L’importance de l’achat local

Bien sûr, la fierté nous motive. Qui ne privilégie pas le petit logo de la Fleur de Lys quand il en voit un? Mais quelles sont les raisons fondamentales qui devraient nous pousser à acheter local?

Premièrement, la considération de l’impact environnemental. L’impact des camions de marchandises sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) est énorme! L’utilisation massive de combustibles fossiles pour transporter nos matériaux et produits est l’une des motivations premières de la certification LEED V4 à privilégier la production locale. La certification environnementale prévoit de précieux points supplémentaires pour des produits extraits, traités et fabriqués dans un rayon de 160 km de l’habitation. Il faut donc acheter des produits extraits et produits dans sa région!

Ceci dit, il est vrai que de nombreux éléments importés nous parviennent via la voie maritime, ce qui occasionne vraiment très peu d’émissions. Reste que la majorité des usines outre-mer est alimentée au charbon. L’impact écologique est alors gigantesque, sans parler des conditions de travail, qui font parfois froid dans le dos (je n’en parlerai pas ici, mais pour en savoir plus, une simple recherche sur Internet suffit).

Ce qui nous amène à la principale raison d’acheter local: l’éthique. Quoi qu’il y ait des produits équitables importés, ici au Québec, les normes sont là pour nous assurer que tous les travailleurs soient bien traités et adéquatement rémunérés. En achetant local, on s’assure donc qu’aucun enfant n’a participé à l’extraction des matières, que nul employé a été emprisonné parce qu’il revendiquait ses droits, que nul humain n’a été impliqué dans un travail forcé s’apparentant à de l’esclavage moderne…

En plus de participer à l’économie locale, que d’excellentes raisons d’acheter des matériaux et produits faits au Québec. L’idée est belle. Mais est-elle réaliste à l’échelle d’une maison?

Construire local: 100 % québécois
CC, Creative Commons

Une maison 100 % made in « Chez nous »

Au lieu de procéder à de fastidieuses recherches des composantes d'une habitation arborant le fleurdelisé, j’ai demandé directement au Boss ce qu’il en pensait.

Pour Emmanuel, « 100 % fait au Québec, ce n’est pas impossible, mais c’est très improbable. Premièrement, ici au Québec, on n’exploite pas le pétrole, thank god! Et comme on a des limites à être patriotiques (on ne commencera pas à forer uniquement pour faire du plastique made in Québec) une maison 100 % québécoise serait donc totalement exemptée de produits pétroliers. Ça veut dire pas de plastique, et pas de métal (dont la chaîne est impossible à retracer)! Pas évident si on pense aux conduits de plomberie, aux cadres de fenêtres, aux toitures de tôles et autres détails comme les vis, les poignées de portes… »

Car bien qu’on ait de nombreuses alumineries ici, il est quasi impossible de déterminer la provenance de la plupart des métaux, de retracer la chaîne de production afin de s’assurer que les matériaux proviennent bien de nos mines. Par exemple, l'aluminium de nos cadres de fenêtres provient fort probablement d’Allemagne!

Emmanuel tempère tout de même, enthousiaste: « mais une maison peut tout de même viser aisément un 90 % made in « Chez nous », si on parle en termes de dépenses. » 

En effet, du côté des isolants, il y a plein d’options naturelles et locales (chanvre, paille, cellulose). Même chose pour les matériaux de structure bien sûr, mais aussi les produits de finition, les comptoirs, les revêtements, les meubles et la décoration…

On se rapproche aussi de plus en plus de maisons avec scénarios « tout bois », extrait et modifié ici, de la structure aux éléments de finitions. Mais attention de bien magasiner! On peut par exemple penser que comme Rona, c’est Québécois, on devrait y retrouver facilement des produits d’ici, mais non! Les produits et matériaux disponibles en magasin sont difficilement identifiables. Peu portent la fameuse fleur de Lys qui permettrait de les repérer en un coup d’œil.

Et même si le Québec est un des plus grands exportateurs de planchers de bois francs, les planchers de bois francs vendus ici, avec des essences d’ici (chêne, érable), sont bien souvent… made in China. Ha ! De même, des entreprises qui ont toujours vendu des produits fabriqués au Québec avec des matériaux extraits dans la province offrent à présent de nombreuses gammes importées de Chine.

Le grand défi est donc là: retracer la chaîne de production.

Extraits et fabriqués au Québec

Pour vous simplifier la tâche, voici quelques matériaux destinés à la maison, extraits et produits ici. Strictement.

Quartz et ardoise

Anciennement connue sous la marque Zodiaq, le quartz Corian, un mélange de quartz et de résine, est principalement extrait et fabriqué au Québec. Une bonne option pour vos comptoirs de cuisine et de salle de bain!

De même, l’ardoise Glendyne est utilisée avec succès depuis des décennies en tant que revêtement de planchers. On peut même l’utiliser en toiture! Un choix québécois tout naturel!

Ardoise Glendyne © Écohabitation

Granite du Saguenay

Le magnifique granite noir de la carrière de Saint-Nazaire est utilisé pour les comptoirs de cuisine et de salle de bain. Et comme les produits sont fabriqués ici, on adore ce look ténébreux made in « Chez nous ».

Granite au Sommet du Québec
© Granite au Sommet

Bois de chez nous

Si le Québec est champion exportateur de bois, celui retrouvé dans les quincailleries provient de partout dans le monde, et ce n’est généralement pas facile d’en faire la traçabilité. Pour du bois d’ici, on se rend donc directement au moulin. C'est peu connu, mais il y en a des dizaines en région! Par exemple, le groupe Crête, une entreprise performante au sein de l’industrie de la transformation du bois, offre des produits issus de bois d’ici, et même certifiés FSC! Explorez noter Annuaire en ligne pour savoir où trouver du bois d'oeuvre, des fermes de toit, des composantes de structures préfabriquées et du bois de finition d'ici.

La compagnie MSL produit également un panneaux de contreventement 100 % Québécois. Fabriqué à Louiseville, le SONOClimat Eco4 est fait à 100 % de fibres de bois recyclées, dont 46 % post-consommation, 31 % post-industriel (selon le manufacturier). Le panneau est recyclable à 100 % et ses copeaux de bois proviennent d'un rayon de 150 km ou moins (Mauricie, Lanaudière, Mirabel). Le produit est même sain, sans COV ni urée-formaldéhyde!

Les panneaux de bois OSB (Oriented Strand Board, « Panneaux à lamelles orientées », « Aspenite » ou « ripe pressée ») sont composés de petits copeaux rectangulaires issus de petits arbres résineux collés avec de la cire et de la résine synthétique. Et l'OSB vient le plus souvent du Québec! Voir par exemple Uniboard, Tafisa et Columbia Forest Products.

Isolants naturels

Au lieu des isolants issus de la pétrochimie, on peut opter pour du chanvre, de la fibre de bois et de la cellulose, des produits d’ici, issus de ressources québécoises pour la plupart (jusqu’à récemment le chanvre nous parvenait d’Europe, mais on en cultive depuis peu ici pour diverses fins).

Fabriqués au Québec

De nombreuses usines fabriquent des éléments québécois. Même si on ne peut retracer la provenance de tous les matériaux les composants, l’industrie de 2e et 3e transformation crée énormément d’emplois au Québec, et l’habitation est l’un des seuls secteurs permettant une telle « localité ». Voici donc nos tops choix.

Fournaises aux granules de bois Caddy 

Convertir son mazout bi-énergie à la granule du Québec, c'est le top... surtout si on achète une fournaise à granules Caddy, faite au Québec, certifiée EPA et testée selon la méthode CSA B415.1-10. Le nec plus ultra du chauffage respectueux de l'environnement!

Appareils de ventilation performants

Hottes de cuisinière, échangeurs d’air, aspirateurs centraux, ventilateurs d’entre-toit et accessoires… Venmar vous propose de l’air pur, made in Québec!

Échangeur d'air Venmar
 © Venmar

Ciment

Il y a plusieurs cimenteries au Québec. Même si on ne sait pas vraiment de quelles carrières de calcaire provient le ciment, les produits finaux sont locaux. Le ciment est surtout utilisé pour faire du béton, dans lequel il compose 7 à 15 % du produit final. Et le béton est très durable, et idéal comme fondation en tant que dalle sur sol. On le choisi donc québécois

Ajout cimentaire

Le béton est le matériau de construction le plus utilisé au monde. Il est composé d’eau, de granulats et du ciment, ce dernier servant de liant dans la fabrication. Le béton à contenu recyclé a pour objet de remplacer une partie ou la totalité du ciment, un ingrédient à l'empreinte écologique très élevée. C’est exactement le rôle que joue VERROX, une poudre du verre issue de notre collecte sélective

En plus de recycler et valoriser des bouteilles post-consommation, VERROX permet donc de réduire les gaz à effet de serre: une tonne de verre ajoutée dans le ciment permet de réduire d’une tonne les gaz à effet de serre émis dans l’atmosphère!

Pour produire de la poudre de verre VERROX, il a fallu développer une technologie de micronisation et l'appliquer à l'échelle industrielle. Ce procédé est réalisé à l’usine de micronisation du verre de Tricentris, située à Lachute dans les Laurentides: la compagnie offre une nouvelle voie de valorisation à cette matière tout en fournissant un ajout cimentaire performant.

© VERROX, Tricentris

Gypse

Il y a également de nombreux producteurs de panneaux de gypse au Québec, et même de gypse recyclé, connu comme du gypse synthétique, composé presque entièrement de matières recyclées postindustrielles. On regarde du côté de CGC et de CertainTeed

Matériaux de plastique recyclé

Quelques compagnies offrent des options de matériaux faits à 100 % de plastique recyclé. On pense aux planches de Dekavie et de Re-Plast, mais également aux Dalles Vertes et à la dalle écologique mise en marché par Gaudreau Environnement, dans laquelle entrent uniquement du verre, du plastique et de la porcelaine recyclés. L'entreprise de Victoriaville permet ainsi un nouveau débouché pour des matières qu'on peine à recycler!

Dalle écologique par Gaudreau Environnement © lanouvelle.net

Revêtement décoratif de papier recyclé

DECOLOGIQUE 2.0 Inc. propose divers revêtements muraux intérieurs de papier recyclé qui offrent une ambiance chaleureuse et épurée imitant de façon surprenante la pierre, la brique, le béton, le marbre et autres matériaux minéraux. Le premier et l’unique revêtement mural fait de papier recyclé. Une innovation entièrement québécoise!

Pour voir et toucher des matériaux et produits du Québec

À Montréal: passez au ShowRoom de Via-Capitale

Situé au 1152 Mont-Royal, à Montréal, l’agence immobilière Via-Capitale du Mont-Royal s’est inspirée de notre programme Rénovation Écohabitation pour rénover ses locaux. Il suffit d’y passer pour toucher, voir et connaître des produits 100 % québécois. On aime particulièrement le plancher en ardoise locale, les luminaires LED fabriqués à partir de matière recyclée, les plafonds en érable certifié FSC et les choix de matériaux à faible émission de composés nocifs pour la santé et l’environnement.

Via-Capitale du Mont-Royal: La réception de l’agence immobilière est transformée en vitrine sur la rénovation écologique.
Photo Steve Montpetit, Architecture: L. McComber – architecture vivante

Dans le Bas-Saint-Laurent: la maison ERE 132

Cet été, vous prendrez évidemment vos vacances au Québec (;P), alors n'hésitez pas à faire une petite virée aux Jardins de Métis pour visiter la ERE-132, une super vitrine du fait/extrait localement. Plus fort que fait au Québec, la grande majorité de ses composantes sont extraites et fabriquées dans le Bas-Saint-Laurent!

La maison ERE 132 est un centre d’interprétation sur l’écoconstruction construit selon un modèle d’habitation écologique abordable et adapté au climat nordique. Elle respecte les normes environnementales les plus strictes et s’inspire de différentes certifications concernant le bâtiment durable. Le projet de la maison ERE 132 repose sur des principes d’environnement, d’économie et de communauté. Les matériaux utilisés pour la construction de la maison ERE 132 proviennent donc essentiellement de ressources renouvelables exploitées et transformées localement. Les techniques et les procédés de fabrication mis de l’avant sont également respectueux de l’environnement. Ces choix sont déterminants pour une économie locale et régionale en santé. En plus, Écohabitation a participé au projet! Allez voir, ça vaut le détour!

La Maison ERE 132 © Marjelaine Sylvestre. Source : v2com

Made in « Chez Nous »… oui, mais à quel prix?

Les bâtiments sont de grands émetteurs de gaz à effet de serre. Au Canada, ils sont à l’origine de 17 % des émissions de GES. C’est pourquoi Écohabitation s’est donné comme mission de rechercher et de vous partager les meilleures pratiques existantes en termes d’habitations saines, économes en ressources et en énergie, durables et accessibles.

Déchets générés, matériaux consommés, eau gaspillée, énergie dépensée… Le secteur du bâtiment est lourd de conséquences. En achetant local, on évite au moins les GES liés au transport des matériaux. Mais acheter ce qui est extrait et fabriqué au Québec n'annule pas pour atant l'empreinte environnementale!  Récemment, nous avons eu vent d’un reportage assez impressionnant de TVA, qui fait le topo sur les 100 usines les plus polluantes du Québec.

En tête de liste, les industries de l’acier et de l’aluminium, aux côtés des différentes pétrolières. Plus surprenant, arrivent non loin derrière: les cimenteries, les dépotoirs, les producteurs de panneaux de gypse et les fabricants d’isolant de polystyrène! Voyez par vous même!

Cette carte interactive nous parle. Évidemment, quand on construit ou rénove, il faut ce qu'il faut. Mais il est possible d'adopter une stratégie environnementale en 3 temps: réduire notre consommation, acheter local, et SURTOUT, limiter le ciment dans les bâtiments (pas de sous-sol!) et les produits issus du pétrole. On optera plutôt pour des matériaux naturels comme le bois et les isolants de cellulose. Les produits naturels sont par ailleurs de plus en plus diversifiés, performants et disponibles.

Carte interactive des 100 usines les plus polluantes au Qc, TVA

Émissions totales annuelles de quelques usines (2017) 

Au Québec, nos usines sont pour la plupart alimentées à l'hydroélectricité. Mais certaines, comme les cimenteries, puisent l'énergie de combustibles fossiles, ce qui explique leur présence dans le top 100 des pollueurs. Quelques exemples tirés du palmarès :

Pétrochimie

  • Énergie Valero inc, Lévis : 1 332 753 tonnes eq. CO2

Lieu d’enfouissement

N.B. La plupart des GES émis des lieux d'enfouissement proviennent des déchets de construction et de rénovation!

  • Régie intermunicipale Argenteuil-Deux-Montagnes, Lachute : 232 730 tonnes eq. CO2

Gypse

  • CGC, Montréal : 35 250 tonnes eq. CO2
  • Certainteed gypsum Canada : 31 394 tonnes eq. CO2

Cimenterie

  • Colacem Canada Inc, Grenville-sur-la-Rouge : 179 613 tonnes eq. CO2
  • Ciment Québec, Saint-Basile : 638 016 tonnes eq. CO2
  • Ciment McInnis, inc. Port-Daniel : 330 206 tonnes eq. CO2
  • Groupe CRH Canada inc, Joliette : 799 089 tonnes eq. CO2
  • Lafarge Canada inc., Saint-Constant : 697 286 tonnes eq. CO2

Isolants

  • Owens Corning, Salaberry-de-Valleyfield : 137 233 tonnes eq. CO2
  • Dow Chemical Canada, Varennes : 314 384 tonnes eq. CO2

Alumineries

  • Rio Tinto Alcan inc., Alma : 861 058 tonnes d'équivalent en CO2
  • Aluminerie Alouette inc., Sept-Îles : 1 122 342 tonnes d'équivalent en CO2

Sans pointer du doigt l'une ou l'autre de ces compagnies (nous sommes tout de même gagnant de produire localement!), notre mot d’ordre est finalement de viser durable, pour limiter les déchets acheminés à l’enfouissement, et le remplacement fréquent des matériaux! Car malgré la Bourse Carbone mise en place en 2013, les GES émis par les usines sont en augmentation de 5 %.

Ne manquez pas notre série sur le coût réel des matériaux (revêtements de plancher durablesrevêtements de toiture durables et revêtements de murs intérieurs durables).