Les cuisinières et tables de cuisson à gaz peuvent être dangereuses pour la santé, même éteintes : elles émettent dans les maisons des contaminants nocifs, voire toxiques, comme le dioxyde d'azote, le méthane et le benzène, cancérigène. Plus de 40 millions de foyers américains et canadiens peuvent atténuer ou éliminer les risques liés à la cuisson au gaz.

Cuisinières à gaz : jouer avec le feu ?

Les cuisinières et les tables de cuisson à gaz, dont on dit qu'elles utilisent du gaz « naturel », constituent un problème encore plus grave, encore trop méconnu (surtout que l’on parle de la santé de toute la famille!). La Société canadienne de l'asthme affirme que le nombre de cas d'asthme diagnostiqués dans le monde augmente d'environ 50 % par décennie.

L’asthme touche les personnes de tous âges, mais en particulier les plus jeunes : au Canada, 457 200 jeunes de 1 à 17 ans souffraient de cette maladie respiratoire chronique, rapporte une enquête canadienne sur la santé des enfants et des jeunes réalisée en 2019. Et le nombre de Canadiens âgés de 1 an et plus concernés par l'asthme a augmenté de 6,5% à 10,8% entre 2000 et 2012 ; les femmes sont plus touchées en général.

Cuisinière à gaz: augmentation du Risque d'asthme
L’exposition à des émanations et des gaz  nocifs comme ceux émis par les appareils de cuisson au gaz, constitue un déclencheur de l’asthme, maladie chronique qui est en augmentation au Canada.

Au Québec, on estime à plus de 800 000 le nombre d'asthmatiques, dont 200 000 enfants, selon l’Association pulmonaire du Québec. En 2016-2017, environ 11 % des Québécois âgés d’un an et plus avaient déjà reçu un diagnostic d’asthme. Pour cette même année, la mortalité toutes causes était environ 1,5 fois supérieure chez les personnes atteintes que chez les personnes non atteintes. Entre 2001-2002 et 2016-2017, le taux d’incidence de l’asthme a diminué. La prévalence a toutefois augmenté, ce qui a contribué à augmenter le fardeau de la maladie.

Or, l’exposition à des émanations et des gaz  nocifs comme ceux émis par les appareils de cuisson au gaz, constitue un déclencheur de l’asthme. Ainsi, 40 millions de ménages en Amérique du Nord sont exposés à un risque accru pour leur santé en raison de la présence d'appareils à gaz dans les foyers.

Cuisinières et tables de cuisson à gaz : les dangers cachés pour la santé

L’utilisation du gaz naturel dans la maison comporte des risques non négligeables pour la santé. Les cuisinières et tables de cuisson à gaz sont sources de plusieurs polluants toxiques dans la maison : elles présentent un réel risque de combustion incomplète du gaz, qui peut libérer du monoxyde de carbone, un gaz toxique inodore et incolore pouvant être mortel (asphyxie). Les cuisinières à gaz émettent aussi du dioxyde d’azote, le même polluant que celui libéré par les moteurs à combustion, qui peut causer de l'asthme et d'autres problèmes respiratoires.

Jonathan Levy, professeur et président du département de santé environnementale de l'Université de Boston, a récemment publié un article sur le site The Conversation, rassemblant des données issues de recherches sur la qualité de l'air intérieur. Il a prouvé que plus de 40 millions de ménages en Amérique du Nord courent un risque accru d'asthme et de cancer parce qu'ils ont choisi d'utiliser une cuisinière ou une table de cuisson à gaz.

Ces effets dangereux de l'utilisation du gaz pour la cuisson dans les foyers ont été prouvés à de nombreuses reprises par des recherches universitaires et gouvernementales, mais pour plus de 40 millions de foyers américains et canadiens, le message sur les dangers du gaz fossile « naturel », n'a toujours pas été transmis.

À l'heure où les Québécois cherchent à faire des économies sur leurs factures, et sont encouragées à améliorer l'étanchéité de leur habitation, les concentrations de ces composés organiques volatils toxiques deviennent de plus en plus préoccupantes.

Cuisiner au gaz: risques pour la santé
Plus de 40 millions de ménages en Amérique du Nord courent un risque accru d'asthme et de cancer parce qu'ils ont choisi d'utiliser une cuisinière ou une table de cuisson à gaz.

Quelle est l'ampleur du problème de santé posé par une cuisinière à gaz ?

Lorsque l'on cuisine au gaz, les brûleurs émettent du dioxyde d'azote, ou NO₂, comme sous-produit du processus de combustion du gaz. Dès 2013, l'exposition au dioxyde d'azote à l'intérieur des maisons, causée principalement par la cuisson au gaz, a été définitivement associée à une augmentation de l'asthme sévère et à l'utilisation accrue d'inhalateurs de secours chez les enfants.

L'exposition aux fumées des cuisinières à gaz et des tables de cuisson peut également affecter les adultes asthmatiques, et elle contribue à la fois au développement et à l'aggravation de la maladie pulmonaire obstructive chronique.

Bien sûr, le dioxyde d'azote détecté dans l'air intérieur des habitations ne provient pas uniquement de l’intérieur, mais aussi de l'air extérieur qui s'infiltre à l'intérieur. Le trafic routier est la source extérieure la plus importante, et les niveaux sont évidemment plus élevés dans les habitations situées à proximité des routes principales et des autoroutes. Mais la plus grande source intérieure de dioxyde d'azote provient des cuisinières et des tables de cuisson à gaz, la plus grande production de NO₂ provenant des gros brûleurs qui fonctionnent plus longtemps, comme les brûleurs à wok que l'on trouve souvent sur les grandes cuisinières à gaz.

Certes, cuisiner comme un chef est attrayant, mais il ne faut pas sous-estimer le risque pour la santé. Sans surprise, l'industrie du gaz affirme que les cuisinières à gaz ne sont qu'une source mineure de polluants de l'air intérieur. C'est vrai dans certaines maisons, notamment en ce qui concerne les expositions moyennes sur plusieurs mois ou années. Mais dans les maisons construites plus récemment, ou dans les maisons dont l’étanchéité a été optimisée, et qui sont donc plus étanches, les cuisinières à gaz représentent une source de dioxyde d'azote plus importante que la pollution provenant de sources extérieures (surtout pendant le pic d'exposition à court terme lors de la cuisson).

Une étude menée en 2014 en Californie du Sud, se basant sur l'heure la plus élevée de concentration de dioxyde d'azote, a démontré qu'environ la moitié des foyers cuisinant au gaz étaient exposés à un niveau de NO2 dépassant la norme sanitaire de sécurité. En termes de volume affecté, une seule cuisinière à gaz contribue davantage aux niveaux dangereux d'exposition au NO₂ qu'une autoroute entière remplie de véhicules. Alors que la pollution extérieure se disperse sur une grande surface, tandis que la pollution intérieure se concentre dans un petit espace (dans lequel nous vivons et respirons), et c'est ce qui rend la cuisson au gaz potentiellement dangereuse.

Pourquoi les problèmes de santé liés à la cuisson au gaz peuvent être importants dans les maisons récentes?

Le niveau de pollution intérieure provenant d'une cuisinière à gaz peut être influencé par l'étanchéité de la maison. Avec leur enveloppe étanche permettant de garder la chaleur à l'intérieur, les maisons plus récentes peuvent aussi maintenir des polluants de l'air à l'intérieur de la maison si un bon système de ventilation n'est pas en place pour évacuer l'air pollué et faire le renouvellement de l'air frais. Par contre, malgré les nouveaux codes de construction de toutes les provinces exigeant des niveaux d ‘étanchéité élevés, toutes les maisons récentes ne sont pas aussi étanche qu'on pourrait le croire...

Et qu’en est-il de la cuisine au gaz dans les micro-maisons ou les roulottes? Le volume d'air intérieur y étant tellement réduit, il faut veiller rigoureusement à réduire la concentration de polluants. Si vous utilisez du propane ou du butane pour cuisiner dans un espace restreint, assurez-vous d'ouvrir quelques fenêtres pour une ventilation croisée, et aussi, si possible, de fermer le gaz à l'extérieur lorsque vous ne cuisinez pas.

Cuisinière électrique: plus sûre et plus saine qu'une cuisinière au gaz
Les cuisinières électriques sont beaucoup plus sûres et saines, demandent moins d’entretien et permettent de gérer moins de factures que les cuisinières à gaz.

Comment réduire les risques des cuisinières à gaz pour la santé?

Voici les mesures à appliquer scrupuleusement lorsque l’on possède une cuisinières ou une table de cuisson fonctionnant au gaz :

  • Idéalement, changer pour une cuisinière électrique classique ou à induction, surtout si l’un des membres de la famille a des problèmes respiratoires connus comme l'asthme ou une maladie pulmonaire chronique. Les cuisinières électriques sont beaucoup plus sûres et saines et elles demandent moins d’entretien.
  • Entretenir régulièrement les appareils de cuisson pour s’assurer que le système est en bon état
  • Installer et entretenir un bon système de ventilation pour l’évacuation des gaz à l’extérieur. S’assurer d’avoir une hotte adaptée à une cuisinière à gaz. 
  • Toujours faire fonctionner le ventilateur de la hotte lorsque la cuisinière est allumée, surtout dans une maison moderne ou à haut rendement énergétique. Encore mieux, ouvrez une fenêtre et laissez entrer de l'air frais pendant que vous cuisinez.
  • Ne JAMAIS utiliser une cuisinière à gaz pour chauffer une maison, ni la laisser allumée plus longtemps que nécessaire, ou utiliser un barbecue à gaz à l'intérieur de la maison ou autour des fenêtres et des portes.
Hotte de cuisine: nécessaire pour une bonne qualité de l'air intérieur
Une hotte d'extraction vers l'extérieur est nécessaire pour réduire les maladies liées à la présence des polluants,dont les moisissures, dans les habitations et logements.

Bien que la cuisson au gaz soit rapide, les cuisinières électriques à induction, qui ont un mode de cuisson de chaleur instantanée et de refroidissement rapide offrent un résultat similaire. Elles ont également l'avantage d'être plus faciles à nettoyer si une casserole déborde, et l'utilisation de l'électricité est préférable car il s'agit d'une source d'énergie plus verte que les combustibles fossiles comme le gaz dit « naturel ».

La cuisson par induction est également souvent considérée comme l'une des technologies de cuisson les plus efficaces. Avec une table de cuisson à induction, jusqu'à 90 % de l'énergie consommée est transférée aux aliments, contre environ 74 % pour les systèmes électriques traditionnels et seulement 40 % pour le gaz. Ainsi, bien que le coût de l'électricité soit plus élevé que celui du gaz par BTU, l'efficacité accrue signifie que le coût de la cuisson avec des poêles électriques sur une table de cuisson à induction est comparable à celui de la cuisson au gaz. Si vous remplacez votre cuisinière au gaz pour un modèle électrique, choisissez-le homologué ENERGY STAR.

En convertissant les maisons vers le 100 % électrique, nous contribuons à la décarbonation des bâtiments. Ainsi, la meilleure option pour préserver l’air intérieur de nos maisons et notre santé est de supprimer complètement les combustibles fossiles.

Quel est l'impact environnemental des cuisinières, tables de cuisson et appareils de chauffage à gaz ?

La combustion de tout combustible fossile libère du dioxyde de carbone dans l'atmosphère et contribue aux changements climatiques. Les émissions de dioxyde de carbone provenant de la combustion du gaz naturel sont plus faibles que celles du pétrole ou du charbon, mais elles sont conséquentes! Rien qu’à elles, les cuisinières à gaz sont responsables de l’émission annuelle de 6,2 millions de tonnes métriques de dioxyde de carbone dans l’atmosphère lors de la combustion aux États-Unis seulement (selon une étude de Borenstein, datant de 2022).

De plus, la combustion du gaz naturel émet également du monoxyde de carbone, des oxydes d'azote (NOx) et du dioxyde de soufre (SO2), ainsi que du méthane. Les cuisinières à gaz causent la propagation de 2,4 millions de tonnes métriques de méthane, chaque année, même lorsqu’elles ne fonctionnent pas, à cause des pilotes allumés (selon une étude de Lebel, Finnegan, Ouyang, & Jackson, 2022). Et selon une étude de l’Université Stanford sur les effets du méthane sur les gaz à effet de serre, publiée dans la revue Environmental Science & Technology en janvier 2022, basée sur une période de 20 ans, les émissions annuelles de méthane de tous les poêles à gaz des foyers américains ont un impact climatique comparable aux émissions annuelles de dioxyde de carbone de 500 000 voitures.

Et c'est ce méthane provenant du système d'acheminement du gaz et des compteurs qui s'échappe dans l'atmosphère qui est le plus préoccupant : le méthane est jusqu’à 87 fois plus dommageable sur l’environnement que le CO2 sur une période de 20 ans, selon le United States Environmental Protection Agency (EPA).

Les États-Unis entretiennent environ 2 millions de kilomètres de conduites et de pipelines de distribution de gaz naturel, 321 000 kilomètres de pipelines de transport et de collecte de gaz, 175 000 kilomètres de pipelines de liquides dangereux et 114 usines de gaz naturel liquide en activité qui sont reliées aux systèmes de transport et de distribution de gaz naturel. Tout ce système laisse échapper du méthane.

En plus de l’impact environnemental direct de la combustion du gaz naturel, celle-ci émet certains composés organiques volatils comme le benzène, même lorsque la cuisinière est éteinte. Le benzène combine aux oxydes d’azote (NOx), produit des réactions dans l’atmosphère et forme de l’ozone troposphérique, un constituant majeur du smog… Cette formation secondaire des particules fines dans l’air a des effets nocifs sur l’environnement et la santé. À noter que le benzène a été déclaré toxique en vertu de la Loi canadienne sur la protection de l’environnement au Canada.

Environ 40 millions de foyers utilisent encore une cuisinière à gaz, et les experts environnementaux et de santé encouragent le grand public à passer à des appareils électriques tels qu'une table de cuisson à induction et une cuisinière électrique afin de réduire les risques de concentration de gaz dangereux dans les maisons, ainsi que leur incidence sur la santé pulmonaire des enfants ou des personnes vulnérables.

La bonne nouvelle : les combustibles fossiles sont en voie d’être éliminés progressivement

Comme nous l'avons déjà signalé, l’interdiction progressive du gaz dans les nouvelles constructions, mise en place dans plusieurs pays et États dans le monde, constitue une mesure importante dans la lutte aux changements climatiques.

La Californie montre la voie en interdisant les chaudières et les chauffe-eau à gaz dans les habitations à partir de septembre 2022 et en supprimant progressivement l'utilisation des appareils de chauffage au gaz dans tout l'État d'ici à 2030. Le Royaume-Uni et l'Europe ont aussi légiféré pour l’élimination progressive de l'utilisation de ce gaz fossile…

Et au Québec ? La législation qui vient d'entrer en vigueur interdit l'utilisation du mazout pour les appareils de chauffage et les chaudières à partir de décembre 2021 (ce qui empêche leur installation dans les nouvelles habitations), et laisse entrevoir que le même sort et interdiction sera réservé au gaz naturel fossile… Pour connaître les détails consulter notre guide sur la question.

Vous en savez maintenant plus sur les dangers de l'utilisation du gaz pour la cuisson. Trouvez plus de pages sur les combustibles fossiles ci-dessous et dans notre guide de la construction écologique.

Trouvez des professionnels et des produits ainsi que des projets de maisons écologiques exemplaires dans notre répertoire de l'habitation durable.

Sources:

  • Portrait québécois de l’asthme : prévalence, incidence et mortalité de 2001 à 2016. Institut National de Santé publique, 2020.
  • Caractéristiques de la santé des enfants et des jeunes de 1 à 17 ans, Enquête canadienne sur la santé des enfants et des jeunes 2019, Statistique Canada, 2020.
  • L’asthme et la maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC) au Canada, Statistique Canada, 2018.
  • Methane and NOx Emissions from Natural Gas Stoves, Cooktops, and Ovens in Residential Homes
  • Lebel, E. D., Finnegan, C. J., Ouyang, Z., & Jackson, R. B. (2022). Methane and NOx Emissions from Natural Gas Stoves, Cooktops, and Ovens in Residential Homes. Environmental Science & Technology, 56, 2529‑2539
  • Seals, B. A., & Krasner, A. (2020). Health Effects From Gas Stove Pollution. Rocky Mountain Institute, Physicians for Social Responsibility, Mothers Out Front, and Sierra Club.