurs 40 premiers kWh. Ensuite, le taux passe à 9,38 ¢/kWh. La production solaire en petite puissance installée (W), devient ainsi encore plus intéressante au delà des 40 premiers kWh !  

Écohabitation teste la certification NZ

Pour démonter la pertinence d'exploiter l'énergie solaire photovoltaïque, Écohabitation, en partenariat avec Owens Corning et Trémä Groupe Immobilier inc., a travaillé pendant plus de deux ans à concervoir le projet Mode de vie branché: des maisons prêtes pour Net Zéro.

Les maisons développées dans le cadre du projet ne seront pas seulement hautement performantes, elles seront également combinées avec des bornes de recharge pour voitures électriques.

Pour assurer au projet une portée à grande échelle, Écohabitation, Owens Corning et Trémä Groupe Immobilier inc. se sont entourés de partenaires comme CAA-Québec, Évaluations Écohabitation, Écosolaris, Elmec Inc. La Maison du 21e Siècle, l’École de Technologie Supérieure, Concordia, la Firme Léger et BICOM Communications.

Construire mieux et libérer des kWh pour la recharge d’une borne pour véhicule électrique

Le concept, innovant, performant, et économique, fait la promotion d'un combo maison + auto à très faible empreinte carbone. Une solution concrète pour réduire les émissions de GES en périphérie des centres urbains. Car bien que les nombreux enjeux néfastes du développement en périphérie des centres urbains soient bien connus, la croissance est exponentielle.  

Grâce à l’appui de Ressources Naturelles Canada, 35 maisons seront ainsi construites sous peu dans les Jardins du Coteaux, un site en développement à Mascouche. Elles viseront à démontrer comment le couplage Net Zéro / véhicule électrique peut faire économiser. Selon nos calculs, il est attendu qu’une famille de 5 personnes habitant une maison à l’étude dépensera le prix d’un café par jour (environ 3 $) pour l’ensemble de ses besoins énergétiques (maison ET déplacement). Les économies réalisées pourraient ainsi s’élever à plus de 1 500 $... annuellement !

Une des maisons construites offrira des visites guidées, pendant lesquelles il sera possible de tester la maison et la voiture électrique. Nous vous tiendrons au courant des avancés tout le long du projet, qui s’étendra sur deux années complètes. En attendant, si vous êtes intéressés par la performance NZ, voici comment on fait au Québec, en l’absence d’une certification reconnue.

*Notez qu’un seul projet québécois a obtenu la certification. Construit par Construction Voyer, à Laval, le sixplex à Val-des-Ruisseaux a été accompagné d'un organisme hors Québec, le Nova Scotia HBA. 

Pour voir l’ensemble des projets certifiés au Canada.

Comment atteindre la performance NZ ?

Si l’on veut se construire un bâtiment qui produit autant d’énergie qu’il en consomme, il faut tenir compte dès le départ de l’ensemble du projet de construction. Mais contrairement aux idées reçues, l’installation de technologies renouvelables est le dernier élément à prendre en considération dans la liste des priorités énergétiques. Car si la maison est mal isolée, peu étanche, plus grande que nécessaire ou qu’elle abrite un ménage aux comportements de consommation non réfléchis, il devient inutile d’investir des sommes faramineuses dans l’installation de technologies « vertes ».  Il faut donc avant tout bien saisir l’idée du concept net zéro énergie, et réduire au maximum ses besoins !

En somme, on prévoit une enveloppe hyper performante, des ouvertures bien orientées, une conception solaire passive optimale, une forme de bâtiment compacte. Ensuite on pense à sa consommation. On réduit ses besoins au maximum et on opte pour des appareils qui consomment peu : certifiés Energy Star, éclairage DEL, chauffage par thermopompe, etc. Une fois ces étapes passées, on modélise le tout pour estimer les besoins qui devront être comblés par des sources d’énergies renouvelables. Il est important aussi de considérer les comportements du ménage, qui peuvent augmenter ou diminuer la consommation énergétique jusqu’à 30 %, selon Yves Poissant.

Ensuite, pour se certifier, il faudrait théoriquement trouver un constructeur ou un rénovateur certifié. Mais pour le moment, au Québec, il n'y en n'a pas...  Dommage car en plus de construire ou rénover en répondant aux exigences de la certification, ce dernier s’occupe normalement de contacter une organisation qualifiée, soit l'association des constructeurs locale, pour inscrire le projet. L'attribution de la certification est finalement assurée par une tierce partie, un évaluateur... également certifié.

Mais, pour Benjamin Zizi, conseiller technique en efficacité énergétique, la certification Net Zéro après construction et occupation n'est somme toute pas vraiment nécessaire : « Je ne pense pas que ce genre de certification aura beaucoup d'avenir. Quand tu es Net Zéro, tu n'as pas besoin de certification. Tes factures parlent pour toi ! ». Une bonne nouvelle donc pour les québécois qui veulent se lancer dans l'aventure. Quelques conseils pour vous aider à atteindre plus aisément une consommation d'énergie nulle sur une année:

On construit simplement en visant l’obtention des certifications Novoclimat 2.0 , puis LEED V4, en mentionnant le désir de construire une MNZ à son évaluateur. On peut également avoir recours au programme ISP (Indice Solaire Passif), parfaitement compatible avec la certification Net Zéro, puisqu'il reconnaît la performance mesurée autant que les prévisions de consommation. Pour les plus audacieux, on peut aussi se tourner du côté du Living Building Challenge, qui propose sa propre certification Net Zéro. 

Oserez-vous relever le défi ?

QUELQUES PROJETS QUÉBÉCOIS
(non certifiés, mais ayant atteint le niveau de performance net zéro)

Le pavillon d’accueil du parcours Gouin et ses panneaux solaires © Écohabitation

Et la première maison certifiée au Canada : Une première maison canadienne a reçu le label Net Zéro en février 2018. Située à Saanich, en Colombie-Britannique, la maison de 4 500 pieds carrés hautement performante s’élève en bord de mer. À voir !

Pour tout savoir sur les maisons autonomes 

Se former

Sources